Professeur de salsa en Russie, coordinateur présumé d’un réseau de sabotage en Europe

Il était une figure connue des amateurs de danses latines en Russie. Professeur de salsa, de bachata et de kizomba, suivi sur les réseaux sociaux, Oemis Romagoza Durruthy menait en apparence une vie bien éloignée des intrigues des services secrets. Mais selon une enquête internationale publiée par Deutsche Welle et trois médias européens, ce ressortissant cubain aurait recruté et coordonné depuis la Russie des exécutants chargés de mener des opérations de sabotage et des incendies dans plusieurs pays européens. Son identité a été révélée le 14 septembre 2026.

L’histoire pourrait ressembler à celles que l’on découvre dans les thrillers ou les romans d’espionnage de Ian Flemming, John Lee Carré, Robert Harris ou Jason Matthews.

Pourtant, cette fois, pas de fiction. Pas de scénario hollywoodien. Le protagoniste existe bel et bien. Son nom : Oemis Romagoza Durruthy.

À première vue, son profil paraît presque banal. Un Cubain installé en Russie, professeur de danses latines à Petrozavodsk, dans le nord-ouest du pays. Dans son studio, Made in Cuba, il enseigne la salsa, la bachata et la kizomba.

Mais derrière cette image publique se trouve, selon une enquête menée par Deutsche Welle, la télévision publique lituanienne LRT, la télévision tchèque ČT et l’espagnole RTVE, un homme qui aurait joué un rôle central dans le recrutement d’exécutants pour plusieurs opérations clandestines en Europe.

Sous les pseudonymes « Dios », « Adrian », « Adrian Zans », « Ismael Zans » ou encore « Roma Martinelli », Romagoza aurait recruté principalement des Latino-Américains via Facebook et Telegram.

Des personnes à la recherche d’un emploi, certaines disposant d’une expérience militaire, auraient ainsi été attirées par des missions rémunérées avant d’être progressivement orientées vers des opérations beaucoup plus compromettantes.

L’enquête, publiée le 14 septembre 2026, s’appuie notamment sur des documents judiciaires confidentiels, des données ayant fuité, des déclarations officielles, des publications sur les réseaux sociaux et des entretiens avec des responsables de la sécurité ainsi que des proches de personnes impliquées.

Oemis Romagoza Durruthy during a dance class. (Source: Deutsche Welle)

De Camagüey à la Russie

Oemis Romagoza Durruthy est originaire de Camagüey, à Cuba.

Il vit en Russie depuis au moins sept ans et s’est installé à Petrozavodsk, où il s’est construit une véritable activité professionnelle dans le milieu des danses latines.

Plusieurs vidéos disponibles en ligne le montrent donnant des cours de salsa, de bachata ou de kizomba. Il apparaît également comme personne de contact du studio Made in Cuba.

Parfaitement intégré à son environnement russe, il parle la langue. Il épouse une Russe en 2022 et obtient ensuite, selon l’enquête, la nationalité russe.

Rien, dans cette existence publique, ne laisse alors apparaître le rôle que lui attribueront plus tard les enquêteurs.

Mais en 2024, plusieurs comptes utilisés sous différents pseudonymes commencent à publier des offres sur Telegram et dans des groupes fréquentés par des Latino-Américains.

Certaines annonces proposent des emplois de photographe ou des missions en Europe.

D’autres recherchent explicitement des personnes disposant d’une expérience militaire dans la surveillance, le renseignement, la logistique ou les manœuvres tactiques.

La rémunération annoncée : 1 500 dollars, auxquels peuvent s’ajouter des primes pour chaque opération réalisée.

Facebook pour recruter, Telegram pour organiser

Le fonctionnement décrit par les journalistes repose largement sur les réseaux sociaux.

Romagoza aurait ciblé des groupes réunissant des Cubains installés en Russie, des Latino-Américains à la recherche d’un emploi en Pologne ou encore des personnes souhaitant rejoindre l’Ukraine.

Dès mars 2024, un compte qui lui est attribué publie ainsi un message dans le groupe Cubanos en Rusia, invitant les personnes souhaitant se rendre dans l’Union européenne à prendre contact avec lui.

D’autres annonces apparaissent ensuite dans des groupes consacrés au travail en Pologne.

Le recrutement semble alors suivre une mécanique progressive.

Une première proposition peut consister à prendre des photographies, effectuer un déplacement ou recueillir des informations sur un lieu.

