Depuis son premier mandat, Donald Trump l’espérait et le désirait en misant sur une résolution rapide des conflits armés en cours pourtant, le Prix Nobel de la Paix a été remis à l’opposante vénézuélienne Maria Corina Machado, opposante désignée à Nicolas Madùro. Portrait de la représentante des voix opprimées par le chavisme.
Décidément, Donald Trump ne sera jamais un Prix Nobel. Depuis son premier mandat, tel le roi Arthur et ses chevaliers à la recherche du saint Graal, le président des Etats-Unis est parti à la quête de ce prestigieux prix décerné aux acteurs et actrices de Paix dans leurs paix ou dans des régions données.
Le président américain a pourtant bataillé pour se faire bien voir et il faut dire que sa volonté de se voir décerner le Prix Nobel n’a fait que croître depuis son retour au pouvoir en janvier 2025. Chacune de ses actions internationales étaient axées pour l’attribution du Prix. En effet, celui-ci a assuré avoir mis fin à plusieurs conflits, donnant pour exemples ses médiations entre l’Inde et le Pakistan, ou encore entre le Cambodge et la Thaïlande. Donald Trump a également dit avoir joué un rôle majeur dans le conflit pour l’eau entre l’Egypte et l’Ethiopie. Il a même reçu les représentants étatiques du Rwanda et de la République démocratique du Congo à la Maison Blanche et aurait ouvert une médiation entre la Serbie et le Kosovo en vue du règlement de ce conflit larvé. Plus récemment, le président Trump a joué un rôle majeur sur la fin des deux ans d’affrontements meurtriers entre le Hamas et Israel dans Gaza qui a couté la vie à 68 000 civils et fait des milliers de blessés des deux côtés. Ce cessez-le-feu à Gaza, fruit des fortes pressions exercées par le président américain sur les belligérants, a été trop tardif pour que le comité Nobel norvégien, qui décerne le prix, ait pu en tenir compte.
Le Comité Nobel lui, a préféré Maria Corina Machado, opposante désignée de Nicolas Maduro président du Venezuela.
Selon Jorgen Watne Frydens président du Comité Nobel pour la Paix : « Dans la longue histoire du prix Nobel de la paix, le comité a vu tous les types de campagne, la tension dans les médias. Nous recevons chaque année des milliers et des milliers de lettres. (…) Ce comité délibère dans une pièce remplie des portraits des lauréats, une pièce qui est remplie de courage et d’intégrité. Nous basons notre choix seulement sur le travail et la volonté d’Alfred Nobel.»
Autant dire que le Chef de l’Etat américain est bien loin de faire l’unanimité au sein du Comité international, bien sa candidature ait pu être soutenue par des figures politiques internationales même les plus sulfureuses, comme Benjamin Netanyahu.
Chose confirmée il y a quelques jours par Øivind Stenersen, historien du prix Nobel interrogé par l’AFP pour qui, il était « impensable » que Donald Trump soit récompensé car il « est à bien des égards à l’opposé des idéaux que représente le prix Nobel ». « Le Nobel de la paix, c’est la défense de la coopération multilatérale, par exemple à travers l’ONU. (…) Or Trump représente une rupture avec ce principe car il suit sa propre voie, de manière unilatérale ».
Au final, c’est Maria Corina Machado, opposante vénézuélienne à Nicolas Maduro qui a reçu le Prix Nobel de la Paix. Membre active de l’opposition vénézuélienne. Elle est loin d’être une novice dans l’échiquier politique de son pays.
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— The Nobel Prize (@NobelPrize) October 10, 2025
The Norwegian Nobel Committee has decided to award the 2025 #NobelPeacePrize to Maria Corina Machado for her tireless work promoting democratic rights for the people of Venezuela and for her struggle to achieve a just and peaceful transition from dictatorship to… pic.twitter.com/Zgth8KNJk9
Celle qui incarne aujourd’hui la droite vénézuélienne, Maria Corina Machado, est régulièrement accusée par le gouvernement en place de corruption et de collusion avec les États-Unis. Une figure farouchement opposée à la propagande du régime de Caracas, qu’elle dénonce depuis plus de deux décennies.
