Dans une décision historique, la Cour constitutionnelle dominicaine a abrogé les articles criminalisant les relations homosexuelles dans l’armée et la police, levant enfin une discrimination dénoncée depuis des décennies par les défenseurs des droits LGBTQ+.
Depuis une trentaine d’années en Occident, la situation des homosexuels et plus largement les lgbtq+ évolue positivement. Entre le pacs, le mariage et l’adoption, leur sort a changé. Pourtant, dans le monde, notamment dans la Caraïbe et même aux Antilles-Françaises, iels sont nombreux à ne pas pouvoir jouir pleinement de leur droit et vivre pleinement leur sexualité. Certains se font violenter, d’autres choisissent de se taire par peur et pour le reste, c’est le chemin de l’exil vers les anciennes puissances coloniales.. Comble de la situation, dans de nombreux pays, des lois interdisent les relations entre personnes du même sexe. On parle de peines de prison.
Dans notre région, l’homophobie prend racine dans l’histoire tragique qui nous lie. Il est vrai que la colonisation et le christianisme vont de pair chez nous.
Importée avec l’arrivée des colons européens, la religion chrétienne a longtemps été un facteur social majeur. Celui ou celle qui ne croyait pas en Dieu, qui n’était pas baptisé, qui ne faisait pas ses sacrements était renié. Le prête faisait quasiment parti de la famille. Dans certaines familles, c’était même une fierté d’avoir un fils dans les ordres. Avec l’influence de la religion, tout comportement déviant était châtié, à l’époque, ils s’appuyaient et s’appuient jusqu’à présent sur des paroles bibliques (Genèse 1:27, 28) : « Et Dieu se mit à créer l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa.28 En outre, Dieu les bénit et Dieu leur dit : “ Soyez féconds et devenez nombreux, remplissez la terre et soumettez-la ; tenez dans la soumission les poissons de la mer, et les créatures volantes des cieux, et toute créature vivante qui se meut sur la terre. ” ou dans les Proverbes (Proverbes 5:18,19) : « Que ta source d’eau soit bénie, et réjouis-toi avec la femme de ta jeunesse, 19 biche digne d’amour et charmante chèvre de montagne. Que ses seins t’enivrent en tout temps. Sois constamment grisé par son amour ».
Vous l’aurez compris la bible désapprouve l’homosexualité mais ce que l’on ne dit pas c’est qu’elle désapprouve l’homophobie : comprenez la haine des homosexuels, comme l’atteste cette phrase « Honorez [des hommes] de toutes sortes, aimez toute la communauté des frères, craignez Dieu, honorez le roi. » (Pierre 2:17).
De plus la Bible reconnaît même le droit à la différence, qu’elle souligne dans Romain 7:21-25 : « Je trouve donc cette loi dans mon cas : quand je veux faire ce qui est juste, ce qui est mauvais est présent chez moi. 22 Je prends en effet plaisir à la loi de Dieu selon l’homme que je suis intérieurement, 23 mais je vois dans mes membres une autre loi qui fait la guerre contre la loi de mon intelligence et qui m’emmène captif vers la loi du péché qui est dans mes membres. 24 Homme misérable que je suis ! Qui me délivrera du corps voué à cette mort ? 25 Grâces [soient rendues] à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur ! Ainsi donc, par [mon] intelligence, moi je suis esclave de la loi de Dieu, mais, par [ma] chair, [je suis esclave] de la loi du péché. » En contradiction avec elle-même, elle invite dans Colossien 3-5, les hommes ou les femmes aux tendances « déviantes » à combattre ses pulsions, qu’elles considèrent comme des péchés, « Ne soyez pas dominés par votre corps. Tuez tout désir pour les relations sexuelles mauvaises « .

République dominicaine : la dépénalisation de l’homosexualité dans l’armée et la police devient réalité :
La Cour constitutionnelle de la République dominicaine a franchi, ce mercredi 19 novembre, une étape historique pour les droits LGBTQ+ en annulant les dispositions qui criminalisaient les relations homosexuelles au sein de la Police nationale et des Forces armées. Désormais, militaires et policiers peuvent entretenir librement des relations avec une personne du même sexe, sans risquer de sanctions disciplinaires.
Dans sa décision TC/1225/25, la Cour a invalidé l’article 210 de la loi 285 — le code de justice de la Police — ainsi que l’article 260 de la loi 3483, qui régissait celui des Forces armées. Les magistrats ont jugé que ces textes violaient le principe de raisonnabilité et instauraient une discrimination injustifiée à l’encontre des personnes homosexuelles.
