Guadeloupe, Martinique : la jeunesse face au défi de l’avenir

Population vieillissante, natalité en baisse, exode des jeunes… Depuis plusieurs décennies, la Guadeloupe et la Martinique sont confrontées à un défi majeur : assurer le renouvellement de leur population. Chaque année, de nombreux jeunes quittent leur île pour poursuivre leurs études ou construire leur carrière dans l’Hexagone, au Canada ou ailleurs, faute de formations disponibles ou de perspectives professionnelles suffisantes. Pourtant, derrière cet exode se cache une autre réalité : ils sont nombreux à rêver de rentrer chez eux. Mais le manque d’opportunités, la vie chère et les difficultés du quotidien freinent encore ce retour tant espéré.

Quand on est Antillais, il y a une chose que l’on redoute plus que tout : quitter sa famille, ses amis et son île. Nous avons tous en mémoire ces adieux à l’aéroport, les embrassades interminables, les larmes qui coulent au moment où retentit le dernier appel à l’embarquement. Que l’on soit Guadeloupéen ou Martiniquais, ce moment où l’avion décolle vers Paris laisse toujours un goût amer. On ne quitte pas seulement une terre, on s’éloigne d’une partie de soi.

Rien que d’écrire ces lignes, je replonge dans mes années d’étudiant en communication politique à Montpellier. Je revois mes départs vers cette ville chaleureuse du sud de la France où, comme moi, des centaines de jeunes Antillais vivaient ce même sentiment d’arrachement à leur terre natale.

Contrairement à ceux qui considèrent le départ comme une simple aventure, beaucoup d’Antillais vivent cette étape comme un véritable sacrifice. Le lien avec la famille, la culture et le territoire occupe une place essentielle dans notre identité. Pourtant, une fois le baccalauréat en poche, poursuivre des études supérieures implique bien souvent de quitter son île. La France hexagonale demeure la première destination, en raison des liens historiques qui unissent les Antilles à l’Hexagone. Mais depuis une dizaine d’années, le Canada et, dans une moindre mesure, les États-Unis séduisent de plus en plus de jeunes, notamment grâce au développement des liaisons aériennes et aux perspectives d’études ou d’emploi qu’offrent ces pays.

Le BUMIDOM, une blessure encore vive

S’il est un épisode de l’histoire des Antilles françaises qui continue de marquer les mémoires, c’est bien celui du BUMIDOM.

Pour comprendre son origine, il faut remonter au début des années 1960. La Seconde Guerre mondiale est terminée. La France est engagée dans sa reconstruction tandis que les guerres d’indépendance en Indochine puis en Algérie bouleversent son empire colonial. L’économie française manque cruellement de main-d’œuvre.

Dans le même temps, les départements d’outre-mer traversent une profonde crise économique. L’industrie sucrière décline, le chômage s’installe durablement, la population augmente rapidement et les revendications autonomistes ou indépendantistes gagnent en visibilité. Face à cette situation, le gouvernement cherche une solution.

C’est dans ce contexte que Michel Debré, alors député de La Réunion et ancien Premier ministre, imagine un vaste programme de mobilité destiné aux Ultramarins. En 1963 naît le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer, plus connu sous le nom de BUMIDOM.

Placée sous la tutelle du ministère des DOM-TOM et du ministère de l’Économie, cette structure a pour mission d’informer les candidats au départ, de financer leur formation professionnelle, d’organiser leur transport et leur accueil en métropole, mais aussi de faciliter le regroupement familial.

Entre 1963 et 1981, plus de 70 600 Ultramarins rejoignent ainsi l’Hexagone grâce au dispositif. Parmi eux figurent 16 562 Guadeloupéens, 16 580 Martiniquais et 37 473 Réunionnais, ces derniers représentant plus de la moitié des bénéficiaires.

Présenté comme une opportunité d’ascension sociale, le BUMIDOM conduit pourtant une grande partie de ces migrants vers des emplois peu qualifiés. Beaucoup deviennent agents de la Poste, gardiens d’immeubles, ouvriers, aides-soignants, employés de maison ou travaillent dans le bâtiment et les services.

Au fil des années, cette migration évolue. Initialement pensée comme une migration de travail, elle devient progressivement une migration de peuplement avec le développement du regroupement familial dans les années 1970. Les Ultramarins s’installent durablement, principalement en région parisienne, mais aussi dans plusieurs grandes villes françaises.

