Dimanche 22 mars se tenait le second tour des élections municipales en France. En Guadeloupe, comme ailleurs, cette soirée électorale a été marquée par des larmes de joie, des déceptions, mais surtout par quelques surprises. Après plusieurs décennies de présence dans l’espace public, des figures de la politique locale, à l’image d’Ary Chalus et de Ferdy Louisy, ont perdu leur mandat au profit de nouveaux visages, pas si nouveaux. Retour sur une soirée électorale riche en rebondissements.
Le second tour des élections municipales 2026 s’est déroulé ce dimanche dans les communes encore en ballotage. En France hexagonale comme dans les territoires ultramarins, la participation s’est maintenue à un niveau relativement stable, confirmant une mobilisation correcte des électeurs, mais toujours marquée par une abstention importante.
À l’échelle nationale, la participation s’établit à 57,03 %, soit une abstention de 42,97 %. Un niveau proche de celui observé au premier tour, et qui reste inférieur aux standards historiques des élections municipales. Cette stabilité traduit toutefois un regain d’intérêt par rapport au scrutin de 2020, fortement perturbé par la crise sanitaire. Dans les territoires ultramarins, la participation apparaît globalement comparable à la moyenne nationale, avec toutefois des disparités selon les territoires.
En Guadeloupe, la mobilisation atteint 56,11 %, soit une abstention de 43,89 %. Un niveau relativement soutenu qui confirme l’intérêt des électeurs pour les enjeux locaux dans les communes encore indécises.
En Martinique, la participation du second tour tourne autour de 52 %, ce qui correspond à une abstention proche de 48 %. Un niveau légèrement inférieur à la moyenne nationale, illustrant une mobilisation plus modérée dans plusieurs communes clés.
À La Réunion, la participation s’établit autour de 58 %, avec une abstention d’environ 42 %. L’île affiche ainsi l’un des taux de mobilisation les plus élevés parmi les territoires ultramarins, confirmant une dynamique électorale soutenue.
Du côté de la Guyane, la participation avoisine les 50 %, soit un niveau d’abstention équivalent. Une mobilisation stable, marquée par des enjeux locaux forts dans les communes concernées par le second tour.
Mayotte se distingue avec une participation supérieure à la moyenne nationale, proche de 75%, pour une abstention estimée à 37 %. Un niveau qui confirme l’importance du scrutin municipal dans ce territoire.
Dans les autres collectivités ultramarines, la participation reste également soutenue. Elle atteint environ 60 % en Polynésie française, près de 56 % en Nouvelle-Calédonie et autour de 65 % à Saint-Pierre-et-Miquelon, confirmant une implication locale importante malgré la tendance générale à l’abstention.
Au total, ce second tour des municipales 2026 confirme une tendance déjà observée lors du premier scrutin : une participation relativement stable mais encore fragile. Si les électeurs se sont mobilisés pour départager les listes en ballotage, l’abstention demeure élevée, traduisant une défiance persistante envers la politique, y compris à l’échelle locale.
En Guadeloupe le choix de la stabilité en demi-teinte :
Le second tour des élections municipales et communautaires se tenait dans douze communes de l’archipel. Dans sept d’entre elles, les maires sortants ont été reconduits par les électeurs.
C’est notamment le cas au Gosier, où Michel Hotin s’impose de justesse avec 50,56 % des suffrages face à Sylvain Keeter (49,44 %). À La Désirade, le duel entre le maire sortant et son prédécesseur Jean-Claude Pioche a tenu toutes ses promesses. Au final, Loïc Tonton l’emporte avec 56,48 % des voix contre 43,52 % pour son adversaire.
Même scénario à Sainte-Anne, où le maire sortant Francs Baptiste arrive en tête avec 38,64 %, devant Diana Perran (35,99 %) et Lydia Couriol (25,38 %). À Saint-François, Jean-Luc Pérrian, arrivé à la tête de la commune en 2024, est lui aussi reconduit. Opposé à Sophie Péroumal et Teddy Mary, il obtient 53,67 % des suffrages, contre 31,01 % pour Sophie Péroumal et 15,32 % pour Teddy Mary.
