Avec son look débonnaire, sa parfaite maitrise de la communication et des médias, Jimmy Chérizier, plus connu sous le triste pseudonyme de Barbecue est désormais un homme recherché par le FBI. En effet, sa tête est mise à prix pour 5 millions $US. L’homme est accusé d’avoir violé des sanctions américaines. Portrait de l’homme le plus puissant en Haïti mais le plus controversé.
Depuis quelques années, en Haïti, s’il y a bien une personnalité qui détonne dans tout le paysage politique chaotique, c’est bien Jimmy Cherizier que l’on connait plus sous le pseudonyme de » Barbecue ».
Arme automatique en bandoulière, omniprésence dans la presse, Jimmy « Barbecue » Chérizier, aime se présenter comme un révolutionnaire, à l’instar des Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessaline, Che Guevarra, d’un Thomas Sankara ou d’un Ibrahim Traoré. Depuis 2022, il est le leader de la coalition de gangs « Viv Ansanm » (« vivre ensemble », en français) qui ravage Haïti et étend toujours plus son contrôle sur la capitale, Port-au-Prince, et le reste du territoire avoisinant.
Pourtant, comme son pseudonyme l’indique, il est craint aussi de ses rivaux que des civils et mêmes des politiques. Il faut dire que ce surnom « Barbecue » qui lui colle à la peau, aurait deux origines possibles : sa mère vendait des grillades, ou il serait lié à des méthodes d’exécution violentes, ce qu’il a toujours nié. Disons-le, que ses parcours vont de pair avec la dérive politico sociale de son pays.
À 48 ans, cet ancien policier est devenu la figure centrale des violences qui secouent ce pays pauvre des Caraïbes depuis plusieurs années, provoquant une crise sécuritaire, humanitaire et politique.
Né le 30 mars 1977 à Port-au-Prince, dans le quartier populaire de Delmas. Il était le plus jeune de huit enfants ; son père est décédé alors qu’il n’avait que cinq ans, et sa mère, veuve vendait des poulets grillés pour subvenir aux besoins de ses enfants, d’où proviendrait l’origine de ce pseudonyme « Barbecue » qui lui colle à la peau. Néanmoins, celui-ci, il serait lié à des méthodes d’exécution violentes, ce qu’il a toujours nié.
Disons-le, ses parcours vont de pair avec la dérive politico sociale de son pays ou pauvreté extrême côtoie l’extrême corruption. Deux maux qui gangrènent la nation caribéenne depuis plus de cinq décennies et qui la conduit à sa perte.

Il avait pourtant choisi la bonne voie, policier et il était même un policier d’élite, membre de l’unité anti-émeute (UDMO). Bien noté par sa hiérarchie, il participe à plusieurs accusations d’exactions notamment un massacre en 2018 à La Saline ayant causé la mort de 71 personnes,
Selon le Réseau Haïtien de l’information, dans la nuit tragique du 12 au 13 novembre 2018, La Saline, un quartier de Port-au-Prince, a été le théâtre d’une attaque brutale perpétrée par des individus armés de fusils automatiques, de pistolets et d’armes blanches. Cet assaut a causé la mort d’au moins 71 personnes, l’incendie de plusieurs maisons, ainsi que le viol de nombreuses femmes et jeunes filles. Des victimes ont relaté que les corps mutilés de leurs proches ont été retrouvés dispersés dans les rues et sur des tas d’immondices, rendant difficile la collecte de preuves. Selon le média haïtien, le juge Jean Frantz Ducasse de la Justice de Paix, section Est de Port-au-Prince, a constaté sur les lieux du massacre des restes de corps humains démembrés, déchiquetés, des cadavres calcinés, et d’autres corps sans vie livrés aux pourceaux et aux chiens.
Toujours selon RHI, Le 23 avril 2019, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a transmis au Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince le rapport de l’enquête relative aux événements de La Saline. Ce document met en lumière la complicité entre des membres de gangs armés et des politiciens, visant à éliminer des gangs rivaux et à contrôler le marché public de La Croix-des-Bossales. Ces actions avaient également pour objectif de réprimer les manifestations anti-gouvernementales organisées par des factions opposées au pouvoir en place.