Le BUMIDOM favorise également, de manière indirecte, l’arrivée d’autres Ultramarins dans le cadre du service militaire ou des mutations de la fonction publique.

Mais derrière les promesses d’une vie meilleure, beaucoup découvrent une réalité plus difficile. Le déracinement, les discriminations, la précarité et le racisme marquent le quotidien de nombreux migrants. Malgré leur niveau de qualification, beaucoup sont cantonnés à des emplois subalternes et doivent sans cesse prouver leur valeur dans une société qui les considère encore comme des citoyens de seconde zone.

Le dispositif est vivement contesté. En 1968, les locaux de son antenne parisienne sont saccagés. Sur les murs apparaît un slogan devenu célèbre : « À bas l’impérialisme français et ses valets. Vive les Antilles libres ! »

Au début des années 1980, plus de 260 000 Domiens vivent désormais dans l’Hexagone. En 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, le BUMIDOM disparaît au profit de l’Agence nationale pour l’insertion et la promotion des travailleurs d’outre-mer (ANT), qui deviendra par la suite LADOM, l’Agence de l’Outre-mer pour la mobilité.

En 2012, l’INSEE estimait, à partir des données du recensement de 2008, qu’environ 365 000 Ultramarins vivaient dans l’Hexagone. Parmi eux, on comptait entre 115 000 et 120 000 Guadeloupéens, 117 000 à 120 000 Martiniquais et 25 000 à 35 000 Guyanais.

Territoire d’origineNombre de personnes vivant en France métropolitaine*
Guadeloupe115 000 à 120 000
Martinique117 000 à 120 000
Guyane25 000 à 35 000
La Réunion110 000 à 120 000

Si l’on ajoute leurs descendants nés en France hexagonale, les estimations évoquent entre 250 000 et 350 000 Guadeloupéens, 250 000 à 350 000 Martiniquais, 60 000 à 100 000 Guyanais et 220 000 à 300 000 Réunionnais. Ces chiffres restent toutefois des estimations, la France ne réalisant pas de statistiques fondées sur l’origine ethnique ou l’ascendance familiale.

Selon l’INSEE, les Antillais se sont principalement installés en région parisienne, tandis que les Réunionnais se sont davantage dirigés vers le sud de la France. Leur niveau de diplôme et leur taux d’emploi sont aujourd’hui proches de ceux observés dans le reste de la population française. Les femmes ultramarines travaillent majoritairement dans la fonction publique, notamment dans les secteurs hospitalier et territorial, tandis que les hommes sont davantage représentés dans les transports, la logistique, le bâtiment ou encore les services postaux.

Une population qui diminue, une natalité qui s’effondre

Année après année, les publications de l’INSEE dressent le même constat : la Guadeloupe et la Martinique se vident progressivement de leurs habitants. Derrière les statistiques se cache une réalité bien plus préoccupante : les deux îles perdent principalement des jeunes, ceux-là mêmes qui devraient assurer le renouvellement des générations.

Depuis plus d’une décennie, les Antilles françaises sont confrontées à une véritable crise démographique, alimentée par un vieillissement accéléré de la population, une natalité en chute libre et des départs toujours plus nombreux vers l’Hexagone ou l’étranger. À cette évolution démographique s’ajoutent des difficultés économiques et sociales qui fragilisent davantage encore l’avenir de ces territoires.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En une dizaine d’années, la Guadeloupe est passée d’environ 404 600 habitants en 2011 à près de 380 000 habitants en 2025. Cela représente une perte d’environ 45 000 habitants, soit près de 2 500 personnes chaque année. Cette diminution continue place désormais l’archipel parmi les territoires français où la part des jeunes est la plus faible. En 2022, les moins de 25 ans ne représentaient plus que 28 % de la population, contre 33 % en 2013.

La Martinique connaît une situation encore plus préoccupante. Sa population est passée d’environ 378 500 habitants en 2015 à un peu plus de 340 000 habitants en 2025, soit près de 38 000 habitants de moins en seulement dix ans. L’île affiche aujourd’hui le vieillissement démographique le plus marqué de tous les départements et régions d’outre-mer.

