À seulement 17 ans, il s’imposait déjà comme champion des Caraïbes. Aujourd’hui, Keshan Jacoby-Koaly trace son chemin vers les plus hauts sommets de la boxe mondiale. Entre discipline, mental d’acier et amour pour la Guadeloupe, il incarne une nouvelle génération de champions. Dans cette interview, il revient sur ses débuts, sa détermination et de sa fierté de représenter la Guadeloupe sur les plus grands rings de Boxe du Monde.
Keshan Jacoby-Koaly est une étoile montante de la boxe Guadeloupéenne et Française. À seulement 17 ans, il s’imposait déjà comme champion des Caraïbes. Aujourd’hui, âgé de 26 ans le Guadeloupéen originaire de Petit-Bourg enchaine les victoires sur les rings du Monde entier devant des spectateurs de plus en plus conquis par son style.
Installé désormais sur la Côte d’Azur, Keshan ne cesse de gravir les échelons du Noble Art. Sous les couleurs de la Guadeloupe et de la France, il s’impose peu à peu comme l’un des visages montants de la boxe professionnelle.
Dans cette interview exclusive accordée à The Link Fwi, tournée au Karukera Café, le jeune boxeur revient sur ses débuts, ses sacrifices, mais aussi sur la responsabilité qu’il ressent en tant que modèle pour la jeunesse guadeloupéenne.
Un échange sincère, intense et inspirant avec un champion qui veut prouver qu’avec du travail, de la foi et de la détermination, même une petite île peut produire de grands champions.
Keshan Jacoby Koaly, bonsoir, c’est un plaisir pour moi de te recevoir dans notre concept “ Rencontre avec “ tourné au Karukera Café. Il est vrai que depuis plusieurs années nous discutons à travers les réseaux sociaux, que nous parlons d’interview, c’est chose faite. Mais avant tout, qui es-tu ? Peux-tu te présenter à nos téléspectateurs et téléspectatrices ?
Keshan Jacoby Koaly : Déjà merci à toi pour l’invitation. C’est un honneur. C’est vrai que depuis longtemps nous parlons de faire cette interview, mais nous avons chacun nos projets, nos vies, je fais pas mal de vas et viens. Nous avons chacun nos développements. Nous y voilà enfin aujourd’hui mais, il y n’y a pas de hasard. Donc je m’appelle Keshan Jacoby Koaly, je suis boxeur professionnel, j’ai 26 ans, je suis établi sur la Côte d’Azur, actuellement, je suis numéro 1 français en boxe professionnelle avec diix combats à mon actif. Je suis ancien membre également de l’équipe de France de boxe anglaise.Pour finir, je suis Guadeloupéen , de Petit-Bourg.
Tu es originaire de la Guadeloupe. Peux-tu, nous raconter ton enfance, quelles sont les valeurs qui t’ont marqué ?
Keshan Jacoby-Koaly : Alors, en ce qui concerne mon enfance, c’est vrai que j’ai grandi à Petit-Bourg en Guadeloupe mais aussi en France Hexagonale. Du coup, j’ai eu la double culture. Les valeurs que mes parents m’ont inculqué sont avant tout la discipline, la famille, l’humilité, toutes ces valeurs qui ont été aussi appliquées dans mon sport qui s’appelle le Noble Art, ce n’est pas pour rien. Donc la boxe anglaise m’a aussi permis d’également de véhiculer pas de valeurs en adéquation avec l’éducation que j’ai eu et je remercie mes parents pour tout ça.
Est-ce que tu as grandi dans une famille de sportifs où tu es le seul à le faire professionnellement parlant ?
Keshan Jacoby-Koaly : Effectivement, le sport a toujours été présent au sein de ma famille. Je peux dire que j’ai grandi dans une famille de sportifs donc ma mère, lorsqu’elle était plus jeune, elle pratiquait plus le tennis, la course à pied plus jeune tandis que mon père ça a été le basket. Ils se sont toujours entretenus, ils ont toujours fait du sport et ils nous ont inculqué ces valeurs. C’est vrai que moi quand je suis arrivé dans le sport, j’ai poussé beaucoup plus loin, c’est avec moi qu’ils ont découvert le sport de haut niveau et même le côté professionnel. Cependant, je ne suis pas le seul puisque mon petit frère suit mes traces, sauf qu’il fait du basketball. Il est maintenant en centre de formation à Madrid et je pense qu’il a de grandes ambitions et il se donne les moyens pour y parvenir.
