La France a livré cette semaine quatre tonnes d’équipements et de matériels au profit de la Police nationale d’Haïti, selon le communiqué de l’Ambassade à Port-au-Prince, publié, ce vendredi 20 juin 2025. Un soutien direct aux unités spécialisées chargées du maintien de l’ordre et de la lutte contre les gangs armés qui sont plus puissants que jamais.
Après, le Soudan, la Palestine ( Gaza) et l’Ukraine, c’est bien la situation sécuritaire en Haïti qui inquiète les Nations Unies.
La première nation noire plonge de plus en plus dans l’insécurité et la violence des gangs fait trembler le pouvoir en place. En effet, la première République noire peine à sortir des crises qu’elle a dû traversé tout au long de son histoire surtout depuis le tremblement de terre de 2010 et même encore plus récemment suite au meurtre du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Une situation qui ne s’est guère arrangée puisque le 13 mars 2024, l’ancien Premier ministre Ariel Henry a été poussé à la démission, son successeur Gary Conile a également claqué la porte en moins de six mois.
Entre pauvreté grandissante, économie entravée, instabilité et violence politique, l’autre affliction d’Haïti est bien entendu la violence orchestrée par les gangs qui se disputent le territoire de Port-au-Prince. Le pays francophone des Grandes Antilles connaît depuis environ une décennie une situation d’insécurité grandissante et alarmante.
Des bandes armées qui volent, pillent, violent et tuent quiconque se trouvant sur leur chemin. On sait que ces bandes armées contrôlent environ 80% de la capitale haïtienne et les crimes violents sont fréquents. Face à eux, une police mal équipée, mal entrainée, en sous-effectifs et corrompue. À peine 3.500 policiers sont en service de sécurité publique à tout moment, dans tout le pays. Entre-temps, le recrutement de nouveaux policiers a été interrompu en raison de la détérioration des contraintes sécuritaires et logistiques.
La violence physique et psychologique sur la population grandit à mesure que les groupes armés, initialement liés à des clans politiques, se renforcent grâce aux financements du contrôle des axes principaux, des rançons, et surtout du trafic de drogue, d’autant qu’Haïti étant une véritable plaque tournante entre les producteurs de cocaïne colombiens et le marché états-unien.
Selon l’ONU, 5.601 personnes ont été tuées en Haïti l’année dernière en raison de la violence des gangs, soit une hausse de plus de 1.000 personnes par rapport au nombre total de tués en 2023. Sur la même période, 2.212 ont été blessées et 1.494 personnes ont été également kidnappées par les gangs.
Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HS’ouvre dans une nouvelle fenêtreCDHS’ouvre dans une nouvelle fenêtre) indique avoir recensé 315 lynchages de membres de gangs et de personnes prétendument associées à des gangs, qui auraient parfois été facilités par des policiers haïtiens, en 2024. En outre, 281 cas d’exécutions sommaires présumées impliquant des unités de police spécialisées ont été recensés entre le 1er janvier et le 31 décembre 2024.
En Haïti, les bandes armées sont généralement mieux armées que les forces de l’ordre locales. Elles font régner la terreur dans les territoires qu’elles ont conquises. Elles attaquent même les hôpitaux, les cliniques, les bâtiments officiels de ce qui reste du pouvoir politique haïtien. Les gangs désormais unifiés empêchent même l’acheminement de l’aide humanitaire ou ils pillent les centres de distribution, entrainant une aggravation de la malnutrition.

Des gangs plus puissants que jamais :
En effet, le groupe d’experts chargé de surveiller l’application des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU « est préoccupé non seulement par le fait que la violence des gangs se propage à travers le pays, mais aussi par la brutalité croissante qui la caractérise », note le rapport, mettant en lumière plusieurs « massacres » d’ampleur, en plus des meurtres, enlèvements et viols.
Des groupes criminels qui continuent de prospérer qui continuent même de s’étendre malgré le gel des avoirs de leurs chefs ainsi que des responsables politiques leurs sont proches. Ainsi, malgré l’embargo sur les armes mis en place en 2022 par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, dont l’objectif est d’interdire tous les transferts d’armements vers Haïti, pourtant, les gangs haïtiens sont plus puissants que jamais. Il faut se le dire, l’embargo limité n’a nullement entaché les activités criminels des bandes armées qui « continuent d’acquérir suffisamment d’armes et de munitions pour maintenir leur puissance de feu sur plusieurs fronts ».