Cette baisse constante de la population n’est pas anodine. Elle traduit les profondes mutations économiques et sociales que connaissent les Antilles françaises. Derrière chaque départ se cache souvent un étudiant, un jeune diplômé ou une famille qui choisit de construire son avenir ailleurs, faute de perspectives suffisantes sur son territoire.

Une natalité au plus bas

Parallèlement à cet exode, les naissances connaissent un recul historique.

En Guadeloupe, environ 3 500 enfants sont nés en 2024, soit une baisse de près de 14 % par rapport à l’année précédente. Deux ans plus tôt, l’archipel enregistrait encore 4 196 naissances. La tendance est donc clairement orientée à la baisse.

La Martinique suit la même trajectoire, mais de manière encore plus marquée. En 2024, près de 2 800 naissances y ont été enregistrées, soit une diminution d’environ 16 %, la plus forte observée parmi les régions françaises.

Les deux territoires affichent désormais des taux de natalité parmi les plus faibles du pays, avec environ 8,6 naissances pour 1 000 habitants en Guadeloupe contre 7,9 pour 1 000 habitants en Martinique, un niveau historiquement bas.

Dans le même temps, les mères deviennent légèrement plus âgées au moment de leur premier enfant. En 2022, elles avaient en moyenne 30,6 ans en Guadeloupe et 30,3 ans en Martinique, des niveaux désormais proches de ceux observés dans l’Hexagone.

Des îles qui vieillissent

La conséquence est immédiate : la population vieillit rapidement.

En Guadeloupe, les personnes âgées de 60 ans et plus représentent désormais près de 30 % de la population, contre 21 % seulement dix ans auparavant. La Martinique fait encore davantage figure d’exception, avec près d’un habitant sur trois âgé de plus de 60 ans.

Dans le même temps, la mortalité augmente mécaniquement. En 2024, près de 4 000 décès ont été enregistrés en Guadeloupe et environ 3 800 en Martinique, des chiffres directement liés au vieillissement de la population.

Une génération qui repousse la parentalité

Ces statistiques racontent aussi une évolution plus intime de notre société.

En écrivant ces lignes, je réalise que je n’ai moi-même aucun enfant alors que je suis au milieu de la trentaine et en couple depuis plusieurs années. À mon âge, mes parents avaient déjà un emploi stable, acheté leur voiture, construit une partie de leur patrimoine et fondé une famille.

Aujourd’hui, notre génération évolue dans un contexte bien différent. Entre la flambée du coût de la vie, la difficulté d’accéder à un logement, la précarité de l’emploi et les nombreuses incertitudes économiques, avoir un enfant devient une décision mûrement réfléchie plutôt qu’une évidence.

Il n’est donc pas surprenant que beaucoup de jeunes couples choisissent d’attendre, de limiter le nombre d’enfants ou de renoncer, au moins temporairement, à devenir parents. Plus qu’un choix de société, cette évolution apparaît souvent comme une conséquence directe des difficultés auxquelles sont confrontées les nouvelles générations aux Antilles.

Une jeunesse toujours plus diplômée, mais confrontée à un marché de l’emploi sous tension

Neuf ans après mon retour en Guadeloupe, diplôme de Master en communication en poche, j’étais convaincu que mon parcours me permettrait de trouver rapidement un emploi. Comme beaucoup de jeunes revenus au pays avec l’envie de mettre leurs compétences au service de leur territoire, j’ai multiplié les candidatures auprès d’institutions publiques, d’entreprises privées et de médias locaux.

Les entretiens se sont enchaînés. Pourtant, les réponses revenaient souvent sous différentes formes : mon profil était jugé « trop qualifié » pour certains postes ou, à l’inverse, je manquais d’expérience locale. Un paradoxe difficile à comprendre lorsque, dans le même temps, les collectivités encouragent les jeunes à poursuivre des études supérieures afin de développer les compétences du territoire.

Les rares expériences professionnelles que j’ai pu vivre m’ont également confronté à une autre réalité, plus difficile à appréhender : celle d’un marché du travail où les réseaux personnels, les habitudes de fonctionnement et les logiques d’entre-soi peuvent parfois prendre le pas sur les compétences. Dans certaines structures, le nouvel arrivant est davantage perçu comme un concurrent que comme une ressource susceptible d’apporter un regard neuf ou de nouvelles idées. Bien sûr, cette réalité n’est pas propre aux Antilles, mais elle est régulièrement évoquée par de nombreux jeunes diplômés de retour au pays.