Des tâches en apparence anodines, mais qui, selon les documents judiciaires consultés par les journalistes, permettent aussi de tester la mobilité, la disponibilité et la fiabilité des recrues.

Puis les échanges se déplacent vers des conversations privées sur Telegram.

C’est là que certaines missions prennent une autre dimension.

Et c’est dans ce type de fonctionnement qu’apparaît la notion d’« agents jetables » : des exécutants recrutés à distance, souvent sans connaître l’identité réelle de leurs commanditaires ni l’ensemble de la mission à laquelle ils participent.

Luis Alfonso Murillo Diosa : de l’Ukraine au sabotage

L’un des cas les plus documentés est celui de Luis Alfonso Murillo Diosa, un ancien militaire colombien.

En 2024, Murillo cherche à rejoindre l’Ukraine. Il fréquente alors des groupes Facebook réunissant des Latino-Américains intéressés par un départ vers le pays.

C’est dans cet environnement qu’il entre en contact avec un homme utilisant le nom d’« Adrian Zans ».

Les échanges se poursuivent ensuite sur Telegram, où apparaît le pseudonyme « Dios », attribué par l’enquête à Oemis Romagoza Durruthy.

Selon les documents judiciaires consultés par DW et ses partenaires, Murillo se voit proposer des « missions spéciales » en Europe.

Son voyage est organisé à distance : billets d’avion, hébergement et transports sont pris en charge. Son itinéraire le conduit de Medellín à Madrid, puis à Mykonos avant son arrivée à Bucarest, en Roumanie, le 28 juillet 2024.

Une fois sur place, il reçoit des images satellites indiquant plusieurs sites à proximité de Bragadiru, notamment une installation de traitement des déchets et des infrastructures liées au pétrole et au gaz.

Sa mission consiste d’abord à photographier et filmer les lieux.

Selon l’enquête, il doit ensuite provoquer un incendie. Les autorités roumaines l’arrêtent avant qu’un feu ne soit déclenché.

Murillo affirme alors qu’il cherchait avant tout à rejoindre l’Europe avant de partir en Ukraine et qu’il ignorait travailler pour des intérêts russes.

En 2025, la justice roumaine le condamne à six ans de prison pour tentative de sabotage.

Luis Alfonso Murillo Diosa ( Source : DW)

De la Pologne à la Lituanie

Le cas roumain n’est pas isolé.

Sur une période d’environ quatre mois en 2024, l’enquête internationale relie le réseau attribué à « Dios » à plusieurs opérations en Pologne, en République tchèque, en Roumanie et en Lituanie.

En Pologne, deux entreprises du secteur des matériaux de construction sont visées par des incendies.

L’un des exécutants identifiés par les enquêteurs est le Colombien Andrés Alfonso de la Hoz de la Cruz.

Après les opérations polonaises, il rejoint la République tchèque, où un dépôt de bus à Prague est incendié le 6 juin 2024. Il sera ensuite condamné à huit ans de prison.

Les enquêteurs retrouvent entre plusieurs affaires des connexions : communications, déplacements, réservations d’hôtels, paiements de taxis, transferts financiers et comptes utilisés sur les réseaux sociaux.

Mais toutes les affaires ne présentent pas le même niveau de preuve.

Dans le cas tchèque notamment, la justice n’a pas établi de lien direct avec les services russes. L’appartenance de cette opération au même réseau repose sur les connexions reconstituées par les enquêteurs et les journalistes.

En Lituanie, le dossier prend une dimension particulière.

L’entreprise TVC Solutions, installée à Šiauliai, fabrique notamment des équipements d’analyse du spectre radio permettant de détecter des drones. Une partie de ce matériel était destinée à l’Ukraine.

Deux tentatives d’incendie ont visé l’entreprise en septembre 2024.

Les autorités lituaniennes ont depuis poursuivi plusieurs personnes dans cette affaire et ont émis des mandats d’arrêt internationaux visant notamment Romagoza et un autre ressortissant cubain, Alexeis Pecora.

Où s’arrête Romagoza et où commence le GRU ?

C’est l’un des points les plus sensibles de cette affaire.

Les procureurs lituaniens sont les seuls, dans le cadre de cette série d’opérations, à avoir publiquement attribué les incendies aux services de renseignement militaire russes, le GRU. Les autorités lituaniennes affirment que les opérations étaient coordonnées depuis la Russie.