Est-ce que tu as toujours fait de la boxe d’ailleurs comment ta passion pour ce noble art est-elle née ?
Keshan Jacoby-Koaly : Il faut savoir que j’étais un enfant qui avait beaucoup d’énergie. J’étais même un peu turbulent. J’étais un peu incompris dans ma vie d’adolescents. Du coup, mes parents m’ont inscrit dans plusieurs activités sportives. J’ai fait du football, du basket et même de la capoeira. Toutefois, je n’étais pas trop fait pour les sports collectifs. C’est vrai que j’ai tendance à vouloir gagner mais peut-être seul. Alors que nous étions en Hexagone, je découvre la boxe la boxe anglaise dans un stage d’initiation au centre de loisir. J’ai fait une semaine de stage et ne voit-il pas que je trouve du plaisir à avoir cette confrontation physique, à me confronter à d’autres, à me battre. Il faut dire qu’enfant, j’aimais bien la bagarre et là, pouvoir le faire dans les règles m’a fait plaisir. Parenthèse, je fais ce stage avec Daouda Sow, un ancien médaillé olympique de l’équipe de France. Je gagne le stage et de là me vient une passion pour le Noble Art. Du coup, j’arrête le football et je me lance pleinement dedans.

Tu es le n°1 en France dans ta catégorie. Tu as connu très tôt des victoires éclatantes comme en 2013 tu deviens champion de la Guadeloupe, en 2015 tu deviens champions des Caraïbes alors que tu n’avais que 17 ans, est-ce que ces victoires en amateur t’ont conforté dans ton envie de poursuivre en professionnel ?
Keshan Jacoby-Koaly : On va dire ça. J’ai commencé très vite les compétitions. J’ai été le premier boxeur aussi à ouvrir le pôle boxe anglaise Antilles Guyane au CREPS.
Ah ok, ça n’existait pas avant ?
Keshan Jacoby-Koaly : il y n’y avait pas encore de boxeurs. J’étais le premier boxeur du CREPS Antilles-Guyane. Par la suite, il y en a eu d’autres. Me concernant, j’ai tout de suite été médiatisé et j’ai été mis sous le devant des projecteurs. J’ai toujours ressenti une sorte de responsabilité en tant que fer de lance en tant que boxeur Guadeloupéen. J’ai commencé les compétitions en Antilles-Guyane au niveau national. Je suis devenu champion de France champion de la Caraïbe et c’est vrai que ce qui m’a poussé vraiment à passer professionnel, ça a été lors de la période de la Covid-19. On se souvient, tout était fermé, plus rien ne fonctionnait. Il n’y avait plus de compétitions alors que je me préparais pour les Jeux Olympiques de Tokyo. J’avais des rêves olympiques pleins les yeux. Cependant, le Covid-19 a un peu stoppé ces ambitions. Il fallait repartir avec une nouvelle force, c’est là que l’opportunité de passer professionnel est arrivée. En plus, cela se passait en Guadeloupe. Je signe mon premier contrat professionnel chez moi avec le club Bibiscus Boxing club des Abymes. Je fais mon premier combat chez les pros encore une fois en Guadeloupe. Le combat a eu lieu au Hall des Sports Paul Chonchon de Pointe-à-Pitre. Ça se passe très bien et maintenant ça va faire presque trois ans que que je suis passé professionnel. Je fais mon bout de chemin, là je suis aux portes d’un championnat de France. Quoi de mieux ? Je continue mon chemin, j’ai encore de de belles choses devant moi. J’ai de grandes ambitions.
Avant de passer à ton palmarès chez les pros, quelles sont les différences entre la boxe amateur et la boxe professionnelle ?
Keshan Jacoby-Koaly : Alors, la différence déjà c’est sur le nombre de rounds Le boxeur amateur olympique fait trois rounds de trois minutes. Tandis que le boxeur professionnel, il va jusqu’à douze rounds
Il n’y a pas de casque c’est ça ?
