Statues déboulonnées, mémoire contestée : le procès des statues de Schœlcher s’ouvre en Martinique

La statue de Victor Schœlcher située dans le bourg de Schœlcher a été détruite un 22 Mai par des militants. • JEAN-MARC ETIFIER

Procès hors du commun en Martinique. Depuis ce mercredi 5 novembre, onze personnes comparaissent pour avoir déboulonné les statues de Victor Schoelcher, figure controversée de l’abolition de l’esclavage. Au-delà de la sanction, c’est toute la question du regard porté sur l’histoire coloniale et la mémoire martiniquaise qui se trouve aujourd’hui au cœur du débat.

Depuis toujours, les Hommes ont érigé des statues pour honorer leurs héros, leurs rois ou leurs dieux. Mais lorsque ces « héros » ont été les bourreaux d’autres peuples, ces monuments commémoratifs se transforment en plaies ouvertes dans le paysage public.

Dans les territoires marqués par la colonisation et l’esclavage, la mémoire collective occupe une place centrale. Au fil des décennies, les descendants des peuples opprimés ont repris possession de leur histoire. Cette prise de conscience, nourrie par l’éducation, les luttes sociales et la circulation de l’information sur Internet, a progressivement fissuré les récits nationaux dominants.

Résultat : la présence de statues glorifiant des figures considérées ailleurs comme des « héros de la nation », mais perçues localement comme des symboles d’oppression, alimente des débats enflammés. En Martinique comme dans d’autres anciennes colonies, ces effigies du passé esclavagiste sont devenues des symboles de fracture, entre mémoire et oubli, entre fierté et douleur.

Retour sur ces événements historiques :

Pour une mise en contexte. Tout commence en mai 2020, dans le sillage du mouvement mondial Black Lives Matter, né après la mort de George Floyd aux États-Unis. Partout sur la planète, des voix s’élèvent pour dénoncer les symboles de l’esclavage, du colonialisme et du racisme systémique encore présents dans l’espace public.
Aux Antilles françaises, cette onde de choc réveille des revendications déjà anciennes : celle d’une relecture critique du passé colonial français et d’une reconnaissance des souffrances héritées de l’esclavage.

Influencés par les luttes menées en Amérique du Nord que les 22 et 23 mai 2020, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique, deux statues de Victor Schoelcher, figure emblématique de l’abolitionnisme français du XIXe siècle sont déboulonnées à Fort-de-France et à la ville de Schoelcher. Les images sont diffusées sur les réseaux sociaux et elles divisent la société martiniquaise. Entre ceux qui y voyaient un acte de courage et de remise en cause des actions du chantre de l’abolition de l’esclavage mais père de la colonisation française en Afrique et ceux qui n’y ont vu qu’un acte de vandalisme et une atteinte au patrimoine locale et à la mémoire nationale.
Pour les militants à l’origine de ces actes, ces statues ne symbolisent pas la liberté, mais la récupération coloniale de la lutte des esclaves. Ils reprochent à Schoelcher d’incarner une vision paternaliste de l’abolition, qui invisibilise le rôle des insurgés noirs et des marrons dans leur propre libération.

Autant dire que la destruction de ces deux statues, a porté un coup à l’ensemble du  » Roman National », consacré à la question de l’abolition de l’esclavage puisque ces gestes ont immédiatement provoqué une vague de réactions politiques et médiatiques. Si bien que même le président Emmanuel Macron et l’ancien premier ministre Edouard Philippe ont prit la parole.

Cependant, le chef du Gouvernement de l’époque avait expliqué qu’il avait été « déçu que la République ne reconstruise pas la statue au général Dumas qui a été fondue par les Nazis en 1940. Le général Dumas qui dit beaucoup plus de choses sur ce qu’est l’idéal républicain. »

La Fondation Esclavage et Réconciliation (FER) a vivement réagi à ces actes, les qualifiant de « folle épopée des réparationnistes de la Martinique ». Pour son président, Serge Romana, ces militants, souvent issus de la mouvance indépendantiste, livrent « une stupéfiante interprétation de l’histoire » en s’en prenant à Victor Schœlcher, figure abolitionniste pourtant reconnue pour son opposition farouche aux colons esclavagistes.