Le massacre de La Saline est le résultat d’un conflit entre des gangs soutenus par des politiciens de différents bords. La DCPJ a reçu près de 75 plaintes de victimes et a noté une inaction alarmante de la part de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Les habitants de La Saline accusent la police de complicité passive et de laxisme, certains affirmant que des responsables policiers étaient au courant des attaques planifiées mais n’ont rien fait pour les prévenir.
Conséquences, Jimmy Chérizier, alors chef de l’escadron de police mise en cause dans ce massacre, a été renvoyé à la fin de l’année 2018 et fait l’objet d’un mandat d’arrêt national et international pour crime contre l’humanité. En 2019, il aurait également participé au massacre de Bel Air, au cours duquel quinze personnes sont mortes. Des actes odieux documentés par les Nations Unies.
Loin de se faire oublier, après son renvoi des forces de sécurité, il devient chef de gang dans son quartier d’origine Delmas où il livre une guerre sans merci à ses rivaux et à tous ceux qui s’opposent à lui. Au point qu’en juin 2020, il a fondé la coalition “G9 an fanmi e alyé ”, regroupant à l’origine neuf gangs, aujourd’hui plus d’une douzaine. Cette force clandestine exerce une large domination sur Port-au-Prince, contrôlant notamment des zones stratégiques comme Delmas, Cité Soleil, Bel-Air et Grande Ravine, permettant d’isoler la capitale du reste du pays à volonté. Cette même année, les USA sous Donald Trump le sanctionnent avec le gel de ses avoirs.
Les Nations Unies ont ouvert une enquête sur ces meurtres. En décembre 2020, l’Office of Foreign Assets Control des États-Unis a annoncé des sanctions contre Jimmy Chérizier, de Fednel Monchery, et Joseph Pierre Richard Duplan, deux responsables de l’administration du président assassiné en juillet 2021, Jovenel Moïse, pour leur implication présumée dans le massacre.
En 2021 et 2022, le G9 qu’il contrôle, bloque le terminal pétrolier de Varreux pendant plusieurs semaines, provoquant une paralysie quasi-totale du pays. L’objectif est de forcer le gouvernement à céder sur des revendications politiques ou économiques.
Sur place, Jimmy Cherizier se pose en défenseur des pauvres et des opprimés et ses discours plaisent à une population désabusée par des décennies d’abandon étatique. Il faut dire qu’il n’hésite pas à dénoncer les élites politiques et économiques traditionnelles tout en protégeant indirectement le pouvoir présidentiel de Jovenel Moïse, accusé d’utiliser les gangs pour contenir la révolte sociale. La rupture avec le pouvoir politique s’opère lorsque le dernier président de la République Haïtienne est assassiné dans sa résidence par un commando composé de paramilitaires colombiens, jamaïcains et d’Haïtiens de nationalité US. Barbecue rompt tous les liens avec Ariel Henry, qui avait été nommé Premier Ministre quelques mois avant la mort tragique du Chef de l’Etat.

De chef de gangs, il s’impose par la violence comme celui d’un pouvoir parallèle. Ainsi entre 2022 et 2024, Barbecue domine de zones de plus étendues de la capitale, opérant des blocus des axes routiers et portuaires indispensables pour l’acheminement de vivres, de pétrole, de médicaments pour les habitants des zones qui sont passées sous leurs contrôles. Ces « soldats » comme il les nomme, mènent des attaques brutales contre les quelques forces de police et l’armée restées fidèles à un pouvoir politique vacillant, qui peinent à endiguer l’emprise des bandes armées qui deviennent une force de sécurité parallèle. En octobre 2022, le Conseil de sécurité des Nations unies met en place des sanctions contre lui. Le mois suivant, le Canada met en place également des sanctions contre Jimmy Chérizier, suivi du Royaume-Uni et de la France. En septembre 2023, il s’est opposé publiquement à une intervention militaire étrangère qui finira par se faire avec l’arrivée d’une force multinationale dirigée par le Kenya. Une décision qu’il conteste vertement au point de menacer la vie des soldats engagés dans le maintient de la paix. Il demande à plusieurs reprises le départ d’Ariel Henry, en le menaçant de mener le pays à une guerre civile. Il aura finalement raison de l’ancien premier ministre. En mars 2024, alors qu’Ariel Henry est à l’étranger, Chérizier et ses alliés déclenchent une insurrection armée coordonnée, attaquant le principal aéroport international de Port-au-Prince, plusieurs prisons (libérant des milliers de détenus), et des infrastructures critiques (ports, routes, institutions publiques).