Pourtant, un constat demeure encourageant : la jeunesse antillaise n’a jamais été aussi diplômée.

Année après année, les résultats du baccalauréat témoignent des progrès accomplis par les élèves de Guadeloupe et de Martinique. Entre 2021 et 2025, les deux académies ont affiché des taux de réussite particulièrement élevés, oscillant entre 94 % et 98 %.

En Guadeloupe, le taux de réussite s’établissait à 98,2 % en 2021, 95,3 % en 2022, 93,1 % en 2023, 93,9 % en 2024, avant de remonter à 94,8 % en 2025.

Ces excellents résultats démontrent que les jeunes Antillais disposent aujourd’hui d’un niveau de formation comparable à celui observé dans le reste de la France. Le véritable défi n’est donc plus celui de la réussite scolaire, mais celui de l’insertion professionnelle. Car derrière ces diplômes se cache une question essentielle : que deviennent ces jeunes une fois leurs études terminées ?

Même cas de figure pour la Martinique qui affiche depuis plusieurs années des résultats au bac général supérieurs à 96 %. En 2021 l’île avait 97,9% de réussite au BAC, en 2022 96,5 %, en 2023 le taux de réussite au BAC était de 96,6%. En 2024 ce taux était de 96,2% et en 2025 il atteignait les 97,1%.

AnnéeTaux de réussite
202197,9 %
202296,5 %
202396,6 %
202496,2 %
202597,1 %

Une jeunesse formée, mais des territoires incapables de la retenir

Ces chiffres démontrent une réalité souvent oubliée : la jeunesse antillaise réussit. Les élèves de Guadeloupe et de Martinique obtiennent des résultats scolaires élevés et évoluent dans des établissements qui figurent régulièrement parmi les meilleurs classements nationaux. Pourtant, une fois le baccalauréat obtenu, nombreux sont ceux qui choisissent de quitter leur île pour poursuivre leurs études ou construire leur avenir professionnel ailleurs.

Bien sûr, l’Université des Antilles joue un rôle essentiel dans cette évolution. Depuis plusieurs années, elle développe de nouvelles formations et permet à davantage de jeunes de poursuivre une partie de leur parcours universitaire sur leur territoire. Mais pour beaucoup d’étudiants, la question de l’après-diplôme demeure un véritable défi. Les opportunités professionnelles limitées dans certains secteurs poussent encore une partie de cette jeunesse à chercher ailleurs ce qu’elle peine à trouver localement.

Le problème des Antilles n’est donc pas celui de la réussite scolaire. Les résultats au brevet, au baccalauréat et dans l’enseignement supérieur montrent que ces territoires disposent d’une jeunesse qualifiée, accompagnée par des enseignants engagés et capables de transmettre leur savoir.

La véritable question est alors la suivante : pourquoi des territoires capables de former leur jeunesse ont-ils autant de difficultés à lui offrir des perspectives d’avenir ?

Car une fois leurs études terminées, qu’ils aient étudié localement ou dans l’Hexagone, de nombreux jeunes diplômés se retrouvent confrontés à une réalité économique difficile. Ils doivent composer avec un marché du travail limité, une forte concurrence entre candidats et un chômage qui demeure largement supérieur à celui observé dans l’Hexagone.

Le chômage, principal frein à l’insertion des jeunes

En Guadeloupe, la situation reste particulièrement préoccupante. En 2025, le chômage concerne environ 17 % de la population active âgée de 15 ans ou plus, soit près du double du niveau observé dans l’Hexagone. Les jeunes sont les premières victimes de cette situation : le taux de chômage des 15-29 ans atteint environ 32 %, contre un niveau nettement inférieur chez les jeunes actifs en France hexagonale.

Seulement 28 % des jeunes Guadeloupéens âgés de 15 à 29 ans occupent un emploi, contre environ la moitié des jeunes dans l’Hexagone. Cette difficulté d’accès au marché du travail touche particulièrement les moins diplômés, mais même les jeunes diplômés peuvent rencontrer des obstacles lorsqu’ils souhaitent revenir ou s’installer durablement sur leur territoire.