Issue d’une illustre famille de la grande bourgeoisie vénézuélienne, Maria Corina Machado descend du troisième marquis de Toro, Sebastián Rodríguez del Toro y Ascanio (1739-1787). Elle est également l’arrière-arrière-petite-fille de l’écrivain et homme politique Eduardo Blanco, ainsi que la descendante du peintre Martín Tovar y Tovar et de l’entrepreneur Ricardo Zuloaga. Sa mère, Corina Parisca, est psychologue, et son père, Henrique Machado Zuloaga, fut un puissant industriel du secteur du fer.
Éduquée dans un pays miné par l’analphabétisme, elle fait partie de cette élite intellectuelle qui a choisi la rigueur académique. Diplômée en ingénierie industrielle de l’Université catholique Andrés Bello, elle détient également un master en finance de l’Institut d’études supérieures d’administration (IESA) de Caracas. En 2009, elle participe au prestigieux programme World Fellows de l’Université de Yale, aux États-Unis.
Présente dans le paysage politique depuis les années 1990, Maria Corina Machado s’engage pleinement en 2001 avec la création de Súmate, une organisation civique de surveillance électorale et de promotion de la démocratie. Elle devient alors une opposante déterminée à Hugo Chávez, dénonçant la dérive autoritaire du régime bolivarien.
Lors du référendum de 2004, après avoir lancé une pétition contre la réélection de Chávez, elle est accusée de trahison et d’atteinte à la sûreté de l’État, le gouvernement l’accusant d’avoir reçu des fonds de la National Endowment for Democracy, une organisation américaine proche de Washington. En 2006, elle est de nouveau poursuivie pour avoir, selon le pouvoir, approuvé le coup d’État de 2002.
Des accusations qui se révéleront infondées. Machado a toujours affirmé qu’on lui avait demandé de signer ce qu’elle pensait être une simple feuille de présence lors d’une visite officielle au palais présidentiel. Les charges seront finalement abandonnées plusieurs années plus tard, renforçant encore son image d’opposante persécutée par le régime chaviste.
En 2012, Maria Corina Machado cofonde le parti Vente Venezuela, formation libérale et souverainiste, et devient sa représentante lors de la présidentielle de la même année. Elle participe à la primaire de l’opposition mais est battue par Henrique Capriles Radonski, désigné candidat unique face à Hugo Chávez. Élue députée à l’Assemblée nationale en 2011 pour la deuxième circonscription de l’État de Miranda, elle y obtient un score record, confirmant sa popularité croissante au sein de l’opposition.
Dès lors, la récipiendaire du Prix Nobel 2025 s’est imposée comme le fer de lance de la lutte pour la démocratie au Venezuela dirigé depuis 2014 par Nicolás Maduro, héritier de Chávez.
Déjà en 2014, elle faisait partie des leaders des manifestations massives contre l’élection contestée de Maduro. Cette mobilisation lui vaudra d’être visée par une enquête criminelle ordonnée le 18 mars 2014 par l’Assemblée nationale, pour « trahison » et tentative de déstabilisation de l’État.
Le président de l’Assemblée de l’époque, Jorge Rodríguez, accusa alors plusieurs leaders de l’opposition d’avoir fomenté un coup d’État. Pour appuyer ces accusations, le gouvernement produit une série d’e-mails prétendument échangés entre Maria Corina Machado et l’ancien banquier Pedro Mario Burelli, via des comptes Gmail.