Mais une nuance est essentielle : les éléments disponibles ne permettent pas d’affirmer que Romagoza était officiellement un membre du GRU.

L’enquête journalistique décrit plutôt un système organisé en plusieurs niveaux.

Romagoza apparaît comme un intermédiaire présumé : il aurait recruté des exécutants, organisé leurs déplacements, transmis des informations et coordonné certaines missions.

Un autre Cubain installé en Russie, Alexeis Pecora, aurait également joué un rôle logistique : achat de billets, paiement de transports ou encore transmission d’images satellites. Le dispositif semble donc avoir été cloisonné.

Un individu réserve un hôtel. Un autre paie un taxi. Un troisième reçoit une photographie. Un quatrième est chargé de provoquer un incendie.

Cette organisation rend plus difficile l’identification de la chaîne de commandement.

Et surtout, une question demeure : qui choisissait les cibles et transmettait les objectifs stratégiques ?

Les éléments rassemblés par les journalistes permettent de placer Romagoza au cœur d’une partie du dispositif présumé. Ils ne permettent pas d’établir qu’il en était le sommet.

Des militaires russes au défilé du Jour de la Victoire sur la place Rouge à Moscou, en Russie, le 9 mai 2026. AP POOL – ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / POOL

Des « agents jetables » qui ne datent pas de Romagoza

L’affaire Oemis Romagoza Durruthy ne constitue pas le premier exemple de recours présumé par la Russie à des exécutants recrutés à distance.

Elle permet surtout de mettre un visage sur une méthode plus large, documentée en Europe depuis plusieurs années et qui s’est intensifiée dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Une étude publiée en 2025 par le GLOBSEC et l’International Centre for Counter-Terrorism, citée par DW, a recensé 110 tentatives de sabotage ou d’attaque présentant des liens avec la Russie en Europe entre janvier 2022 et juillet 2025. Les chercheurs ont identifié 131 personnes impliquées, dont au moins 35 avaient des antécédents criminels. Le recrutement se faisait notamment en ligne, particulièrement via Telegram, avec l’argent comme principal facteur d’attraction.

En octobre 2024 déjà, Reuters rapportait une multiplication des affaires de sabotage présumées liées à la Russie dans plusieurs pays européens. Les enquêtes évoquaient notamment des incendies criminels et des recrutements en ligne pour des opérations clandestines.

Le principe reste le même : ne pas nécessairement envoyer un agent professionnel sur le terrain, mais trouver quelqu’un capable d’exécuter une tâche précise pour quelques centaines ou quelques milliers d’euros.

Une personne cherche du travail. Une autre souhaite rejoindre l’Ukraine. Une troisième possède une expérience militaire.

Le recruteur lui propose alors une mission qui semble, au départ, relativement banale. Puis les demandes évoluent.

Prendre des photos. Effectuer un repérage. Suivre un itinéraire. Acheter du matériel. Et finalement, dans certains cas, incendier une cible.

Une vulnérabilité transformée en outil

L’enquête montre aussi que le système présumé repose sur une vulnérabilité très concrète : la recherche d’argent et de nouvelles opportunités.

Les personnes recrutées ne sont pas nécessairement des espions professionnels. Certaines sont des individus ordinaires, parfois précaires, qui répondent à une annonce sur Internet.

Le parcours de Romagoza lui-même présente des éléments allant dans cette direction.

Des données ayant fuité indiquent qu’il aurait contracté plusieurs prêts en 2023, avant que son activité de recrutement présumée ne commence.

Quelques mois plus tard, il rejoint des groupes de Latino-Américains cherchant du travail en Pologne ou souhaitant rejoindre l’Ukraine.

C’est également à cette période que des comptes qui lui sont attribués commencent à publier des offres de recrutement.

Le modèle est donc particulièrement difficile à combattre. Les recrues peuvent ne connaître qu’un pseudonyme. Elles peuvent ne jamais rencontrer leur donneur d’ordre. Elles ignorent l’identité de ceux qui financent l’opération. Lorsqu’elles sont arrêtées, elles peuvent elles-mêmes ne disposer que d’une petite partie du puzzle.

C’est précisément ce qui donne son sens à l’expression « agent jetable ».

Un professeur de salsa toujours recherché

Après septembre 2024, le parcours de Romagoza devient plus difficile à suivre.

