Le pape Léon XIV demande pardon pour le rôle de l’Église dans l’esclavage

Le Pape Léon XIV lors de la présentation de l'encyclique " Magnifica Humanitas " 25/05/2026 Le Vatican ©AFP - Alberto Pizzoli

Pour la première fois de son histoire, un pape reconnaît publiquement la responsabilité directe de l’Église catholique dans la légitimation de l’esclavage. Dans son encyclique Magnifica Humanitas, Léon XIV demande « sincèrement pardon » pour des siècles de silence, de complicité et de souffrances infligées aux peuples africains et non-chrétiens durant la période coloniale. Une déclaration historique qui secoue la mémoire de l’Église.

Pendant des siècles, l’Église catholique a accompagné, justifié ou fermé les yeux sur l’esclavage. Une réalité historique longtemps minimisée, parfois contournée, mais rarement reconnue avec autant de clarté. Cette fois, le Vatican franchit un cap inédit. Dans sa première encyclique intitulée Magnifica Humanitas (« Humanité Magnifique »), le pape Léon XIV a présenté des excuses publiques pour le rôle joué par l’Église dans la légitimation de l’esclavage des peuples africains et non-chrétiens durant la période coloniale.

Une déclaration historique qui marque un tournant majeur dans la mémoire de l’institution catholique. Jusqu’à présent, plusieurs souverains pontifes avaient déjà reconnu la responsabilité de certains chrétiens dans la traite négrière ou dénoncé les horreurs de l’esclavage. Jean-Paul II avait notamment parlé d’une « tragédie » lors de sa visite à Gorée, au Sénégal, en 1992. Dernier en date, le Pape Francis, en 2024 avait demandé pardon pour l’esclavage et le colonialisme mais aussi pour avoir pris part à la mondialisation de l’indifférence face aux tragédies. L’Eglise Catholique demande pardon pour l’esclavage, la colonisation et l’oppression des femmes. – The Link Fwi

Mais jamais un pape n’avait reconnu aussi directement la responsabilité institutionnelle du Saint-Siège dans ce système de domination et de déshumanisation.

Dans ce texte, Léon XIV reconnaît que l’Église a mis du temps avant de condamner clairement l’esclavage. « Nous ne pouvons nier ni minimiser le retard avec lequel l’Église et la société ont condamné ce fléau », écrit-il. Plus loin, le pape américain évoque « une blessure dans la mémoire chrétienne » et affirme : « Au nom de l’Église, je demande sincèrement pardon ».

Le souverain pontife revient notamment sur plusieurs bulles papales publiées au XVe siècle, comme Dum Diversas en 1452 ou Romanus Pontifex en 1455, qui avaient autorisé le Portugal à conquérir des territoires africains et à réduire les populations non chrétiennes en « servitude perpétuelle ». Ces textes religieux ont ensuite servi de base idéologique à l’expansion coloniale européenne en Afrique et dans les Amériques.

Léon XIV reconnaît également que l’Église elle-même a possédé des esclaves durant une partie de son histoire et qu’elle a conseillé des souverains sur les moyens de légitimer l’asservissement des peuples dits « infidèles ». Une reconnaissance lourde de sens quand on connaît le rôle spirituel et politique qu’a joué l’Église dans l’histoire occidentale.

Mais le pape ne se limite pas au passé. Dans cette encyclique, il établit aussi un parallèle entre la traite négrière et les nouvelles formes d’exploitation contemporaines. Selon lui, derrière l’économie numérique et le développement fulgurant de l’intelligence artificielle, se cacheraient aujourd’hui de « nouvelles formes d’esclavage ». Il met notamment en garde contre des systèmes économiques capables de déshumaniser silencieusement les populations les plus vulnérables, particulièrement dans les pays du Sud.

Cette prise de position intervient dans un contexte mondial où les débats autour de la mémoire coloniale, des réparations et de la responsabilité des anciennes puissances coloniales prennent de plus en plus d’ampleur. En mars dernier, l’Organisation des Nations unies avait officiellement qualifié la traite transatlantique des Africains de « crime le plus grave contre l’humanité ».

Dans plusieurs pays africains et dans les diasporas afro-descendantes, les propos du pape suscitent déjà de nombreuses réactions. Entre émotion, soulagement symbolique et demandes d’actes concrets, cette déclaration ouvre sans doute l’un des chapitres les plus sensibles de l’histoire moderne de l’Église catholique.

Car si les excuses ne répareront jamais les millions de vies brisées par l’esclavage, elles reconnaissent enfin une vérité historique que beaucoup réclamaient depuis des décennies.

Des ancêtres esclaves et esclavagistes

Le poids symbolique de cette déclaration est d’autant plus fort que Léon XIV est né aux États-Unis, un pays profondément marqué par l’histoire de l’esclavage. Selon une enquête généalogique publiée par The New York Times et menée par l’historien Henry Louis Gates Jr., plusieurs ancêtres maternels du souverain pontife étaient répertoriés dans les registres de La Nouvelle-Orléans comme « noirs », « mulâtres », « créoles » ou encore « personnes libres de couleur ».

Son arbre généalogique comprend à la fois des esclaves et des propriétaires d’esclaves. Une réalité familiale qui donne une résonance particulière aux excuses formulées par le premier pape américain de l’histoire, considéré par plusieurs observateurs comme le premier pontife ayant des origines subsahariennes.

Le mois dernier, lors d’un déplacement en Angola, Léon XIV s’est rendu au sanctuaire catholique de Mama Muxima, construit sur l’un des principaux carrefours de la traite négrière sous la domination portugaise. Sur place, le pape a évoqué « le chagrin et les grandes souffrances » vécues par le peuple angolais pendant des siècles, sans toutefois citer directement l’esclavage.

Pour plusieurs chercheurs et membres de l’Église, ces excuses marquent un tournant historique, même si elles restent insuffisantes face à l’ampleur du sujet. Interrogé par l’Associated Press, le père Kellerman estime que cette prise de parole renforce « la crédibilité morale de l’Église », tout en rappelant qu’il reste encore beaucoup à faire pour reconnaître pleinement le rôle joué par l’institution catholique dans la légitimation et l’expansion de l’esclavage à travers le monde.

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