Haïti : un record de 1,3 million de déplacés en raison de la violence des gangs

Un nombre record de près de 1,3 million de personnes ont été forcées de fuir les violences des gangs en Haïti pour trouver refuge ailleurs dans ce pays des Caraïbes, a indiqué mercredi une agence des Nations Unies. Pour mieux lutter contre les bandes armées, la justice gèle les comptes bancaires de six chefs de gangs et un ex-député en accord avec l’application de la résolution 2653 du Conseil de sécurité par l’ONU.

Après, le Soudan, la Palestine ( Gaza) et l’Ukraine, c’est bien la situation sécuritaire en Haïti qui inquiète les Nations Unies.

La première nation noire plonge de plus en plus dans l’insécurité et la violence des gangs fait trembler le pouvoir en place. En effet, la première République noire peine à sortir des crises qu’elle a dû traversé tout au long de son histoire surtout depuis le tremblement de terre de 2010 et même encore plus récemment suite au meurtre du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Entre pauvreté grandissante, économie entravée, instabilité et violence politique, l’autre affliction d’Haïti est bien entendu la violence orchestrée par les gangs qui se disputent le territoire de Port-au-Prince. Le pays francophone des Grandes Antilles connaît depuis environ une décennie une situation d’insécurité grandissante et alarmante.

Des bandes armées qui volent, pillent, violent et tuent quiconque se trouvant sur leur chemin. On sait que ces bandes armées contrôlent environ 80% de la capitale haïtienne et les crimes violents sont fréquents. Face à eux, une police mal équipée, mal entrainée, en sous-effectifs et corrompue. À peine 3.500 policiers sont en service de sécurité publique à tout moment, dans tout le pays. Entre-temps, le recrutement de nouveaux policiers a été interrompu en raison de la détérioration des contraintes sécuritaires et logistiques.

La violence physique et psychologique sur la population grandit à mesure que les groupes armés, initialement liés à des clans politiques, se renforcent grâce aux financements du contrôle des axes principaux, des rançons, et surtout du trafic de drogue, d’autant qu’Haïti étant une véritable plaque tournante entre les producteurs de cocaïne colombiens et le marché états-unien.

Selon l’ONU,  5.601 personnes ont été tuées en Haïti l’année dernière en raison de la violence des gangs, soit une hausse de plus de 1.000 personnes par rapport au nombre total de tués en 2023. Sur la même période, 2.212 ont été blessées et 1.494 personnes ont été également kidnappées par les gangs.

Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HS’ouvre dans une nouvelle fenêtreCDHS’ouvre dans une nouvelle fenêtre) indique avoir recensé 315 lynchages de membres de gangs et de personnes prétendument associées à des gangs, qui auraient parfois été facilités par des policiers haïtiens, en 2024. En outre, 281 cas d’exécutions sommaires présumées impliquant des unités de police spécialisées ont été recensés entre le 1er janvier et le 31 décembre 2024.

En Haïti, les bandes armées sont généralement mieux armées que les forces de l’ordre locales. Elles font régner la terreur dans les territoires qu’elles ont conquises. Elles attaquent même les hôpitaux, les cliniques, les bâtiments officiels de ce qui reste du pouvoir politique haïtien. Les gangs désormais unifiés empêchent même l’acheminement de l’aide humanitaire ou ils pillent les centres de distribution, entrainant une aggravation de la malnutrition.

Selon les Nations Unies, en 2024, 5,4 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Parmi elles, 2 millions sont en phase 4 de l’IPC (urgence), et environ 6 000 personnes déplacées internes sont en phase 5 (catastrophe), le niveau le plus critique Selon l’ONU 125 000 enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère (émaciation), exposant leur vie à un risque immédiat. Selon l’UNICEF, le nombre d’enfants touchés a augmenté de 19 % par rapport à l’année précédente.

PHOTO ODELYN JOSEPH, ASSOCIATED PRESS

Ce mercredi s’est tenu au siège de l’ONU à New York une énième réunion sur la situation sur place avec pour thème « Construire et pérenniser la paix en Haïti ». Selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations publiés par le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) et la Commission de consolidation de la paix (CCP), près de 1,3 million de personnes ont été forcées de fuir les violences des gangs en Haïti pour trouver refuge ailleurs dans ce pays des Caraïbes.

Cela représente « une augmentation de 24 % depuis décembre 2024 », a souligné l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), relevant que « cette hausse représente le plus grand nombre de personnes déplacées par la violence jamais enregistré dans le pays ».