« Il a été constaté que les normes contestées violent le principe de raisonnable, discriminent de manière injustifiée les personnes en raison de leur orientation sexuelle, portent atteinte à l’intimité, au libre développement de la personnalité et au droit au travail. »
Arrêt de la Cour constitutionnelle dominicaine
Jusqu’ici, ces articles assimilaient la “sodomie” à toute relation sexuelle entre personnes du même sexe et prévoyaient pour les officiers des peines de six mois à deux ans de prison correctionnelle.
« Les normes contestées violent le principe de raisonnabilité, discriminent injustement les personnes en fonction de leur orientation sexuelle, et portent atteinte à la vie privée, au libre développement de la personnalité et au droit au travail », a tranché la Cour.
Les LGBTQ+ toujours aussi discriminés :
Cette décision marque une avancée majeure pour la communauté LGBTQ+, longtemps confrontée à la stigmatisation dans ce pays caribéen profondément catholique et conservateur, où le mariage entre personnes du même sexe reste interdit et les discriminations courantes. Dans son arrêt, la Cour a souligné que les institutions publiques ont l’obligation de garantir à chaque citoyen un traitement digne et égal, y compris à celles et ceux qui choisissent de servir sous l’uniforme.
La République dominicaine, pays majoritairement catholique et profondément conservateur, ne reconnaît ni le mariage ni les unions civiles entre personnes de même sexe. Dans ce contexte, les membres de la communauté LGBTQ+ dénoncent depuis des années une stigmatisation systémique.
“La Constitution exige considération et respect pour toutes les personnes ; les autorités publiques ont donc l’obligation d’offrir ce traitement à chaque Dominicain souhaitant servir dans les forces armées”, a rappelé la Cour constitutionnelle dans son arrêt.
Anderson Javiel Dirocie de León, l’un des avocats à l’origine du recours, a confié à Human Rights Watch que les dispositions contestées plongeaient les militaires et policiers LGBTQ+ dans “la peur constante d’être découverts, sanctionnés et de tout perdre, jusqu’à leurs moyens de subsistance”.
En 2019, une vidéo virale montrant un sergent de l’armée dominicaine dans une relation homosexuelle avait entraîné son renvoi. L’institution avait justifié cette sanction par une “faute grave dûment prouvée, portant atteinte à la morale et à l’éthique de l’armée”. Le militaire, qui a contesté cette décision, attend encore un jugement définitif.
Cinq ans plus tôt, en 2014, le directeur de la Police nationale avait affirmé devant une commission du Congrès que la législation en vigueur “n’autorise pas les personnes homosexuelles” à intégrer les forces de l’ordre. Interrogé sur le sort des policiers déjà en poste, il avait même demandé qu’ils soient identifiés.
Aujourd’hui, cette nouvelle décision judiciaire marque un tournant : les policiers et militaires LGBTQ+ de République dominicaine voient enfin leurs droits reconnus et leur identité respectée.
« La Constitution exige un traitement égal et respectueux envers toutes les personnes, c’est pourquoi les pouvoirs publics sont tenus de traiter dignement tous les Dominicains et Dominicaines qui souhaitent servir dans l’armée du pays. »
Arrêt de la Cour constitutionnelle dominicaine

Une situation contrastée dans la Caraïbe :
Avec le temps et l’évolution des mentalités notamment en Europe ou en Amérique du Nord, la situation des homosexuels a évolué. Condamnés, violentés par le passé, désormais, ils peuvent se pacser, se marier, divorcer et même dans certains pays adopter des enfants. Néanmoins, dans la Caraïbe francophone, anglophone néerlandophone ou hispanophone, le cas des homosexuels reste un sujet tabou. Dans la quasi totalité des pays de la Caraïbe, même aux Antilles-Françaises et Néerlandaises où les lois sont les mêmes que la métropole coloniale, l’homosexualité est réprouvée, par la famille, les voisins, les amis, beaucoup optent pour le départ car la pression psychologique est trop forte. Quand ce n’est pas le harcèlement, c’est la violence de mots ou physique.