À Gourbeyre, Claude Edmond conserve son fauteuil avec 45,15 % des voix face à ses deux adversaires féminines, Marguerite Civis (37,83 %) et Fabienne Thomas (17,02 %). Du côté de Marie-Galante, à Grand-Bourg, Maryse Etzol frôle la défaite mais parvient finalement à conserver son siège avec 50,55 % des suffrages, contre 49,45 % pour Yohann Selbonne. À Trois-Rivières, Jean-Louis Francisque s’impose également, mais de manière serrée, avec 52,20 % face à Jimmy Fausta (47,80 %).
Des surprises et un nouveau visage :
Ces municipales 2026 ont également été marquées par plusieurs surprises, à l’image de la victoire de Fabrice Minatchy à Saint-Claude. Le jeune candidat, soutenu notamment par l’ancienne maire Lucie Weck-Mirre et le député Élie Califer, s’impose avec 42,24 % des suffrages. Il devance Cédric Vitalis (38,25 %), Thierry Panol (13,34 %) et Rebecca Coupan (6,17 %). Une victoire qui fait de lui l’un des plus jeunes maires de la Guadeloupe.
La défaite de plusieurs figures politiques
Ces élections municipales 2026 ont surtout été marquées par la défaite de plusieurs figures installées de la politique locale. À Port-Louis, Jean-Marie Hubert cède son fauteuil à son rival historique Victor Arthein. Après plusieurs décennies d’affrontements politiques entre les deux hommes, les urnes ont une nouvelle fois tranché en faveur de Victor Arthein, élu avec 53,45 % des suffrages contre 46,55 % pour le maire sortant.
Dans cette commune du nord Grande-Terre, l’affaire du Kabana Beach a pesé dans la campagne. La destruction du restaurant par arrêté préfectoral, après des tensions entre soutiens du restaurateur et autorités, avait profondément marqué l’opinion locale et fragilisé la majorité municipale sortante.
À Anse-Bertrand également, les électeurs ont choisi le changement. Le maire sortant Édouard Delta, élu en 2014 puis réélu en 2020, est battu par Daniel Moustache, fils de l’ancien maire José Moustache. Ce dernier l’emporte avec 52,71 % des suffrages contre 47,29 %. Le maire sortant paie notamment les critiques liées au manque de dynamisme de la commune.

Même scénario à Goyave, où Ferdy Louisy, maire depuis 18 ans, est battu par Jean-Luc Edom. Le candidat du changement s’impose largement avec 61,06 % des suffrages contre 38,94 % pour le maire sortant. Une défaite qui s’explique notamment par une certaine lassitude après plusieurs mandats, mais aussi par les critiques liées à la reconstruction du pont de Goyave détruit lors de la tempête tropicale de 2023. Sa présidence du SMGEAG et l’accumulation de responsabilités politiques ont également été pointées du doigt durant la campagne.
Coup de tonnerre à Baie-Mahault
Le plus grand bouleversement de cette soirée électorale reste toutefois la défaite d’Ary Chalus à Baie-Mahault. Figure majeure de la politique guadeloupéenne et actuel président de Région, il échoue dans sa tentative de reconquête de la commune. Michel Mado, son ancien allié devenu opposant, remporte l’élection avec 54,83 % des suffrages contre 34,04 % pour Ary Chalus.
Jusqu’ici adjoint à la culture de la municipalité sortante, Michel Mado s’impose dans la principale commune économique de l’archipel. Fils de Paul Mado, dont le décès en 2001 avait conduit à l’accession d’Ary Chalus à la mairie, il signe un retour symbolique.
Le président de Région n’a pas su convaincre les électeurs, nombreux à s’interroger sur un éventuel cumul avec ses fonctions régionales. Le contexte municipal sortant, marqué par des tensions internes et plusieurs mouvements sociaux au sein de la mairie sous la mandature d’Hélène Molia-Polifonte, a également pesé dans le scrutin.
Au final, ce second tour des municipales 2026 marque une légère brise de changement politique en Guadeloupe. Si plusieurs maires sortants ont été reconduits, la défaite de figures installées et l’émergence de nouveaux visages traduisent une volonté de renouvellement dans plusieurs communes de l’archipel.
Cette défaite intervient dans un contexte judiciaire délicat pour le président de la Région. Le 20 mai 2025, Ary Chalus a été condamné en appel pour abus de confiance et dépassement du plafond de son compte de campagne lors des élections régionales de 2015. La justice l’a condamné à deux ans de prison avec sursis, à plusieurs amendes pour un montant total supérieur à 25 000 euros ainsi qu’à une interdiction de diriger une association. Il a également été sanctionné par une peine d’inéligibilité. Ary Chalus s’est pourvu en cassation, ce qui suspend l’exécution définitive de cette décision. Il conserve donc, à ce stade, son mandat de président de la Région Guadeloupe.