Au cours de la période considérée (octobre 2024 à février 2025), ils ont notamment pu se procurer « des quantités croissantes » de fusils-mitrailleurs, « renforçant ainsi leur capacité létale et ajoutant aux difficultés rencontrées par les forces de sécurité ».
En plus du trafic d’armes en provenance des Etats-Unis, les experts notent des « détournements » de stocks de la police haïtienne et de ceux de la République dominicaine voisine, grâce à des agents corrompus.
De manière générale, et malgré le déploiement partiel de la Mission multinationale de soutien à la sécurité menée par le Kenya, sous-financée et sous équipée, « très peu de progrès » ont été faits pour le « rétablissement de la sécurité publique » en Haïti. A ce sujet, comme nous le rapportent nos confrères de Vant Bèt Info, le Kenya par la voix de son président Willam Ruto, menace de quitter le pays du fait du faible engagement engagement de la communauté internationale, tant sur le plan financier que logistique. Selon lui, à peine 40 % du personnel promis par les pays contributeurs a été déployé, et seulement 11 % du financement prévu pour la première année est disponible, soit 68 millions de dollars sur les 600 millions attendus. Ruto souligne que plusieurs contrats logistiques essentiels arrivent à expiration. Sans instructions claires du Conseil de sécurité, le Kenya, pays leader de la mission, ne pourra pas poursuivre son engagement.
« Les gangs resteront en position de force si la communauté internationale n’apporte pas un soutien plus énergique », alertent les experts.

La population prise entre deux feux :
Selon les Nations Unies, en 2024, 5,4 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë. Parmi elles, 2 millions sont en phase 4 de l’IPC (urgence), et environ 6 000 personnes déplacées internes sont en phase 5 (catastrophe), le niveau le plus critique Selon l’ONU 125 000 enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère (émaciation), exposant leur vie à un risque immédiat. Selon l’UNICEF, le nombre d’enfants touchés a augmenté de 19 % par rapport à l’année précédente.
Des zones jusque là épargnées par les violences sont désormais touchées car, depuis mi-février, les gangs, qui contrôlaient environ 85 % de Port-au-Prince selon l’ONU, ont multiplié les attaques dans plusieurs zones qui échappaient jusque-là à leur contrôle, semant la terreur parmi la population.. Toutefois, selon l’OIM, bien que Port-au-Prince reste l’épicentre de la crise, la violence des gangs s’étend au-delà de la capitale haïtienne.
Les combats dans des villes comme Mirebalais et Saut-d’Eau ont plus que doublé le nombre de personnes déplacées en quelques mois, passant d’environ 68.000 à plus de 147.000. Nombre d’entre elles doivent désormais vivre sans accès aux soins de santé, aux écoles et à l’eau potable, laissant des familles déjà vulnérables lutter pour leur survie.
Alors que de plus en plus de personnes sont forcées de fuir, le nombre de sites spontanés de déplacement augmente également. Depuis décembre, ces sites sont passés de 142 à 246.
La hausse la plus forte se situe dans des régions qui n’en avaient pas auparavant, comme le département du Centre, qui compte désormais quatre-vingt cinq sites. Cependant, environ 83 % des réfugiés sont hébergés dans des familles d’accueil, ce qui met à rude épreuve les ménages déjà surchargés, en particulier dans les communautés rurales.
Une situation difficile qui inquiète encore plus les Nations Unies alors que le pays comme l’ensemble de la zone Caraïbe est entré dans sa période cyclonique. le pays aborde la saison des ouragans 2025 sans stock d’urgence en raison d’un manque de financement. Le Programme alimentaire mondial (PAM) signale que, pour la première fois, ses équipes ne disposent pas de stocks alimentaires prépositionnés dans le pays, ni des liquidités nécessaires pour mettre en place une réponse humanitaire rapide en cas d’ouragan.