Keshan Jacoby Koaly : En boxe amateur aussi il n’y a pas de casque quand tu passes au niveau élite. En revanche, nous en boxe professionnelle, on est torse nu, on a des gants plus petits et la vraie différence notable, réside dans le fait que la boxe professionnelle est rémunérée, alors que la boxe en amateur olympique, c’est de la boxe qui n’est pas rémunérée.
Elles ne sont pas rémunérée ?
Keshan Jacoby-Koaly : Il peut y avoir des rémunérations quand on fait des très grosses compétitions à la médaille, mais en soit, c’est une des différences, la boxe professionnelle, c’est la boxe professionnelle est censée y avoir plus d’argent. Pour ne rien cacher, c’est presqu’un autre sport. Quand on passe professionnel, on réapprend à boxer. Il y a plus de rounds, même les entrainements sont différents. Tu as plus de temps de travail afin d’établir ta stratégie. C’est d’ailleurs quelque chose qui m’a vraiment plu dans les débuts et ça m’a redonné la flamme qui était un peu perdue durant le Covid où il y avait pleins de déceptions, je ne savais pas où j’en étais en tant que sportif. Je suis vraiment content d’être en plein dedans.
Comme tu le mentionnais, en Février 2022, tu passes professionnel et tu enchaînes dès Juillet 2022 avec ta victoire contre Djordje Vujakovic et en décembre un KO en 1er round contre Karic Senad. Qu’as-tu ressenti à ces moments-là ?
Keshan Jacoby-Koaly : Je fais ce premier combat chez moi, en Guadeloupe, devant ma famille. C’est un aboutissement tant personnel que professionnel. Avant ce combat, je fais une très grosse préparation physique en Guadeloupe avec tout mon staff local. Je me sens super bien. Je boxe un garçon des pays de l’est réputé être assez dur et pourtant, ça se finit par un KO au premier round. Lorsque je parle de cette soirée, j’ai encore plein d’émotions. Je rentre sur la chanson d’Admiral T. J’ai une belle connexion avec le public Guadeloupéen. J’ai vraiment pris du plaisir.
Tu gagnes dès le premier round, il n’était pas préparé ?
Keshan Jacoby-Koaly : C’est le but du sport, dès que l’on trouve une brèche, on s’y en gouffre et on met fin au combat le plus vite possible. Personnellement, je donne du respect à tous ces boxeurs qui arrivent à monter sur le ring car il faut être prêt mentalement à le faire. Il faut faire une grosse préparation physique pour arriver au bon poids. Puis, c’est déjà courageux de monter sur un ring pour se faire taper. Selon moi, je ne pense pas que ça soit fait pour tout le monde.
Dans ton palmarès impressionnant, tu as aussi connu des défaites comme en Avril 2023, celle contre Dylan Pare-Lemonnier ou plus récemment en février 2025, contre Avery Martin Duval. Quel fut ton ressenti face à cela ?
Keshan Jacoby-Koaly : Pour cette première défaite, je pars dans l’hexagone me préparer à ce combat qui devait se faire de prime abord en Guadeloupe. Cependant, il est annulé une semaine avant. On m’offre l’opportunité de boxer un très bon boxeur chez lui, dans sa ville. C’est au pied levé. Après, c’était pour un championnat d’Europe, autant vous dire que la salle était immense. Il y avait près de cinq mille spectateurs et spectatrices. C’était la première fois que je boxais dans une telle organisation. Je suis un homme de défis, je prends le combat mais honnêtement, je n’étais pas vraiment prêt. Malheureusement, quand on se déplace chez l’adversaire, il faut en faire beaucoup plus. Il y en a qui disent que c’est moi qui gagnais le combat. Néanmoins, on retient les résultats.
As-tu perdu à la décision ?