Même position du côté de la Fondation Mémoire de l’Esclavage, présidée par l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Dans un communiqué, elle rappelle que « le combat pour la liberté et l’égalité a uni les personnes réduites en esclavage, qui n’ont cessé de se révolter – notamment le 22 mai 1848 en Martinique – et les militants abolitionnistes comme Victor Schœlcher, qui ont inscrit cette lutte au cœur du projet républicain ».

De son côté, à la destruction des statues, Patrick Chamoiseau avait réagi par un long texte dans lequel il disait préféré  » La trace mémoire ».

Aux statues, l’Écrivain Patrick Chamoiseau préfère la « Trace-mémoires »

Des déboulonnages à travers le Monde :

Contrairement à ce que l’on peut croire, la Martinique, en l’occurrence la France ne sont pas l’unique pays où les symboles coloniaux sont attaqués.

En effet, l’Afrique du Sud est le premier exemple. En 2015, la nation arc-en-ciel a déboulonné des statues de Cécil Rhodes, colonisateur britannique de l’Afrique du Sud, de la Zambie et du Zimbabwe, fondateur de la British South Africa Company et de la compagnie diamantaire De Beers, devenu par la suite le tout premier premier ministre de la colonie du Cap de 1890 à 1896. Plusieurs statues de l’ancien administrateur colonial trônaient devant l’université du Cap depuis 1934, de même que celles de la Reine Victoria, de Paul Kruger ou de Louis Botha. Trois personnages historiques ayant joué un rôle majeur durant la clonisation et l’établissement du régime de l’Apartheid. Le retrait de ces statues traduisait la frustration d’une grande partie de la population sud-africaine.

Ailleurs dans le monde, en Guadeloupe en 2015, une stèle bâtie sur le site de la Pointe Allègre à Sainte-Rose, rendant hommage à l’arrivée des premiers colons européens dans l’archipel fut détruite par plusieurs personnalités et organisations anticolonialistes dont le LKP. Son installation avait provoqué l’indignation de nombreux guadeloupéens qui voyaient en cette stèle la célébration de l’esclavage et du génocide des premiers habitants de l’Archipel, les Amérindiens.

En Octobre 2016, au Ghana, c’est la statue du Mahatma Gandhi; considéré comme le chantre de la non-violence, a été retirée de l’université de Accra. C’est un collectif de professeurs et d’étudiants qui s’est mobilisé en faveur du déboulonnage de la statue du père de l’indépendance de l’Inde. Cette statue était un cadeau du gouvernement indien au gouvernement ghanéen en signe d’amitié. Une pétition en ligne avait dénonçant le raisme de Gandhi fut lancée, les auteurs exigeaient que la statue soit démontée. La controverse serait venue du fait que dans ses écrits, le Mahatma, qui dans sa jeunesse a vécu en Afrique du Sud entre 1893 et 1814, faisait référence aux noirs du pays en tant que  » Kaffir », terme péjoratif utilisé par les blancs afrikaaners à cette époque, pour les qualifier de  » d’indigènes non civilisés ». Le père de la nation indienne avait écrit :

