Guadeloupe : une nuit de violences, des commerces pillés et trois policiers blessés par balles

Source photo : Dj Mike

La Guadeloupe s’est réveillée groggy après une nuit d’émeutes et de violences urbaines. La région pointoise a particulièrement été touchée par ces événements, au cours desquels des groupes de casseurs organisés ont incendié un supermarché et pillé plusieurs commerces du centre-ville de Pointe-à-Pitre, notamment des bijouteries, des magasins de téléphonie et des boutiques de vêtements streetwear.

Barricades enflammées, magasins pillés, tirs contre les forces de l’ordre et fusillades aux Abymes et au Gosier : la nuit du samedi 17 au dimanche 18 octobre a été particulièrement violente en Guadeloupe. Alors que plusieurs commerces ont été saccagés dans l’agglomération pointoise, la préfecture a annoncé un couvre-feu pour les mineurs à Pointe-à-Pitre et aux Abymes.

La Guadeloupe s’est réveillée dans un climat de tension et de désolation. Dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 octobre, plusieurs communes de l’archipel ont été le théâtre de violences urbaines, de pillages et d’affrontements avec les forces de l’ordre. Les Abymes et Pointe-à-Pitre ont été particulièrement touchées, tandis que des barrages enflammés étaient également signalés au Gosier et à Sainte-Anne.

Au fil des heures, la situation a pris une tournure particulièrement préoccupante. Aux dégradations et aux incendies se sont ajoutés des tirs par armes à feu visant des policiers, ainsi que plusieurs fusillades ayant fait des victimes. Une nouvelle étape dans l’escalade des violences, alors que la Guadeloupe connaît depuis plusieurs jours des blocages liés à la mobilisation du collectif Nou Las Palé contre la vie chère, notamment autour des questions de l’eau et du prix des carburants.

Photo : DJ Blase

Des barricades enflammées et des commerces pillés

Les premiers incidents signalés dans l’agglomération pointoise remontent à la soirée de samedi, notamment dans le secteur d’Anquetil, aux Abymes. Des barricades constituées de débris ont été érigées puis incendiées, tandis qu’un radar tourelle aurait également été brûlé.

La situation s’est ensuite étendue à plusieurs secteurs de Pointe-à-Pitre. Des individus ont ciblé des commerces, notamment dans le centre-ville, où plusieurs magasins de la rue Frébault ont été pillés. Des enseignes situées aux Abymes ont également subi des effractions, des destructions et des incendies. Le Carrefour Express des Abymes a notamment été signalé comme ayant brûlé.

Selon le directeur territorial de la police nationale, Philippe Miziniak, une première estimation faisait état d’une dizaine de commerces touchés, certains ayant été pillés, d’autres incendiés, voire les deux.

Au Gosier, des obstacles enflammés ont été signalés dans le centre-ville, notamment au rond-point situé près de l’église. À Sainte-Anne, des barrages en feu ont également été rapportés sur la route de Durivage.

Face à ces incidents, les forces de l’ordre ont été déployées dans plusieurs secteurs. Les policiers ont notamment fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les groupes qui leur faisaient face. Ils ont également essuyé des jets de projectiles et de mortiers.

Trois policiers blessés par des tirs

C’est l’un des faits les plus préoccupants de cette nuit de violences : trois fonctionnaires de police ont été blessés par des tirs d’armes à feu dans l’agglomération pointoise.

D’après les informations communiquées par la Direction territoriale de la police nationale, leurs blessures étaient considérées comme légères. L’un des agents devait toutefois être opéré afin de retirer un projectile logé dans sa jambe.

Selon les premiers éléments rapportés, des individus auraient fait usage d’armes à feu, notamment d’armes automatiques, au cours des affrontements. Le RAID, unité d’intervention de la police nationale, ainsi que le PSIG de la gendarmerie ont été mobilisés. Le GIGN devait également être appelé en renfort.

Trois personnes ont par ailleurs été interpellées par la brigade anticriminalité, selon la police. Les autres individus impliqués étaient en cours d’identification.