Keshan Jacoby-Koaly : Oui, voilà, je perds à la décision aux poings. Pourtant, j’ai fait un très bon combat contre un très bon adversaire et je me rends compte que je que je dois en faire plus vraiment pour battre les adversaires chez chez eux afin de les mettre KO. C’est une première désillusion. En ce qui concerne, ma deuxième défaite, j’ai été faire un stage à Marrakech au Maroc. Ce fut une très grosse préparation, car j’avais une proposition pour un combat au Canada face à un boxeur professionnel invaincu. On m’appelle au dernier moment. J’ai une semaine pour le faire alors qu’en temps normal, pour un combat il faut entre six et huit semaines de préparation. J’ai juste le temps de dire oui que l’on me met déjà dans l’avion avec mon coach. J’arrive là-bas, j’ai le décalage horaire. Qui plus est, on est chez lui, je sais qu’il faudra que je me donne plus que d’habitude mais je suis conscient que je ne suis pas vraiment préparé mais c’est quand même une grosse opportunité. Il y a une bonne communication, le combat est diffusé sur ESPN. C’est un combat organisé par une grosse organisation mondiale. Une des meilleures au Monde. Je prends le pari. Le combat se déroule bien. J’arrive au deuxième round où je le fais tomber. Le combat est serré, ni lui ni moi, voulons lâcher. Je suis fier de moi parce que j’ai livré une très belle performance. J’ai montré au yeux du Monde qui j’étais. J’en suis encore fier. Toutefois, comme je le disais, quand on affronte un combattant chez lui, il faut donner deux fois plus. Ce fut une défaite. En revanche, j’en suis ressorti grandit de cette expérience qui m’a ouvert tellement de portes et d’opportunités. A la suite de ça, j’ai pu faire ma préparation physique au Canada pour mon combat du douze juillet. Je l’ai faite dans le club de cet adversaire avec qui j’ai pu m’entrainer. J’ai aussi découvert une autre façon de boxer. C’est un peu américanisé. Là-bas c’est du business pas de l’associatif comme en France. J’ai aimé cette façon de voir les choses. Si je devrais relever ce défi, je le referais, contre lui ou contre un autre. Je suis ouvert à toutes les propositions. Après, je ne sais pas si cela se refera puisque nous sommes proches désormais. Après, on ne sait jamais. Je ne ferme aucune porte. Il est vrai que nous sommes dans un système où les boxeurs essayent de prendre le moins de risques possibles pour avoir un palmarès vierge où n’apparaissent que les victoires. Du coup, ils vont affronter que des mecs qui ont palmarès négatifs ou qui ne tiennent pas debout. Quand j’ai commencé ce sport, ce n’est pas ce que je voulais. J’aime affronter des mecs qui sauront me pousser dans mes retranchements, qui sauront répondre à mes coups.

Justement, quels sont les adversaires ou combats qui t’ont le plus marqués jusqu’ici et quels sont ceux qui ont été les plus difficiles à gagner ?
Keshan Jacoby-Koaly : je ne sais pas si c’est le combat en soit qui est difficile. Je pense que c’est certaines préparations qui le sont. Au sens où je dois perdre du poids. Si j’ai une blessure, je ne peux pas m’entrainer. Vous comprenez que chaque préparation est un combat difficile. Le combat il n’est que la cerise sur le gâteau. J’ai eu des combats difficiles mais c’est de la boxe, j’ai l’habitude d’être en souffrance mais depuis que je suis en professionnel non je n’ai pas vraiment de combats qui ont été plus difficiles que d’autres.
Ton palmarès est impression, dix combats, sept victoires, deux défaites, un nul. Es-tu satisfait de ta progression jusqu’à présent ?
Keshan Jacoby-Koaly : Oui, je suis satisfait. Quand j’ai commencé, j’ai signé dans un club de la Côte d’Azur, j’ai débuté 1000e sur trois mille combattants dans ma catégorie. Actuellement, je suis top 300. Je suis numéro un français. Je suis aux portes d’un championnat de France. J’ai progressé dans tous les classements que ça soit national, européens et mondiaux. Je suis même très satisfait. Depuis que j’y suis, j’ai appris pas mal de choses en termes de boxe. Cette année fait treize ans que je fais de la boxe mais on peut dire que ce n’est que le début en tant que professionnel.
On dit souvent que la boxe est autant un sport physique que psychologique : comment travailles-tu ton mental avant un combat ?