 Amy Pope, Directrice générale de l’OIM.

Haïti connaît un regain de violence depuis mi-février. Les gangs, qui contrôlent environ 85 % de Port-au-Prince selon l’ONU, ont multiplié les attaques dans plusieurs zones qui échappaient jusque-là à leur contrôle, semant la terreur parmi la population.. Toutefois, selon l’OIM, bien que Port-au-Prince reste l’épicentre de la crise, la violence des gangs s’étend au-delà de la capitale haïtienne.

Les récentes attaques dans les départements du Centre et de l’Artibonite ont ainsi contraint des dizaines de milliers d’autres résidents à fuir, beaucoup vivant désormais dans des conditions précaires et des abris temporaires. Dans le département de l’Artibonite (ouest), « les violence à Petite Rivière ont chassé des milliers de personnes de leur domicile, portant le nombre total de déplacés dans la région à plus de 92.000». Dans le département du Centre, la situation est encore plus « alarmante.

Les combats dans des villes comme Mirebalais et Saut-d’Eau ont plus que doublé le nombre de personnes déplacées en quelques mois, passant d’environ 68.000 à plus de 147.000. Nombre d’entre elles doivent désormais vivre sans accès aux soins de santé, aux écoles et à l’eau potable, laissant des familles déjà vulnérables lutter pour leur survie.

Alors que de plus en plus de personnes sont forcées de fuir, le nombre de sites spontanés de déplacement augmente également. Depuis décembre, ces sites sont passés de 142 à 246.

La hausse la plus forte se situe dans des régions qui n’en avaient pas auparavant, comme le département du Centre, qui compte désormais quatre-vingt cinq sites. Cependant, environ 83 % des réfugiés sont hébergés dans des familles d’accueil, ce qui met à rude épreuve les ménages déjà surchargés, en particulier dans les communautés rurales.

Une situation difficile qui inquiète encore plus les Nations Unies alors que le pays comme l’ensemble de la zone Caraïbe est entré dans sa période cyclonique. le pays aborde la saison des ouragans 2025 sans stock d’urgence en raison d’un manque de financement. Le Programme alimentaire mondial (PAM) signale que, pour la première fois, ses équipes ne disposent pas de stocks alimentaires prépositionnés dans le pays, ni des liquidités nécessaires pour mettre en place une réponse humanitaire rapide en cas d’ouragan.

Pour mieux lutter contre les bandes armées, la justice gèle les comptes bancaires de six chefs de gangs et un ex-député en accord avec l’application de la résolution 2653 du Conseil de sécurité par l’ONU.

Selon nos confrères d’impulsewebmedia, en application de la résolution 2653 du Conseil de sécurité de l’ONU et du décret du 30 avril 2023 sur le blanchiment et le financement du terrorisme, le gouvernement haïtien a ordonné le gel des comptes bancaires de sept chefs de gangs et de leurs complices. Une mesure conservatoire annoncée le mardi 10 juin 2025 par le Commissaire du gouvernement Me Frantz Monclair.

Lors d’un point de presse tenue à Delmas, Me Frantz Monclair a confirmé que le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince a ordonné le gel immédiat des avoirs bancaires de sept figures majeures du crime organisé en Haïti. Sont concernés : Jimmy Chérizier, alias Barbecue ; Johnson André, alias Izo ; Renel Destina, alias Ti Lapli ; Wilson Joseph, alias Lanmò san jou ; Vitelhomme Innocent, chef du gang opérant à Torcel, Tabarre et Pernier ; Luckson Elan, chef du gang Gran Grif à Savien ; et Prophane Victor, ancien député de Petite Rivière de l’Artibonite. Ces individus sont accusés de crimes graves : massacres, enlèvements, actes de torture, viols, et autres formes de terrorisme contre la population civile.

Pour renforcer cette action, le Commissaire a également saisi l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) ainsi que l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), en vue d’enquêtes approfondies sur les avoirs de ces criminels et de leurs réseaux financiers. L’objectif est clair : tarir les sources de financement qui alimentent les gangs armés et déstabilisent le pays. En s’attaquant à leurs ressources économiques, les autorités haïtiennes cherchent à affaiblir structurellement les groupes armés tout en envoyant un message clair à leurs alliés dans l’ombre.

Cette mesure marque un tournant symbolique et stratégique dans la lutte contre l’impunité en Haïti. 

Source : Haïti : un record de 1,3 million de déplacés en raison de la violence des gangs | ONU Info