Le directeur territorial de la police nationale a évoqué la possibilité que les barrages dressés dans le secteur d’Anquetil aient servi à détourner l’attention des forces de l’ordre avant les pillages commis dans l’agglomération. Cette hypothèse reste toutefois à distinguer des faits établis par les enquêteurs.

Plusieurs fusillades aux Abymes et au Gosier

En parallèle des violences urbaines, plusieurs fusillades ont été signalées au cours de la nuit, en zone police comme en zone gendarmerie.

Le premier épisode rapporté s’est produit samedi soir au Gosier, sur la route de la plage de Saint-Félix. Un homme a été grièvement blessé par balles. Certaines informations évoquent un artiste connu de la scène rap guadeloupéenne, mais cette identité reste à confirmer.

Quelques heures plus tard, dimanche matin, une nouvelle fusillade a éclaté dans le secteur de Boisripeaux, aux Abymes. Une autre personne a été touchée par des tirs et transportée au CHU dans un état très grave.

D’autres faits impliquant des armes à feu auraient également été signalés en zone gendarmerie. La piste de règlements de comptes a été évoquée, sans être confirmée à ce stade.

Les auteurs des tirs étaient toujours recherchés selon les informations disponibles. Les circonstances précises de ces différentes affaires doivent être établies par les enquêtes en cours. À ce stade, aucun élément ne permet d’affirmer que ces fusillades sont directement liées aux pillages et aux affrontements survenus dans les rues.

Un couvre-feu pour les mineurs à Pointe-à-Pitre et aux Abymes

Face à cette situation, la préfecture de Guadeloupe a annoncé dimanche 18 octobre l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs dans les communes de Pointe-à-Pitre et des Abymes.

Selon le communiqué préfectoral, les mineurs ne peuvent pas circuler entre 20 heures et 6 heures du matin sans être accompagnés d’un parent ou d’une personne exerçant l’autorité parentale. La préfecture justifie cette décision par la présence de mineurs au sein de groupes impliqués dans les violences, mais aussi par les risques que représente la circulation d’armes à feu à proximité des lieux d’affrontement.

Le non-respect de cette mesure peut entraîner une demande de mesure éducative de la part du ministère public. La durée exacte et les modalités d’application de l’arrêté doivent être précisées à partir du texte officiel.

Une cellule de crise a également été activée en préfecture, tandis que les commerces endommagés faisaient l’objet de mesures de sécurisation.

La mobilisation contre la vie chère éclipsée par les violences

Depuis plusieurs jours, le collectif Nou Las Palé rassemble des organisations et des acteurs socioprofessionnels autour de revendications portant notamment sur l’accès à l’eau, la vie chère et les prix des carburants. La mobilisation s’est traduite par des blocages sur plusieurs axes routiers de l’archipel, avec des conséquences sur les déplacements et l’activité économique.

Mais les événements de la nuit du 17 au 18 octobre placent désormais les autorités face à une situation sécuritaire particulièrement préoccupante. Les pillages, les incendies et les tirs contre les forces de l’ordre ne sauraient être confondus avec les revendications portées par les organisations mobilisées.

Cette distinction a également été soulignée au niveau national. Dimanche, le président de la République, Emmanuel Macron, a promis que l’exécutif serait « intraitable » face aux auteurs de destructions et de pillages. Il a affirmé que les préfets prendraient les mesures nécessaires pour protéger les villes, les bâtiments publics et les commerces, y compris en interdisant certains rassemblements si nécessaire.

Le chef de l’État a toutefois appelé à ne pas confondre les manifestants portant des revendications légitimes avec les personnes responsables des violences. Il a également demandé au gouvernement de tirer les leçons de la gestion de la journée de samedi, notamment en matière de renseignement et d’anticipation.

En Guadeloupe, l’enjeu est désormais double : rétablir la sécurité dans les secteurs touchés et permettre que les revendications liées à la vie chère puissent être entendues sans être confondues avec les actes de violence. Après cette nuit particulièrement tendue, les enquêtes devront établir les responsabilités dans les pillages, les tirs contre les policiers et les fusillades signalées sur le territoire.

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