Jair Bolsonaro condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État

Des dizaines de procédures judiciaires sont en cours contre Jair Bolsonaro au Brésil [JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP]

La justice brésilienne a tranché : Jair Bolsonaro, ex-président d’extrême droite, écope de 27 ans de prison pour tentative de coup d’État. Une décision qualifiée d’historique par une large partie de la population, mais qui continue de diviser le pays. Ce verdict retentissant, prononcé par la Cour suprême, suscite déjà de vives réactions, jusqu’à la Maison Blanche où Donald Trump dénonce la condamnation.

Souvenez-vous, on revenait sur les déboires judiciaires du  » Trump tropical » comme le surnomme la Presse Brésilienne et internationale. Celui qui voulait épurer l’Etat Brésilien a grand coup de réformes économiques austères et de promesses sécuritaires pour les habitants des favelas, était confronté à de multiples affaires judiciaires, dont la plus significative concernait des accusations de tentative de coup d’État.

Suite à sa défaite lors de la dernière présidentielle d’Octobre 2022, face au président Luis Ignacio Da Silva, l’ancien chef d’Etat orienté à l’extrême droite avait fomenté un coup d’État pour rester au pouvoir. Le parquet brésilien le considère comme le « leader d’une organisation criminelle » ayant conspiré dans ce but. Un peu à l’image des partisans de Donald Trump et de l’assaut sur le Capitole, Des milliers de ses partisans ont pris d’assaut le palais présidentiel, le parlement et la Cour suprême le 8 janvier 2023, une semaine après l’investiture de Lula.

Selon les investigations de la police fédérale, dont le rapport a été remis fin 2024, à la suite des élections générales brésiliennes de 2022, il y avait un vaste complot visant à empêcher l’investiture du président élu Luiz Inácio Lula da Silva, incluant planification d’un coup d’État, arrestations ou assassinats ciblés (Lula, Alckmin, juge Moraes), prise des médias, grèves générales, diffusion de fausses informations à travers les réseaux sociaux et instauration d’un état d’urgence autoritaire.

Le rapport de la police fédérale, en novembre 2024, recommandait son inculpation pour tentative de « coup d’État ». En février 2025, le procureur général Paulo Gonet inculpait officiellement Jair Bolsonaro et plus de trente trois personnes, parmi lesquelles des généraux, d’anciens ministres et figures clés de son ancien cabinet, pour organisation criminelle armée, tentative de coup d’État et atteinte à l’ordre démocratique, avec des peines encourues pouvant dépasser 40 ans de prison. Le mois suivant, en mars 2025, la Cour Suprême fédérale a validé l’ouverture du procès contre Bolsonaro et son “noyau dur”. Le procès avait débuté au printemps 2025 devant la Cour suprême. Etait donc poursuivis aux côtés de Bolsonaro, le général Braga Netto, l’amiral Almir Garnier Santos, l’ancien chef du renseignement Alexandre Ramagem, et d’autres hauts responsables. L’ancien leader de l’extrême droite est considéré par la justice, comme étant le personnage central de ce vaste complot contre la démocratie brésilienne.

Les témoignages de plus de 80 personnes avaient été recueillis en visioconférence, dont plusieurs hauts gradés qui affirment que Bolsonaro évoquait des options pour rester au pouvoir malgré la défaite électorale. Le parquet le qualifie de figure centrale d’une organisation ayant cherché à contourner le verdict des urnes. Pour le Parquet, l’ancien président a « instrumentalisé l’appareil d’Etat et délibérément mis en œuvre un plan visant à attaquer les institutions publiques et le processus de succession  à l’élection présidentielle »  Cette conspiration a échoué faute de soutien de la part des commandants des forces armées.

Cette accusation s’accompagnait d’une batterie de chefs d’inculpation : complot contre l’État de droit, constitution d’un groupe criminel armé, atteinte aux biens publics. En cas de condamnation, la peine pourrait aller jusqu’à 40 ans de réclusion.

L’ancien chef de l’Etat, lui, n’a reconnu aucun des faits. Il a évoqué une tentative légale, selon lui, d’explorer des mécanismes constitutionnels pour contester les résultats électoraux, tout en dénonçant un acharnement judiciaire motivé par des raisons politiques. Selon lui, son procès visait avant tout à l’écarter de la scène politique pour de bon. Il s’est posé même en victime d’une « persécution politique » destinée à l’empêcher de se représenter à la présidentielle de l’an prochain, bien qu’il soit inéligible jusqu’en 2030 pour avoir diffusé des fausses informations sur le système électoral

Au final, la sentence est tombée, l’ancien président d’extrême droite, Jair Bolsonaro a été condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’Etat. Une décision qui réjouit la grande majorité des Brésiliens qui parlent d’une condamnation historique.

Ainsi en ont décidé les juges de la première chambre du Tribunal suprême fédéral, la plus haute juridiction du pays, qui, à une majorité de quatre voix contre une, ont scellé le destin du dirigeant d’extrême droite, au pouvoir de 2019 à 2023.  Il lui est interdit de briguer toute fonction publique jusqu’en 2060.

Dans la foulée, les magistrats ont condamné sept de ses plus proches collaborateurs, désignés comme les têtes pensantes du putsch avorté. Ces derniers se sont vu infliger des peines allant de deux à vingt-six ans de réclusion.

Une condamnation suivie de menaces de Washington :

Dans notre précédent article, on évoquait déjà le soutien indéfectible de Washington à l’ancien Chef de l’Etat. Comme nous l’évoquions, le procès Bolsonaro agaçait profondément les cercles conservateurs. Donald Trump, dénonçait une « chasse aux sorcières » et annonçait en représailles une taxe de 50 % sur certaines importations brésiliennes, à compter du 1er août. Une situation exacerbée par Eduardo Bolsonaro, député et fils de l’ancien président, désormais installé aux États-Unis. Très engagé auprès de figures de l’aile dure républicaine, il tente d’influencer la politique étrangère américaine à l’égard du Brésil, appelant à un durcissement des positions contre les institutions brésiliennes.

A l’annonce de la sentence, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a presque aussitôt promis des représailles: les États-Unis vont « répondre en conséquence » à cette condamnation jugée « injuste ». Le Brésil a répliqué qu’il ne se laisserait pas « intimider » par des « menaces ». De son côté, la défense de Jair Bolsonaro a annoncé qu’elle allait déposer des recours, « y compris au niveau international », après la condamnation de l’ex-président brésilien.

Le procès de Jair Bolsonaro a secoué le Brésil entier depuis des semaines. L’annonce du verdict ne signifie en rien la fin du Bolsonarisme. Bien au contraire, car, comme l’expliquait en interview sur Public Sénat, Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, journaliste au Monde Diplomatique :