De nombreux pays de la région, criminalisent les pratiques homosexuelles c’est le cas notamment de la Jamaïque où le code pénal interdit les relations sexuelles entre les hommes. L’article 76 de l’Acte sur les offenses contre les personnes établit : « Quiconque sera déclaré coupable de l’abominable crime de bougrerie, commis avec un être humain ou avec un animal, pourra se voir emprisonné et condamné au travail forcé pour une peine allant jusqu’à dix ans. » L’article 77 ajoute : « Quiconque tentera de commettre ledit abominable crime, ou coupable de tentative de le commettre, ou de quelque acte indécent sur une personne de sexe masculin, sera coupable de délit, et condamné de ce fait à être emprisonné jusqu’à sept ans, avec ou sans travail forcé. » L’article 79 va plus loin : « Toute personne de sexe masculin qui, en public ou en privé, commet, ou participe à la perpétration, ou apporte de l’aide à la perpétration d’outrage à la pudeur sur une autre personne de sexe masculin, sera coupable de délit, et condamné de ce fait à discrétion de la Cour à une peine de prison ne dépassant pas deux ans, avec ou sans travail forcé. » L’outrage à la pudeur » n’est pas défini, mais a été interprété comme incluant toute conduite homosexuelle masculine entre adultes consentants en privé.
L’homosexualité est également pénalement proscrite à Trinidad & Tobago, Barbade et jusqu’à très récemment à Sainte-Lucie.
Quand ils ne sont criminalisés, les LGBTQ+ voient leurs droits tout simplement niés ou les évolutions sont assez lentes. C’est notamment le cas à Antigua-&-Barbuda, la Dominique, Saint Kitts et Nevis, Surinam, Haïti, les Bahamas, la République Dominicaine,
Il existe des pays dans la Caraïbe où la situation des homosexuels a évolué, c’est le cas du Suriname qui depuis quelques années est devenu le refuge de nombreux LGBTQ+ caribéens. En effet, le Suriname est l’un des rares pays, avec la Guyane Française, les Antilles-Françaises et Cuba, à ne pas criminaliser l’homosexualité. Vestige de la colonisation hollandaise, la capitale Paramaribo est un refuge pour de nombreux LGBT fuyant la haine homophobe de leurs îles d’origine. Cuba semble être l’un des pays les plus ouverts sur la question. Depuis 1979, l’homosexualité est dépénalisée. En 2008, un décret a rendu les opérations de réassignation sexuelle gratuites. En septembre 2022, un référendum a approuvé avec plus de 66 % des voix un nouveau Code de la famille, qui a introduit des changements fondamentaux pour la communauté LGBTQ+. Ce nouveau code a légalisé le mariage civil pour les couples de même sexe. Il a également autorisé l’adoption par les couples de même sexe et la gestation pour autrui (GPA) à but non lucratif. De plus, le code pénal de 2022 interdit désormais explicitement toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Ces évolutions ont été faites sous l’impulsion de Mariela Castro, fille de Raùl Castro.
Plus récemment c’est Sainte Lucie qui a enclenché la marche avant de la tolérance en décriminalisant complètement l’homosexualité. En juillet 2025, la Haute Cour de Sainte-Lucie avait jugé ces lois mises en place du temps de la colonisation britanniques comme inconstitutionnelles, dépénalisant de fait l’homosexualité. ( pour aller plus loin : Sainte-Lucie décriminalise l’homosexualité : une lueur d’espoir dans une Caraïbe encore hostile aux LGBTQ+ – The Link Fwi )
Avant Sainte-Lucie, la Cour suprême des Caraïbes orientales avait déjà pris la même décision pour Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts-et-Nevis et la Barbade où les situations sur place ont légèrement évolué sur le plan juridique mais les mentalités n’ont guère changé.
Par exemple, à Saint-Kitts-et-Nevis, en août 2022, un arrêt de la Haute Cour de Saint-Kitts-et-Nevis a déclaré inconstitutionnelles les lois coloniales qui criminalisaient les actes sexuels entre personnes de même sexe. Le pays a ainsi rejoint la liste des nations des Caraïbes qui ont abrogé ces lois, souvent désignées comme des « lois anti-sodomie ». Malgré cette victoire historique, il n’existe pas de lois nationales qui protègent les personnes LGBTQ+ de la discrimination. Les lacunes juridiques sont encore importantes, notamment en ce qui concerne l’emploi, le logement et l’accès aux services. Jusqu’à ce jour, le changement légal de genre n’est pas autorisé. Qui plus est, la société de Saint-Kitts-et-Nevis reste largement conservatrice, et les attitudes homophobes et transphobes sont encore courantes. La religion joue un rôle prépondérant dans la vie publique et influence fortement les opinions.
Ces dernières années, plusieurs pays de la région, dont le Pérou, l’Équateur, le Venezuela et les États-Unis, ont abrogé des lois criminalisant les comportements homosexuels au sein de leurs forces de sécurité.
Au niveau mondial, les actes homosexuels consensuels restent criminalisés dans 63 pays. Le chemin des Droits de l’Homme est long