Par ailleurs, un nouveau rendez-vous judiciaire attend l’élu devant le tribunal correctionnel de Paris les 24, 25 et 29 juin 2026. Il devra répondre de faits présumés de détournement de fonds publics remontant à la période 2012-2017, lorsqu’il était député. Il lui est reproché d’avoir utilisé de manière contestée des crédits destinés à la rémunération et aux déplacements de collaborateurs parlementaires. Les montants évoqués portent notamment sur 96 135,23 euros au titre de l’utilisation de l’indemnité représentative de frais de mandat, ainsi que 47 431,60 euros liés à des remboursements de frais par la ville de Baie-Mahault alors qu’il cumulait les fonctions de maire et de député.
Dans cette procédure, sa fille Nathalia Chalus est également poursuivie pour recel de détournement de fonds publics. Elle est soupçonnée d’avoir perçu 67 861,92 euros ainsi que 6 580 euros de frais de déplacement dans le cadre d’un emploi de collaboratrice parlementaire. La compagne de l’élu, Francette Gourdine-Bachou, est également citée pour des faits similaires portant sur 27 603,60 euros de rémunération et 9 919 euros de frais de voyage. À ce stade de la procédure, l’ensemble des personnes concernées bénéficie de la présomption d’innocence.
Ces éléments judiciaires viennent fragiliser la position politique d’Ary Chalus, dont le parcours reste pourtant l’un des plus marquants de la vie publique guadeloupéenne. Ancien technicien chez EDF, il s’engage en politique à Baie-Mahault au début des années 2000. Il devient premier adjoint avant d’accéder à la mairie en 2001 à la suite du décès du maire Paul Mado. Il est ensuite réélu en 2008 puis en 2014, consolidant son implantation locale.
Parallèlement, il occupe les fonctions de conseiller général du canton de Baie-Mahault et de vice-président du conseil général entre 2004 et 2012. En 2012, il est élu député de la 3e circonscription de la Guadeloupe, mandat qu’il exerce jusqu’en 2017. En 2015, il remporte les élections régionales et devient président de la Région Guadeloupe, fonction qu’il occupe toujours aujourd’hui.
Sa défaite aux municipales 2026 marque ainsi un tournant politique. Elle pourrait fragiliser durablement l’une des figures majeures de la vie publique locale, dans un contexte où les équilibres politiques évoluent. En toile de fond, le rapport de force avec le président du Département, Guy Losbar, apparaît de plus en plus structurant. Ce dernier renforce progressivement son influence politique territoriale, notamment autour du projet d’évolution institutionnelle vers une assemblée unique.
Dans ce paysage en recomposition, la défaite d’Ary Chalus à Baie-Mahault symbolise un possible basculement. Entre renouvellement politique, rivalités locales et attentes fortes de la population face aux crises sociales et économiques, ces municipales 2026 pourraient marquer le début d’un nouveau cycle politique en Guadeloupe.

Au terme de ce second tour des élections municipales 2026, la Guadeloupe confirme une recomposition politique progressive. Si plusieurs maires sortants ont été reconduits, la défaite de figures installées et l’émergence de nouveaux visages traduisent une volonté de renouvellement dans plusieurs communes de l’archipel. Entre continuité locale et désir de changement, les électeurs ont envoyé un signal clair : celui d’une exigence accrue envers leurs élus, dans un contexte marqué par les crises sociales, économiques et institutionnelles.
Ces résultats redessinent ainsi les équilibres politiques du territoire. Ils fragilisent certaines figures historiques, renforcent de nouveaux leaderships et ouvrent la voie à de futures batailles politiques, notamment autour des projets d’évolution institutionnelle et de gouvernance locale. Plus qu’un simple scrutin municipal, ce second tour apparaît comme un moment charnière pour la vie politique guadeloupéenne.
Reste désormais aux nouveaux exécutifs municipaux à répondre aux attentes d’une population en quête de solutions concrètes face aux défis du quotidien. Car au-delà des victoires et des défaites, ces municipales 2026 rappellent une réalité : les électeurs guadeloupéens attendent désormais des résultats, du renouvellement et une vision claire pour l’avenir de l’archipel.