L’enquête ne permet pas de déterminer avec certitude s’il a continué à recruter ou à coordonner des opérations. Mais certains éléments intriguent.

En avril 2026, alors que son identité avait déjà été rendue publique par les autorités lituaniennes, le studio Made in Cuba diffusait encore une vidéo dans laquelle il apparaissait en train d’enseigner la danse.

Des traces de son activité sur les réseaux sociaux apparaissent également dans des groupes destinés aux Latino-Américains recherchant du travail en Pologne.

Oemis Romagoza Durruthy reste recherché par les autorités européennes et est considéré comme susceptible de se trouver en Russie.

Contacté par Deutsche Welle, il n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

Oemis Romagoza Durruthy teaches Latin dance in northern Russia ( Source : DW)

Le visage discret d’une guerre clandestine

L’affaire Romagoza dépasse finalement le parcours singulier d’un professeur de danse cubain installé en Russie.

Elle révèle une autre facette de la guerre qui se joue autour de l’Ukraine : une guerre qui ne se limite pas aux champs de bataille et qui s’étend jusque sur le territoire européen.

Depuis 2022, plusieurs autorités européennes alertent sur la multiplication d’opérations attribuées ou liées à la Russie : espionnage, sabotage, incendies criminels, cyberattaques ou encore opérations d’influence.

Dans ces opérations, les exécutants ne sont pas toujours des agents professionnels.

Certains sont recrutés à distance, notamment via Telegram ou d’autres réseaux sociaux. Ils peuvent être attirés par des sommes de quelques milliers de dollars, recevoir des instructions précises, voyager d’un pays à l’autre puis, une fois la mission accomplie — ou lorsqu’elle échoue — être laissés à leur sort.

Le cas d’Oemis Romagoza Durruthy illustre cette mécanique de manière particulièrement saisissante.

En Russie, il était connu comme professeur de salsa, de bachata et de kizomba. Dans le même temps, selon l’enquête menée par Deutsche Welle, LRT, ČT et RTVE, il aurait participé au recrutement de personnes destinées à mener des opérations de sabotage en Europe.

Derrière plusieurs pseudonymes, il aurait ainsi servi d’intermédiaire entre des recrues latino-américaines et un réseau dont les ramifications remonteraient, selon les enquêteurs cités par les médias, jusqu’aux services de renseignement russes.

Une méthode qui ne repose donc pas nécessairement sur l’envoi d’espions professionnels sur le terrain, mais sur le recrutement d’hommes et de femmes ordinaires, parfois sans expérience du renseignement, prêts à accomplir une mission contre rémunération.

Et l’affaire Romagoza est loin d’être un cas isolé.

Royaume-Uni : des recrues pour incendier un entrepôt destiné à l’Ukraine

En mars 2024, un incendie criminel est déclenché dans un entrepôt de Leyton, à Londres. Le site stockait notamment de l’aide humanitaire et du matériel Starlink destiné à l’Ukraine.

Selon le Crown Prosecution Service britannique, Dylan Earl, alors âgé de 20 ans, avait été recruté via Telegram par le groupe Wagner. Il aurait ensuite recruté Jake Reeves, qui a lui-même impliqué trois autres hommes : Nii Mensah, Jakeem Rose et Ugnius Asmena.

L’un des éléments les plus révélateurs du dossier concerne justement la chaîne de recrutement : les exécutants de l’incendie ne savaient pas nécessairement pour qui ils travaillaient. Les instructions leur parvenaient à travers différents intermédiaires.

Le parquet britannique a présenté cette affaire comme un exemple de menace étatique utilisant des acteurs intermédiaires, sans lien direct apparent avec l’État qui serait à l’origine de l’opération.

Les condamnations prononcées en 2025 ont notamment mobilisé les nouvelles dispositions du National Security Act 2023.

Le directeur général du MI5, Ken McCallum, a par ailleurs décrit la multiplication de ces intermédiaires comme un recours à des « proxies », c’est-à-dire des personnes utilisées pour mener des opérations à la place des services russes.

Royaume-Uni : le réseau bulgare chargé de surveiller des cibles

Autre affaire emblématique : celle d’un réseau de six ressortissants bulgares jugés au Royaume-Uni pour des opérations de surveillance menées au profit de la Russie.

Le groupe était dirigé, selon l’accusation, par Orlin Roussev. Plusieurs de ses membres auraient été chargés de surveiller des personnes et des lieux considérés comme intéressants pour Moscou.