Ces preuves seront immédiatement contestées par Burelli, qui dénonce une manipulation et accuse le SEBIN, le service de renseignement vénézuélien, d’avoir fabriqué de faux documents. En novembre 2014, Maria Corina Machado est inculpée, mais jamais condamnée, les poursuites semblant davantage relever de la répression politique que de la justice

Alors qu’elle apparaissait comme une candidate naturelle pour l’élection présidentielle de 2019, l’opposante vénézuélienne choisit finalement de soutenir Juan Guaidó, proclamé vainqueur du scrutin — une victoire jamais reconnue par le régime chaviste. Cette décision plongea ce pays riche en hydrocarbures dans une crise institutionnelle inédite, avec deux présidents se disputant le pouvoir. Les conséquences furent désastreuses : plus de sept millions de Vénézuéliens prirent le chemin de l’exil, fuyant une économie ravagée par l’hyperinflation et les sanctions imposées par Washington et ses alliés.
Le 14 août 2022, Machado confirme sa candidature aux primaires présidentielles de la Plateforme unitaire de 2023. Elle s’oppose à toute assistance technique du Conseil national électoral (CNE), qu’elle accuse de faire partie d’un « système criminel », et milite pour un retour au vote manuel. Le 15 mars 2023, elle lance officiellement sa tournée de campagne dans l’État de Mérida. Durant cette pré-campagne, Machado se démarque par ses critiques envers les partis traditionnels de l’opposition, Action démocratique, Justice d’abord, Une nouvelle ère et Volonté populaire tout en se disant prête à négocier une sortie ordonnée du chavisme en vue d’une transition politique.
Mais le 30 juin 2023, un nouveau coup de massue tombe : le contrôleur général du Venezuela l’interdit d’exercer toute fonction publique pendant quinze ans, à la suite d’une plainte du politicien José Brito. Les autorités l’accusent de complicité avec Juan Guaidó et de soutien aux sanctions internationales, responsables selon elles d’un « blocus criminel » et du « pillage des richesses du peuple vénézuélien ». La Cour suprême de justice confirme cette disqualification en janvier 2024.
Pourtant, de nombreux analystes jugent cette décision infondée : l’opposante à Maduro n’a jamais fait partie de l’Assemblée nationale de l’opposition élue en 2015, ni occupé de poste au sein du gouvernement intérimaire de Guaidó. Plusieurs organisations internationales dont l’ONU, l’OEA et l’Union européenne ont dénoncé cette interdiction comme une manœuvre politique visant à écarter la principale figure de l’opposition à Nicolás Maduro.
Une nouvelle fois empêchée de participer à l’élection présidentielle nationale, la femme politique la plus influente du Venezuela a nommé Corina Yoris comme sa remplaçante mais celle-ci n’a pas pu s’inscrire en tant que candidate et a désigné Edmundo González Urrutia comme son remplaçant temporaire.

Malgré la persécution constante et l’obligation d’agir dans la clandestinité, María Corina Machado poursuit son combat pour une transition démocratique aux côtés de ses compatriotes et avec le soutien de la communauté internationale. Son courage et son leadership ont été salués à travers le monde. Elle figure parmi les 100 femmes les plus inspirantes et influentes de la BBC, a été classée par le magazine TIME parmi les 100 personnalités les plus influentes de 2025, et a reçu deux distinctions prestigieuses : le Prix Václav-Havel des droits de l’homme du Conseil de l’Europe et le Prix Sakharov pour la liberté de pensée du Parlement européen.
La lauréate a toutefois déclaré compter sur le soutien de Donald Trump, qui a déployé depuis août des bateaux de guerre dans les Caraïbes pour “conquérir la liberté”: “Cette immense reconnaissance de la lutte de tous les Vénézuéliens est un élan pour achever notre tâche: conquérir la liberté. Nous sommes au seuil de la victoire et aujourd’hui plus que jamais, nous comptons sur le Président Trump (…) Le Venezuela sera libre!”, a-t-elle écrit sur X.
This recognition of the struggle of all Venezuelans is a boost to conclude our task: to conquer Freedom.
— María Corina Machado (@MariaCorinaYA) October 10, 2025
We are on the threshold of victory and today, more than ever, we count on President Trump, the people of the United States, the peoples of Latin America, and the democratic…