Ariel Henry, bloqué hors du pays, est contraint à la démission le 24 avril 2024. La communauté internationale installe un Conseil présidentiel de transition, mais sur le terrain, Chérizier reste le maître de la capitale, refusant toute négociation avec ce nouveau pouvoir, qu’il qualifie de « farce coloniale ».
Malgré le déploiement en juin 2024 de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), menée par le Kenya, « Viv ansanm » a continué à s’emparer de nouveaux territoires. Depuis janvier, des communes et de nouveaux quartiers de Port-au-Prince sont tombés sous son contrôle. Ces gangs sont responsables d’assassinats de policiers, de soldats haïtiens et d’officiers de la mission internationale, ainsi que du déplacement de centaines de milliers d’habitants.
Jeudi dernier, alors que le Conseil présidentiel de transition changeait de président, Jimmy Chérizier a tenté d’attaquer le quartier abritant les bureaux de cette institution et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Pendant que la capitale se réveillait sous des tirs nourris, Jimmy Chérizier était apparu dans une vidéo pour demander à la population de laisser ses hommes atteindre ce quartier. « Nous devons renverser ces voleurs qui dirigent le pays. Le peuple doit nous aider dans la bataille pour libérer Haïti », avait-il déclaré
Jeudi dernier, alors que le Conseil présidentiel de transition changeait de président, Jimmy Chérizier a tenté d’attaquer le quartier abritant les bureaux de cette institution et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Pendant que la capitale se réveillait sous des tirs nourris, Jimmy Chérizier était apparu dans une vidéo pour demander à la population de laisser ses hommes atteindre ce quartier. « Nous devons renverser ces voleurs qui dirigent le pays. Le peuple doit nous aider dans la bataille pour libérer Haïti », avait-il déclaré.
Qu’on l’aime ou pas, Jimmy Cherizier est devenu l’un des hommes les plus puissants en Haïti en devenant une personnalité ultra médiatisée. Cultivant son image, il n’hésite pas à donner des interviews aussi bien aux médias nationaux, qu’internationaux et à passer dans des reportages diffusés aussi bien dans son pays qu’à l’étranger.
Son hégémonie pourrait bien prendre fin , déjà mis en cause par les États-Unis d’être impliqué dans de graves violations des droits de l’homme, y compris des massacres comme ceux de Grande Ravine en 2017 et de Bel Air en 2019; Washington a annoncé offrir mardi offrir 5 millions de dollars pour toute information pouvant mener à l’arrestation du chef de gang haïtien « Barbecue », accusé d’avoir violé des sanctions américaines. Cette fois, il est accusé d’avoir violé des sanctions américaines. Jimmy Cherizier, 48 ans, et un autre homme, Bazile Richardson, un haïtien naturalisé américain qui a été arrêté au Texas en juillet dernier, ont été inculpés pour avoir tenté de transférer des fonds depuis les États-Unis vers Haïti afin de financer les activités d’un gang, a déclaré le ministère de la Justice.
«Une récompense de 5 millions de dollars est offerte pour toute information menant à l’arrestation de Cherizier», car il s’agit d’un «chef de gang coupable d’atroces violations des droits humains, notamment de violences contre des citoyens américains en Haïti», a précisé la procureure de Washington, Jeanine Pirro, lors d’une conférence de presse.
Les deux hommes auraient collecté des fonds auprès de membres de la diaspora haïtienne aux États-Unis et auraient fait transférer cet argent à des intermédiaires dans ce pays des Caraïbes, selon le ministère de la Justice. «Barbecue» aurait utilisé ces fonds pour payer les membres de son gang et acheter des armes à feu.
Le patron du VIV ANSAM est apparu dans une vidéo tournée en webcam dans laquelle il réfute les accusations américaines.
