100 ans de Frantz Fanon : le cri des damnés toujours vivant.

S’il y a bien un nom qui est souvent cité dans les mouvement militants anticolonialistes c’est celui de Frantz Fanon. L’intellectuel qui a commencé sa carrière comme pschychiatre avant d’embrasser la cause algérienne aurait eu cent ans. Ce 20 juillet 2025, a été célébré le centenaire de Frantz Fanon.

Le nom de Frantz Fanon te dit surement quelque chose. Normal. De son vivant, le psychiatre français né à la Martinique a marqué les milieux anti colonialistes. De l’Algérie où il a embrassé la cause pour l’indépendance en passant par Malcom X et Black Panthers, il est une icone anti coloniale qui malgré sa mort assez jeune, continue d’inspirer les jeunes générations de militants, d’artistes et de musiciens engagés. Figurant parmi les auteurs français les plus lus, il est pourtant jusqu’à présent snobé par ces mêmes intellectuels et cette classe politique Franco-Française qui pourtant encensent ses compatriotes Aimé Césaire, Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau ou Raphael Confiant. Toutefois, sans Fanon, ces illustres auteurs et autrices n’auraient pas eu de carrière.

En avril dernier,  l’intellectuel martiniquais qui a combattu les injustices coloniales, a eu son propre biopic au nom éponyme et c’est une réalisation de Jean-Claude Barny, celui-là même qui a réalisé l’indétrônable Neg Mawon, film qui l’a fait connaître, ainsi que le magnifique Gang des Antillais. Une reconnaissance pour l’auteur que l’histoire nationale a tenter de faire oublier du fait à ses positionnements politiques.

Frantz Fanon, un personnage qui a traversé le temps :

Fanon reconnaît dans ces malades ce qu’il est lui aussi : un intellectuel, certes, mais un colonisé (et même le descendant d’esclaves déportés). Ses théories sur l’aliénation des colonisé·es naissent là. La guerre d’Algérie commence. Les soldats français s’intéressent d’un peu trop près à ce médecin noir, trop proche des combattants pour la liberté de l’Algérie. C’est d’ailleurs de son expérience algérienne qu’il imposa son nom dans le monde littéraire et ce pour l’éternité en publiant des ouvrages atemporels comme Peau Noire et Masques blancs publié en 1952 et dont la préface fut écrite par Jean-Paul Sartre. Dans ce livre phare, il explore comment la psychologie des colonisés est façonnée par la perception qu’ont les colonisateurs d’eux, un peu comme une sorte de « masque » que les colonisés doivent porter pour s’adapter à la société coloniale.

Dans son autre travail littéraire majeur  » les Damnés de la terre » il analyse la violence comme un outil de libération pour les peuples colonisés. Il voit la guerre de décolonisation non seulement comme une lutte physique mais aussi comme une réaffirmation de l’identité et de la dignité des opprimés. Fanon ne se contenta pas d’une vision théorique, il s’engagea activement dans la lutte des peuples d’Algérie en intégrant le Front de Libération Nationale (FLN) en Algérie pendant la guerre d’indépendance contre la France. Jusqu’à sa mort prématurée à 36 ans, il continua à soutenir le FLN de manière très marquée par son expérience et ses convictions. S’il était vivant, aurait-il continué à soutenir le parti unique d’Algérie aux vues des dérives autoritaires qui ont suivi l’indépendance ? La question peut-être posée mais il est vrai qu’il dans les Damnés de la terre, il parlait déjà de la volonté des colonisés de remplacer le colonisateur et comme il le disait lui-même « le colonisé est un persécuté qui se rêve persécuteur. ».

En opposition avec la pensée générale qui englobait sa hiérarchie, il remet sa démission de médecin-chef  de l’hôpital Blida-Joinville où il exerçait depuis son arrivée en Algérie. Un an plus tard, il est expulsé de ce pays. Il renonce alors à sa nationalité française et part rejoindre le Front de libération nationale (FLN) à Tunis. Plus tard, en 1960, il sera nommé ambassadeur du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). 

Il est aussi l’auteur de L’An V de la révolution algérienne (1959), Les Damnés de la terre (1961) et Pour la révolution africaine qui sera publié en 1964, après sa mort. Frantz Fanon a écrit dans les premiers numéros d’El Moudjahid, l’organe principal de la révolution algérienne.

Cependant son oeuvre majeur est et restera Les Damnés de la terre (1961)  qui a inspiré de nombreux mouvements de libération nationale à travers le monde. Un manifeste préfacé par le philosophe Jean-Paul Sartre que Fanon rencontrera à Rome en 1961 peu avant sa mort. Une rencontre qui bouleversera les deux hommes.

Frantz Fanon est mort à 36 ans, des suites d’une leucémie foudroyante dans un hôpital du Maryland aux États-Unis, avant la proclamation de l’indépendance de l’Algérie pour laquelle il s’était tant engagé. Selon ses vœux, il sera inhumé en terre algérienne où aujourd’hui encore son héritage philosophique et politique reste encore très vivace comme d’ailleurs en Martinique, son pays natal, où un mémorial et une avenue soulignent sa stature de héros martiniquais.

D’ailleurs, son île natale n’a pas manqué de célébrer l’homme. Durant un mois des colloques, une projection d’un film documentaire  du réalisateur franco-algérien Cheikh Djemaï mais aussi des pièces de théâtre ont été jouées en hommage à l’enfant du pays devenu une figure mondiale pour les peuples du Sud. La Martinique fête avec ferveur le centenaire de Frantz Fanon, penseur majeur de l’anticolonialisme | TV5MONDE – Informations

Il n’a pas vu l’indépendance de l’Algérie mais l’expérience algérienne préfigurait pour Fanon celle des autres États africains colonisés qui prendront leur indépendance dans la même décennie.

Son impact ne s’arrête pas là. Aujourd’hui encore, les études sur le post-colonialisme, le racisme et l’identité sont profondément influencées par ses travaux. En effet, l’intellectuel martiniquais n’a pas seulement analysé le passé colonial, mais aussi les effets à long terme de la colonisation sur les sociétés post-coloniales. Dans ses réflexions, il met en garde contre les dangers de la néo-colonisation, où les anciennes structures de pouvoir continuent à dominer même après l’indépendance. Il soulignait la nécessité d’une véritable reconstruction sociale et politique, où les peuples décolonisés devraient être libres de se réinventer sans les anciennes chaînes de l’oppression.

Au regard de la situation mondiale actuelle, une chose est sûre, s’il était encore parmi nous, il aurait continué d’écrire pour donner de la voix aux damnés de la terre en dénonçant les méfaits d’un néo-colonialisme brutal et perfide.

Nous terminons par les mots d’Aimé Césaire : « Médecin, il connaissait la souffrance humaine. Psychiatre, il était habitué à suivre dans le psychisme humain le choc des traumatismes. Et surtout homme ‘colonial’, né et inséré dans une situation coloniale, il la sentait, il la comprenait comme nul autre, l’étudiant scientifiquement, à coups d’introspection comme à coups d’observation ». 

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