Keshan Jacoby-Koaly : Il est vrai que lorsque nous sommes sportifs, le côté mental est très important. Je suis accompagné d’un préparateur mental. Au passage bonjour à Yohann qui me suit depuis mes débuts que ça soit dans les séances sophrologie ou autre. Il est important pour le combattant d’avoir un bon équilibre mental afin d’être à 100% prêt le jour du combat. De plus, ce qui compte pour l’équilibre du sportif c’est l’entourage familial mais aussi le staff composé du coach, du préparateur physique pour que l’athlète soit au top de sa forme le jour J afin qu’il n’ait aucune pensée parasite qui lui viennent en tête. Après, on reste des humains; on peut avoir des émotions aussi bien positives que négatives, on ne peut ne pas être à 100% tous les jours. L’objectif est d’arriver à recadrer le coche et vraiment de se concentrer sur ce qu’on a à faire.
La discipline d’un boxeur est très exigeante. Comment organises-tu ta vie entre sport, vie personnelle, familiale et moments de repos ?
Keshan Jacoby-Koaly : J’ai commencé le sport assez jeune. Quand je suis entré au CREPS, j’ai d’office eu ce double projet. Au début, il fallait jonbler entre le scolaire et le sportif, désormais je dois partager ma vie entre les entrainements, les combats et le côté business avec la recherche de sponsorings sans oublier le côté médical. J’ai donc un emploi du temps assez chargé. Après, tant bien que mal, j’essaie de caser la vie personnelle, familiale. Je sais que l’on peut toujours mieux faire, mais je suis un homme en pleine construction. J’apprends de cette vie. J’ai beaucoup mûri. Je suis dans certaines quêtes de moi-même. D’ailleurs, je pense que lorsque nous nous sommes rencontrés, j’étais encore très jeune.
Oui, c’est vrai c’était à l’époque où je travaillais à la Mairie de Petit-Bourg.
Keshan Jacoby-Koaly : Oui, voilà. Selon moi, le Keshan d’avant et l’homme que je deviens sont deux personnes différentes. Je suis en constante évolution mais pour l’instant, ça se passe très bien et je souhaite que cela continue dans ce sens.
Donc tu pratiques un sport où tu donnes des coups et tu en reçois aussi, quelles sont les réactions physiques et physiologiques du corps face à des coups répétés ?
Keshan Jacoby-Koaly : Il est vrai que prendre des coups est une expérience assez spéciale. (rires) Cependant, c’est assez intéressant. Les réactions sont diverses et variées au sens où on peut découvrir des facettes de soi-même. Il y a des gens qui en prenant des coups vont plutôt être dans l’affront, donc tout de suite réagir alors que d’autres vont se cacher. C’est ce moment qui dévoile beaucoup de choses et on ne peut pas se cacher de soi-même. On découvre des choses inédites sur nous-mêmes. Depuis que j’ai commencé, j’ai pris l’habitude de recevoir des coups et d’en donner. C’est sûr que question impact, mon corps est souvent meurtri. En sortant de l’entraînement, je peux aussi avoir des blessures, des bleus. En plus, comme j’ai la peau claire. Je marque vite. A chaque entrainement, j’ai un cocard, des griffures dans le dos du fait des lignes autour du ring. J’ai donc toujours des petites séquelles. J’ai aussi conscience que recevoir des coups peut être assez dommageable, notamment pour le cerveau. Les hématomes peuvent s’avérer graves. A l’entrainement comme lors des combats, j’essaie de bien me protéger avec des protections telles que la coquille pour les parties intimes, un casque, un protège dents, de bons gants car mes mains sont mes outils de travail. Après les combats, nous avons obligatoirement besoin d’une période de récupération qui est assez longue. Nous ne pouvons pas avoir trop de combats dans une année car les impacts sur le corps sont assez violents.

D’accord et il y a-t-il un boxeur que tu admires particulièrement, et qui t’inspire dans ta carrière ?
Keshan Jacoby-Koaly : Très bonne question. J’ai été bercé par un boxeur…
Mike Tyson ?
Keshan Jacoby-Koaly : J’aime bien Mike Tyson, c’est vrai. J’ai beucoup suivi son histoire. Ainsi que celle de Mohamed Ali. Cependant, pugilistiquement, je peux citer Roy Jones Jr, un boxeur de l’ancienne génération qui est désormais en retraite. J’aime beaucoup le style de Gervanta Davis dit The Tank qui fut l’ancien poulin de Floy Money Mayweather. IL y a aussi Curmel Moton qui est à peu près dans ma génération et qui est très bon sur les rings. J’apprécie aussi le style de Shakur Stevenson. J’ai l’intelligence de son jeu.