Aux USA, pays d’où le mouvement a pris racine, depuis 2016, les monuments et autres symboles à la gloire des généraux ou des hommes politiques des anciens Etats confédérés esclavagistes du Sud sont régulièrement pris pour cible par les manifestants anti-racistes. L’un des plus décriés est évidemment le drapeau confédéré, emblème de ralliement et objet de fierté des sudistes, il est aussi considéré comme un symbole d’oppression notamment par la communauté afro-américaine dont les ancêtres ont été esclaves. En 2015, le drapeau qui flottait sur le mat du capitole de la Caroline du Nord où il flottait a été retiré par la jeune activiste afro-américaine Bree Newsome, cinéaste, musicienne et conférencière, pour qui cette bannière était inextricablement liée aux exactions commises durant l’esclavage. De plus, cette action s’inscrivait dans le cadre d’une campagne visant à retirer le drapeau ainsi que d’autres icônes confédérées des bâtiments gouvernementaux fédérés et fédéraux. Depuis, le mouvement s’est propagé à plusieurs états du Sud. En 2017, la polémique a été ravivée lors des événements de Charlottesvilles, au cours desquels, une manifestante fut percutée par une voiture conduite par un militant d’extrême droite. Dans la foulée, plusieurs statues à la gloire des généraux sudistes furent détruites. Par exemple à Baltimore où la municipalité a décidé d’elle-même de déboulonner deux statues de soldats confédérés à l’aide d’une grue. A Lexington dans le Kentucky, le maire de la ville a pris la décision de déplacer deux statues confédérées, un mois avant les événements, la municipalité avait acté pour le retrait du drapeau confédéré. A Durham en Caroline du Nord, la statue d’un soldat confédéré érigée en 1924 a été abattue lundi par des manifestants et, le même jour, une autre a été déboulonnée à Gainesville en Floride. A Nashville dans le Tennessee, des dizaines de manifestants ont réclamé le retrait du Capitole d’un buste de Nathan Bedford Forrest, général confédéré et fondateur du Ku Klux Klan. Dans d’autres villes telles que Baltimore (Maryland), la Nouvelle-Orléans (Louisiane) ou encore Austin (Texas), plusieurs statues érigées en l’honneur de généraux esclavagistes sont démolies les jours suivants. Même scénario à Richmond (Virginie) où la statue de Williams Carter Wikham, un autre général des confédérés, est mise à terre et taguée lors d’une manifestation contre les violences policières.

Néanmoins, les généraux sudistes ne sont les seuls dans le collimateur des militants de la cause noire. En effet, Christophe Colomb est lui aussi au coeur de la controverse. Longtemps célébré comme « celui qui a découvert l’Amérique », Christophe Colomb est aujourd’hui vu par certains comme le symbole de l’arrivée des Européens et de leurs violentes revendications sur des terres ne leur appartenant pas. Plusieurs Etats de la Fédération ont décidé de retirer les statues et monuments à la gloire du navigateur génois. ans plusieurs villes, des statues ou effigies de l’explorateur européen ont été vandalisées, écrasées ou peintes avec de la peinture rouge. Des dizaines de villes américaines ont remplacé la célébration en octobre du « Columbus Day » devenu jour férié fédéral en 1937, par une journée d’hommage aux peuples indigènes. Des pétitions ont été aussi lancées pour demander le retrait complet des monuments à la gloire du navigateur.

Le mouvement s’est étendu à l’Europe. Le 7 juin 2020, à Bristol au Royaume-Uni, la statue du marchand d’esclaves Edward Colston a été renversée à l’aide d’une corde avant d’être jetée dans le canal du centre-ville. Issu d’une famille marchande prospère, il se consacre jusqu’à sa mort à développer Bristol par le mécénat et la charité, ce qui lui vaut d’être élu député tory de 1710 à 1713. Après sa mort, il est durablement célébré comme un bienfaiteur de la cité portuaire. Mais, depuis la fin des années 1990, cette mise en avant de Colston est remise en question dans le cadre des débats mémoriels liés à l’esclavage. La pétition réclamant qu’elle soit retirée par le Conseil municipal de Bristol avait recueilli plus de 10.000 signatures.

source : The Sun

La Belgique a aussi fait face à son histoire coloniale, en la figure du roi Leopold II, accusé du temps de son règne d’avoir validé d’affreux crimes coloniaux dans sa Colonie privée du Congo [qui deviendra le Zaïde, aujourd’hui la République Démocratique du Congo] causant la mort ou la mutilation d’au moins dix millions de congolais, exploités dans les exploitations de caoutchou ou les mines d’or. Pour la petite histoire, . Léopold II, roi des Belges, obsédé par l’idée de posséder une colonie, se voit attribuer le Congo comme « propriété personnelle » et se prévaut d’une mission civilisatrice et humanitaire. Il modernise la région, développe des infrastructures, favorise le commerce et l’agriculture, crée des villes. Dans le même temps, il fait main basse sur les richesses locales, le caoutchouc et l’ivoire, s’arrogeant dès 1891 le monopole de leur exploitation. L’administration de « l’Etat indépendant du Congo » organise alors un système répressif, brutal et sauvage, pour faire travailler les populations autochtones. Massacres de masse, tortures et châtiments corporels, asservissement, villages rasés, rien ne fut épargné aux indigènes qui cherchaient à se soustraire au travail forcé, ne récoltaient pas assez de caoutchouc ou ne rapportaient pas suffisamment de pointes d’ivoire. La punition la plus répandue était la section de la main. Si les villages ne rendaient pas la quantité de caoutchouc dont on avait besoin, on prenait les hommes mâles adultes et on leur coupait la main. La deuxième fois, on leur coupait l’autre main. Si la famille continuait à ne pas donner le caoutchouc, on tuait.