Trois membres du réseau ont été condamnés en 2025.

L’affaire montre que le recours à des intermédiaires ne concerne pas uniquement les incendies ou les sabotages. La surveillance, le repérage et la collecte d’informations peuvent eux aussi être confiés à des personnes qui ne sont pas des agents professionnels du renseignement.

Pologne : recrutés en ligne pour photographier et incendier

La Pologne constitue également un terrain important de cette nouvelle forme de recrutement.

En 2024, un Ukrainien identifié comme Serhiy S. a été arrêté alors qu’il préparait une opération depuis Wrocław. Les enquêteurs ont découvert du matériel permettant de provoquer un incendie ainsi qu’un manuel russe consacré à la pyrotechnie.

Selon les éléments de l’enquête, il avait été recruté en ligne et devait photographier puis incendier une cible. Sa rémunération aurait été d’environ 4 000 dollars.

Les investigations ont ensuite conduit les autorités polonaises vers un intermédiaire utilisant le pseudonyme « Alexei », soupçonné par les enquêteurs d’avoir des liens avec le renseignement militaire russe, le GRU.

Le mécanisme est révélateur : l’exécutant se trouve sur le terrain, tandis que le recruteur reste à distance. Entre les deux peuvent intervenir plusieurs autres personnes chargées du paiement, du transport ou de la transmission des instructions.

Autrement dit, celui qui accomplit l’acte peut ne connaître ni l’identité réelle de son recruteur, ni celle du commanditaire situé au sommet de la chaîne.

Allemagne : des recrues occasionnelles pour des opérations de sabotage

En Allemagne, le procès de Dieter S. a également illustré cette évolution.

En 2025, les procureurs allemands l’accusaient, avec deux autres hommes, d’avoir préparé des attaques et des incendies visant notamment des infrastructures militaires et logistiques.

Le dossier a été présenté comme un exemple du recours à des personnes recrutées pour des missions ponctuelles plutôt qu’à des agents russes professionnels.

Dieter S. a toutefois contesté les accusations et nié être un espion ou un saboteur.

Cette affaire rappelle une caractéristique essentielle de ces réseaux : le recrutement d’un exécutant ne signifie pas nécessairement que celui-ci appartient lui-même à un service de renseignement.

Suède : le terme d’« agents jetables » utilisé par les services de sécurité

Le terme n’est d’ailleurs pas uniquement employé par les journalistes.

Dans son rapport 2024-2025, le Service de sécurité suédois (Säpo) décrit lui-même le recours croissant par la Russie à ce qu’il appelle des « disposable agents », ou « agents jetables ».

Selon le service suédois, ces personnes peuvent être recrutées et guidées à travers les réseaux sociaux pour accomplir des missions précises de sabotage ou d’influence.

Le principe est simple : trouver un exécutant facilement remplaçable, lui transmettre uniquement les informations nécessaires à sa mission et maintenir autant que possible une distance entre lui et les commanditaires présumés.

Une méthode qui dépasse largement ces affaires

Les cas britanniques, polonais, allemands et suédois s’inscrivent dans un phénomène plus large observé depuis le début de la guerre en Ukraine.

En Europe, plusieurs opérations de sabotage ou d’incendie ont été attribuées ou reliées par les autorités à la Russie. Des enquêtes ont mis en évidence le recours à des personnes recrutées sur Internet, parfois attirées principalement par l’argent.

Cette évolution correspondrait à une adaptation du mode opératoire des services russes.

Après l’expulsion de nombreux officiers russes opérant sous couverture diplomatique en Europe, les services de renseignement occidentaux estiment que Moscou recourt davantage à des intermédiaires, à des criminels, à des recrues trouvées sur Internet ou à des individus motivés par l’argent.

Le résultat est un système plus difficile à remonter : un commanditaire présumé à distance, des intermédiaires, puis un exécutant qui n’a parfois qu’une connaissance limitée de l’opération dans laquelle il vient de s’engager.

C’est précisément ce qui donne à l’affaire Oemis Romagoza Durruthy une portée qui dépasse son parcours personnel.

Si les éléments révélés par l’enquête internationale sont confirmés par les procédures judiciaires, le professeur de salsa cubain ne serait pas seulement un recruteur présumé : il serait l’un des maillons d’un modèle clandestin désormais observé dans plusieurs pays européens.

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