Et Joshua Anthony ?
Keshan Jacoby-Koaly : Oui, j’aime bien Anthony mais il n’est pas de la même catégorie que la mienne. J’essaie de me fier à ceux qui sont du même cabaris que le mien.
Justement, quelle est ta catégorie ?
Keshan Jacoby-Koaly : Je suis en lightweight, donc en 61 kg 300. Actuellement je ne fais pas ce poids, mais lors des compétitions, je le suis.
Quels sont tes objectifs à court et long terme : vises-tu un titre européen, mondial, olympique ?
Keshan Jacoby-Koaly : Alors, à court, je vise la ceinture de champion de France en début de d’année 2026. A moyen terme, ça serait de la défendre pourquoi pas en Guadeloupe et de concourir à un titre européen en Union Européenne au courant de l’année 2026-2027 et après avoir une opportunité d’ici trois ans pour une ceinture mondiale.
Tu ne penses pas à l’Olympique ? Tu as complètement mis de côté cette ambition ?
Keshan Jacoby-Koaly : Oui, j’ai complètement arrêté l’équipe de France. Même si maintenant, il y a la possibilité pour les boxeurs professionnels de participer aux Jeux Olympiques. Ça ne dépend pas de moi, c’est dans les mains des sélectionneurs qui regardent un peu ce qui se passe sur le territoire national. Si je suis appelé et que l’on me propose de participer aux JOs de Los Angeles. Pourquoi pas ? Néanmoins, ce n’est pas dans ma ligne de mire.
En tant que boxeur, quelles sont les plus grandes qualités que tu t’efforces de développer, à la fois sur le ring et dans la vie ?
Keshan Jacoby-Koaly : La résilience, la discipline, l’humilité parce qu’on s’entraîne beaucoup et que l’on peut tout perdre. À chaque fois qu’on boxe, on remet tout en jeu, que ça soit notre honneur, notre carrière, tout ce qu’on a fait. C’est vrai que le grand public se fie souvent à ton dernier résultat, même si tu as pu faire de grandes choses avant. Je peux aussi parler de la confiance en soi que j’ai permi de renforcer grâce à la boxe. Je sais ce que je veux où je souhaite aller. Je peux aussi évoquer le respect de moi-même et surtout d’autrui. Je voue un profond respect à mes adversaires qui montent sur le ring pour m’affronter. Il y a aussi le plaisir qui pour moi est très important. Il faut prendre plaisir à ce que l’on fait dans la vie. Je pense même que c’est la clé qui peut amener super loin. Depuis mes débuts, j’ai toujours pris plaisir sur le ring. Je pense que c’est une recette pour avoir de bons résultats. Prendre du plaisir et avoir des grands rêves sans jamais se poser de limites. Me concernant, je travaille pour concrétiser mes rêves et comme on dit, on verra ce que ce que l’univers, ce que le ciel me donne mais je me donne les moyens pour arriver là où je veux aller.
Tu es aujourd’hui basé à Nice. Pourquoi avoir choisi cette ville de Provence ? Comment s’est déroulée cette transition vers l’Hexagone ? Qu’est-ce que cela a changé dans ton quotidien et ton entraînement ?