Pour revenir à la Martinique, le 6 juin 2020, des manifestants ont détruit, deux plaques commémoratives,aux Trois-Ilets, l’une dédiée à Joséphine de Beauharnais et l’autre à Léon Papin Dupont qui étaient apposée sur la façade de l’église de Notre-Dame de la Bonne Délivrance aux Trois-Îlets. Classée monument historique en 1993, la façade de l’église a été taguée d’une inscription rouge, en créole, disant « Respé » qui signifie « Respect ».

En novembre de l’année 2020, la Barbade procède au retrait de la statue de l’Amiral Horatio Nelson, héro de l’Empire Britannique. Érigée en 1813, la statue du navigateur britannique le plus décoré qui a sauvé son pays des ambitions de Napoléon Bonaparte, a occupé une place centrale dans la capitale Bridgetown. Elle y est restée 207 ans. Elle  a été transféré au musée national. Au delà de la statue, c’est surtout le site où elle était située qui posait problème. Les esclaves débarqués des bateaux arrivés d’Afrique attendaient sur cette place pour être vendus aux enchères. À quelques mètres de la statue d’Horatio Nelson se trouvait un cachot. Les esclaves qui s’échappaient de leurs plantations étaient capturés et placés dedans en attendant leurs propriétaires. C’était un lieu de déshumanisation et de torture. Par ailleurs, Nelson, homme de son temps suscite encore à ce jour la controverse. Avant d’intégrer la marine britannique, il était commandant sur les navires de la compagnie Hibbert, Purrier et Horton. Des propriétaires qui ont fait fortune dans le commerce des esclaves. En 1784, aux commandes de la frégate britannique HMS Boreas, il avait imposé le monopole commercial dans des colonies britanniques; endant son séjour dans la caraïbe, Horatio Nelson fréquentait les propriétaires des plantations y compris Simon Taylor, esclavagiste notoire de la Jamaïque. Convaincu que la prospérité des colonies dépendait de la traite des Africains, Il avait tout fait pour contrecarrer le mouvement abolitionniste. Le 21 octobre 1805, l’Amiral Horatio Nelson était tué par un matelot français pendant la Bataille de Trafalgar. Depuis la fin des années 1990, des pétitions demandaient son retrait de l’espace public.

Dans d’autres pays tels que l’Australie ou l’île de la Réunion où la question coloniale est d’ordinaire passée sous silence, le déboulonnage des statues de personnages controversés, est désormais au centre du débat. Ces dernières années, dans les Mascareignes (île de La Réunion; Maurice; Seychelles) c’est la place accordée à Bertrand-François Mahé de la Bourdonnais qui est dénoncée. Déjà en 2015, la statue de l’ancien gouverneur avait été taguée. Bertrand-François Mahé de la Bourdonnais fut connu pour sa cruauté envers les noirs marrons :

« La Bourdonnais organisera la lutte contre les Noirs marrons qui représentent un danger constant pour les colons […]. La Bourdonnais va mettre sur pied de grandes battues. […] Le gouverneur leur portera l’estocade par la création de milices constituées des colons les plus valides. Mahé de La Bourdonnais sera aidé dans ce travail par François Mussard qui n’aura de cesse jusqu’à sa mort, de traquer les marrons » ( dans « Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur des Mascareignes », Dureau Reydellet, 1994, page 49-50 ).