Groupes d’auto-défense et Bwa Kalé :
Abandonnée et première victime de la violence armée, la population a décidé, à sa façon de réagir. Et là aussi elle use de la violence pour se protéger avec la méthode du » Bwa Kale », expression qui peut être traduite en français par phallus tumescent. Il s’agit d’un slogan en vogue depuis quelques mois. Il sous-entend contre-attaquer des présumés brigands ou politiciens jugés véreux. Il se prononce: bois calé. De plus, ce fut le fameux slogan utilisé l’année dernière dans les manifestations antigouvernementales. Toutefois, il s’agit tout simplement de lynchage et d’exécutions publiques. Les criminels ou du moins ceux suspectés de l’être sont tués de façon horrible. Ceux-ci reçoivent de grosses pierres, des morceaux de bois et de fer en pleine tête et sur tout le corps. Une fois, à terre ils les recouvrent de pneus enflammés. D’autres fois, ils sont tués à la machette.
D’autre part, en Haïti, sont apparus des groupes d’autodéfense réunissant des citoyens, un peu comme des milices. Leurs actions se sont multipliées, notamment les lynchages collectifs de membres présumés de gangs. Et le groupe d’experts est « préoccupé par la collaboration croissante » entre ces groupes et certains policiers. Des policiers qui sont d’autre part de plus en plus souvent accusés d’une « utilisation aveugle de la force létale » et d’« exécutions extrajudiciaires ».
Les experts, se basant sur leurs entretiens avec des sources confidentielles en Haïti, soulignent que les gangs bénéficient du soutien de « personnalités du monde politique et de la sécurité » qui veulent s’en servir « pour prendre le pouvoir ».
Autre solution trouvé par le gouvernement de transition, l’utilisation de compagnies militaires privées américaines dirigées par Erik Prince, le sulfureux ex patron de la très controversée entreprise de mercenariat, Blackwater
La France livre quatre tonnes de matériels militaires à la Police Haïtienne alors que les gangs sont encore plus puissants.
La France, ancienne puissance coloniale, décriée pour son rôle négatif lors de l’indépendance de son ancienne colonie, indépendance acquise en 1804, en lui imposant une dette, se tient malgré tout au côté de la République Haïtienne. Depuis novembre 2024, elle forme des contingents haïtiens en Martinique comme nous le révélions dans notre article. Ce partenariat, fruit d’une coopération bilatérale, a pour ambition de doter les FAd’H d’outils nécessaires pour mieux faire face aux menaces internes et régionales, dans un contexte sécuritaire de plus en plus complexe.
Pour Haïti, qui cherche à consolider ses institutions militaires après une période d’absence de ses forces armées, ce programme représente une opportunité cruciale. Outre le développement des compétences techniques, cette collaboration vise à renforcer les liens entre les deux nations, avec pour objectif final une sécurité accrue pour le peuple haïtien.
Cette fois, Paris va plus loin que de la simple formation, cette semaine quatre tonnes d’équipements et de matériels ont été remises à la Police nationale d’Haïti (PNH), en soutien direct aux unités spécialisées chargées du maintien de l’ordre et de la lutte contre les gangs armés.
Dans un communiqué publié ce 20 juin, l’ambassade de France en Haïti affirme que cette livraison vise à renforcer la montée en puissance des forces de sécurité haïtiennes, engagées dans la reconquête des territoires sous contrôle des groupes criminels.
Cette livraison d’équipements est complétée par une action de formation conduite par des experts du RAID, unité d’élite de la police nationale, au profit d’une quarantaine de personnels des unités spécialisées de la PNH. Ce stage qui se fait sur place, intègre une dimension de commandement opérationnel au profit des cadres de ces unités.
Cet appui de la France a vocation à accompagner l’investissement de l’Etat haïtien dans ses forces de sécurité pour augmenter significativement leurs effectifs et leur équipement. Cette opération logistique et sécuritaire d’envergure est un bel exemple de coopération au service du retour à la stabilité.
La sécurité dans la zone Caraïbe est fragilisée par la situation en Haïti. C’est désormais un point chaud du trafic d’armes, de drogues et de la traite humaine. La voisine République dominicaine est la première concernée, mais les effets peuvent s’étendre à toute la zone Caraïbe sous la volonté d’expansion des gangs.