Keshan Jacoby Koaly : Avant de m’installer dans le sud de la France, j’ai vécu cinq ans en Région parisienne notamment quand j’étais en équipe de France et que je faisais mes études. Mais pour répondre à votre question, je préparais un combat en Guadeloupe. Mon club a décidé de m’envoyer en France Hexagonale pour me préparer. Je suis resté une semaine à Paris et à ce moment-là, mes parents étaient sur la Côte d’Azur avec mon petit frère qui faisait ses premiers pas dans le sport de haut niveau. Je les ai rejoints et au moment où je m’apprête à y aller, mon père me contacte et m’annonce qu’il a trouvé un club. J’arrive, je fais un entraînement avec eux. Je fais une partie de ma préparation là-bas avec le Nice Noble Art de Fabien Guillerme en champion d’Europe et ça se passe super bien et à la rentrée je me pose des questions sur mon avenir, puisqu’en Guadeloupe je n’avais fait que deux combats. J’ai cette envie de boxer mais j’ai conscience que c’est de plus en plus compliquer d’organiser un combat de boxe professionnelle sur place avec de l’argent en jeu. Qui plus est,il faut souvent voyager ou faire venir des adversaires. Mes objectifs sont grands et je sais que dans le monde du sport professionnel, il ne faut pas perdre du temps. Je quitte donc mon papillon pour la Côte d’Azur. Même si l’expatriation a été difficile, j’ai vu la différence, car, je passe de deux combats à l’année à au moins six combats par an. Je gravis vraiment les échelons plus rapidement. Je rattrape le temps perdu. Je m’entraînement avec une plus grande intensité. Je combats plus souvent, le rythme est plus soutenu. Puis, l’autre avantage de vivre en France réside dans des déplacements plus faciles parce que l’on vit dans un archipel à 8000km, il faut le faire venir, le loger dans un hôtel avec son staff. Cela prend donc plus de temps, au moins que le combattant soit présent une semaine avant le jour de la confrontation. De plus, il y a le décalage horaire. C’est mieux pour moi d’être plus près du vivier national. Je peux désormais me mesurer à des boxeurs qui sont plus ou moins de mon niveau. Sans critiquer mon archipel, mais j’avais déjà fait le tour même s’il y a des potentiels, mais ils sont encore jeunes, en plein développement. Puis, il n’y a pas de boxeurs professionnels hormis moi. Je trouve donc mon équilibre en France. Néanmoins, dès que je le peux, je suis en Guadeloupe.
On sait que tu es très attaché à la Guadeloupe, c’est d’ailleurs là que tout a commencé, l’archipel est une terre de boxers mais selon toi, que manque-t-il à la boxe guadeloupéenne pour se développer et donner plus d’opportunités aux jeunes ?
Keshan Jacoby Koaly : Il n’y a pas que la Guadeloupe, même au niveau du bassin Caribéen, nous avons de bons niveaux. Je peux citer des pays comme Cuba ou Trinidad & Tobago. Après, au niveau local, il y a de grandes choses à faire. Il ne nous manque pas grand chose pour atteindre les sommets de la boxe mondiale. Il faut plus d’infrastructures pour que les jeunes puissent progresser. Je vais me répéter mais chez nous, nous avons de vrais talents. Nous n’avons rien à envier aux autres mais pour y arriver, il faut un vrai accompagnement financier car sans exagérer, c’est le nerf de la guerre. Je sais que le Comité local oeuvre beaucoup ainsi que les clubs mais il faudrait que tout le monde suive le développement de la boxe comme un vecteur économique pour le territoire. Quand je dis cela, je pense à la Région Guadeloupe, au Département ainsi que tous les acteurs locaux.
Pour toi, ça ne suit pas forcément ?
Keshan Jacoby-Koaly : Oui, ça suit mais à leur rythme alors que la boxe est un sport très dur. Cependant, un boxeur qui voit qu’il prend des coups tous les jours à l’entraînement et se retrouve sans combat pour s’exprimer peut vite se retrouver frustrer et il arrêtera vite pour trouver quelque chose de plus stable comme un travail. Face à cette réalité, nous perdons beaucoup de talents. J’ai foi que les choses bougent plus vite. J’espère un jour pouvoir apporter ma pierre à l’édifice.

On a pu voir à travers tes stories sur les réseaux que tu coachais des jeunes quand tu viens en Guadeloupe, est-ce important pour toi de transmettre à la nouvelle génération ?
Keshan Jacoby-Koaly : Oui, c’est important que ça soit que la transmission se fasse à la nouvelle moi qui suit “ de l’ancienne génération”. J’apprends de mes voyages, de mes combats et je trouverais cela injuste de tout garder pour moi. D’ailleurs, j’invite tout le monde à faire de même dans son domaine respectif. Je partage aussi bien aux boxeurs amateurs, que les nouveaux boxeurs du CREPS. Chaque fois que je suis là, j’essaie de faire le tour des salles également pour partager un peu mon expérience ainsi que mon savoir, que ça soit sur le ring ou même avec les mots en discutant et ça me tient vraiment à coeur. J’aimerais continuer mais surtout faire plus d’actions. Bien que je vive sur la Côte d’Azur, je reste connecter à mon île et j’ai conscience de notre potentiel.