Pour avoir jouer un rôle majeur dans l’implantation des premiers esclaves à l’île Maurice et leur utilisation dans la construction des infrastructures publiques :

« Vous mettrez deux cents Noirs à la disposition de la Compagnie […] Si après distribution faite, il reste des Noirs, on les vendra au prix taxé par la Compagnie » (dans « Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur des Mascareignes », Dureau Reydellet, 1994, page 51-52, extrait d’une missive envoyée par Mahé de La Bourdonnais au commandant de Bourbon en 1736).

« Ce fut pour faire des ouvrages très pressants et ordonnés par le ministère que, par une délibération du conseil de 16 août 1736, il fut arrêté que les habitants qui avaient des noirs en fourniraient un sur vingt. Cela fut exécuté, et ces noirs furent en effet employés à la construction de la batterie de Saint-Paul et de la loge Saint-Denis. » (dans « Mémoires historiques de B.F. Mahé de La Bourdonnais, gouverneur des îles de France et de Bourbon », Pélicier et Chatet, 1827).

En Australie, c’est l’aspect positif des actions de James Cook, navigateur, cartographe, militaire et explorateur britannique qui est remis en cause depuis plusieurs années. Premier européen à avoir mis un pied sur l’île continent, James Cook est célébré comme un héro national. Mais son expédition a mis un terme à la civilisation aborigène et aux autres civilisations du Pacifique ainsi que la mise en place d’un régime colonial ségrégationniste en Australie, avec des aborigènes considérés comme des citoyens de seconde zone ayant subi massacres, sévisses et humiliations pendant des siècles.

Plus récemment, en aout 2025, Trinidad-&-Tobago a procédé à la suppression de la statue de Christophe Colomb qui trônait dans la capitale de Trinité-et-Tobago depuis plus d’un siècle. La statue avait été plusieurs fois dégradée par ceux qui dénonçaient son symbole de l’époque coloniale. D’ailleurs, les symboles liés à Christophe Colomb, notamment ses navires emblématiques la Pinta, la Niña et la Santa María qui ornaient encore certains bâtiments officiels ont cédé la place au steelpan, instrument de percussion typique des Caraïbes orientales.

Statue de Christophe Colomb vandalisée avant son déboulonnage. Trinidad & Tobago.

Trois jours de procès au verdict attendu :

Dès l’ouverture de l’audience, le ton était donné. Les avocats de la défense ont sollicité la présence d’un interprète en créole et en anglais, estimant essentiel que chacun des prévenus puisse suivre pleinement les échanges. Après en avoir délibéré, le tribunal a accédé à cette requête, reconnaissant ainsi l’importance de la compréhension linguistique dans ce procès symbolique.

Un autre point a marqué le début de la séance : la demande de captation vidéo de l’intégralité des débats. Les conseils de la défense souhaitaient qu’une trace de ce moment « historique » soit conservée pour les générations futures. Toutefois, après concertation, les avocats ont finalement décidé de retirer leur demande, privilégiant la sérénité des débats à la médiatisation de l’audience.

Parmi les témoins appelés à comparaître figurent plusieurs voix emblématiques du monde intellectuel, artistique et politique. La sociologue Juliette Sméralda et l’artiste Suzy Singa apporteront leur éclairage sur les enjeux mémoriels, tandis que le député Marcellin Nadeau est attendu à la barre dans l’après-midi.

La défense est assurée par plusieurs figures du barreau martiniquais, parmi lesquelles les bâtonniers Maîtres Constant et Germany, ainsi que Mes Arneton, Romer et Monotuka. Pour Me Germany, ce procès est une  » farce judiciaire » et il n’est pas seulement juridique, il est politique. Pour lui, « L’État est un délinquant, un criminel comme les autres — peut-être même pire que les autres » puisqu’il tolère la présence de la statue  de Colbert devant l’Assemblée nationale. Selon l’avocat Martiniquais, c’est une « apologie de crimes contre l’humanité ».

Les avocats de la défense insistent sur la portée historique et symbolique de ce procès, qu’ils présentent comme une véritable « épreuve de vérité » sur la mémoire coloniale et la justice post-esclavagiste.

Le rendez-vous est donc pris vendredi pour le verdict final.