Où te vois-tu dans 5 ans ? Champion du monde, entraîneur, ambassadeur de la boxe ?
Keshan Jacoby-Koaly : Je n’ai 26 ans, dans cinq ans, je me vois toujours en train de boxer. Où ? Je n’en sais rien. Qui sait ? J’ai le luxe de pouvoir boxer où je veux dans le Monde. Après, si je pars ailleurs, que cet endroit me soit prolifique et que je sois heureux d’y être. Ensuite, je pense que d’ici là, j’aurais développé le côté entrepreneuriat. A ce titre, je mets petit à petit les choses. Je sais que je suis encore jeune mais, je commence à préparer l’après-carrière. Je me lance dans des projets. Je constate que ce côté entrepreneur me plait. Je crois donc les doigts que tout ceci aboutisse.
Si tu n’avais pas choisi la boxe, qu’aurais-tu aimé faire dans la vie ?
Keshan Jacoby-Koaly : Bonne question (rires). J’avoue que j’en ai aucune idée. C’est vrai que je fais pas mal de choses à côté de la boxe mais toute ma vie tourne autour de mon sport. Puis, sans mentir, le fait que mon nom circule de plus en plus dans ce milieu, cela m’ouvre énormément de portes. Si je n’avais pas pris cette voie, je ne sais vraiment pas ce que j’aurais fait et qui j’aurais été. Mon caractère est assez affirmé et c’est grâce à la boxe. Pour autant si je n’étais pas devenu boxeur, j’aurais toujours eu cette détermination et peu importe le domaine que j’aurais choisi, je me serais donné à fond.
Qu’est-ce que tu aimerais qu’on retienne de ton parcours ( qui ne fait que progresser) ?
Keshan Jacoby-Koaly : en début d’interview, je disais que je ne me suis jamais fixé de limites. Je me suis toujours senti à ma place dans ce sport que j’affectionne. J’ai toujours pensé à moi avant tout. J’ai eu la chance d’être accompagné par ma famille, mes proches dans ce parcours qui est loin d’être terminé. Pour moi être entouré des bonnes personnes est important pour sa progression. Je prends du plaisir sur le ring et là aussi c’est le maître mot : prendre du plaisir. Je le fais depuis mes débuts avec le sourire car quand je boxe je suis dans un autre état qui me transcende et si j’étais spectateurs serait agréable à voir.
Tu repars bientôt en Hexagone, as-tu des combats de prévu si oui où auront-ils lieu et qui affronteras-tu ?
Keshan Jacoby Koaly : J’ai déjà repris l’entraînement en Guadeloupe dès la mi-août. J’ai repris la préparation physique, le foncier etc. En ce qui concerne le prochain combat, il aura lieu en fin d’année, en novembre ou en décembre, en fonction des opportunités qu’on va me proposer pour concourir pour la ceinture de champion de France en début d’année 2026. Je repars directement en camp d’entrainement.
Tu le feras en France ou ailleurs ?
Keshan Jacoby Koaly : A réfléchir encore. A ce stade, j’ai plusieurs opportunités. Je verrais laquelle est la meilleure pour moi. Tout dépendra du prochain combat, d’ailleurs à mon coach et mon staff nous réfléchissons.
Où pouvons-nous suivre ton actualité ? Es-tu présent sur les réseaux sociaux ?
Keshan Jacoby Koaly : Oui, je suis présent sur Instagram, donc keshan.jk. Par ailleurs, je suis également présent sur les réseaux sociaux professionnels tels que LinkedIn pour tout ce qui est partenariat, sponsor. J’ai aussi une chaîne Youtube à mon nom où je mets du contenu également de mes combats,mes interviews également. Donc voilà, ce sont les trois réseaux sur lesquels je suis présent.
D’accord, merci beaucoup Keshan d’avoir pris de ton temps pour répondre à nos questions.
Keshan Jacoby-Koaly : Merci pour l’invitation et à bientôt quand j’aurai des nouvelles actualités.