Par ailleurs, près de 9 % des personnes âgées de 15 à 64 ans se trouvent dans le « halo du chômage », c’est-à-dire qu’elles souhaitent travailler mais ne sont pas comptabilisées comme chômeuses, notamment parce qu’elles ont cessé leurs recherches ou ne sont pas immédiatement disponibles.

Le diplôme reste toutefois un facteur protecteur : les personnes diplômées de l’enseignement supérieur connaissent un taux de chômage inférieur à celui des personnes peu ou pas diplômées. Mais cela ne règle pas totalement la question de l’accès à un emploi correspondant aux compétences acquises.

La Martinique connaît une situation similaire. Avec une population d’environ 340 000 habitants, l’île affiche un taux de chômage autour de 13 %, contre environ 8 % dans l’Hexagone. Là encore, les jeunes sont particulièrement touchés : près d’un jeune actif martiniquais sur trois est en recherche d’emploi.

Le chômage de longue durée reste également un enjeu majeur, touchant plusieurs milliers de Martiniquais et Guadeloupéens qui peinent à retrouver une activité professionnelle stable.

Dans les deux territoires, une autre réalité apparaît : le sous-emploi reste deux fois plus élevé que dans l’Hexagone. Beaucoup de personnes occupent ainsi des emplois précaires, à temps partiel ou en dessous de leur niveau de qualification.

Pauvreté et coût de la vie : un cercle difficile à briser

À ces difficultés professionnelles s’ajoute une situation sociale plus fragile. Les taux de pauvreté restent largement supérieurs à ceux observés dans l’Hexagone.

En Guadeloupe, les personnes seules et les familles monoparentales sont particulièrement exposées aux difficultés financières. En Martinique, le constat est similaire, avec une forte vulnérabilité des foyers disposant d’un seul revenu. En Guyane également, la pauvreté touche fortement certaines catégories de population, notamment les familles monoparentales.

Pour de nombreux jeunes actifs, construire un projet de vie devient alors un véritable parcours du combattant : trouver un emploi stable, accéder à un logement, financer un projet entrepreneurial ou simplement envisager de fonder une famille.

L’octroi de mer, un débat récurrent autour de la vie chère

Cette situation est renforcée par le coût élevé de la vie dans les territoires ultramarins. Parmi les sujets régulièrement évoqués figure celui de l’octroi de mer.

Cette taxe, héritée de l’histoire administrative et économique des territoires ultramarins, est aujourd’hui appliquée en Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion et Mayotte. Elle concerne principalement les marchandises importées et vise notamment à financer les collectivités locales tout en protégeant certains secteurs de production locale.

Cependant, ses effets sur les prix font régulièrement débat. Pour de nombreux habitants, cette fiscalité contribue à augmenter le coût de certains produits, dans des territoires déjà fortement dépendants des importations.

Entre un marché de l’emploi limité, des salaires parfois insuffisants face aux dépenses quotidiennes et des opportunités professionnelles moins nombreuses, beaucoup de jeunes Antillais finissent par faire un choix difficile : partir pour construire leur avenir, même si leur cœur reste attaché à leur île.

« Le filon » et le déclassement scolaire : quand les diplômes ne garantissent plus l’avenir

Dans des territoires insulaires comme la Guadeloupe et la Martinique, où les liens familiaux, amicaux et professionnels sont particulièrement forts, le réseau occupe une place importante dans l’accès à l’emploi.

Tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un. Cette proximité sociale peut parfois faciliter certaines opportunités professionnelles, notamment dans un marché du travail où les postes disponibles restent limités. Pour de nombreux jeunes diplômés, une impression revient souvent : sans réseau, trouver un emploi correspondant à son niveau de qualification devient un véritable parcours du combattant.

Cette réalité est régulièrement évoquée par les nouvelles générations : au-delà du diplôme, il faudrait parfois disposer des bonnes connexions pour accéder aux meilleures opportunités. Dans des territoires où les entreprises sont moins nombreuses et où certains secteurs concentrent une grande partie des emplois, la concurrence devient particulièrement forte.

Cette situation alimente un sentiment de frustration chez de nombreux jeunes diplômés qui ont investi plusieurs années dans leurs études et qui constatent que leurs compétences ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur.

Le paradoxe antillais : plus on est diplômé, plus le risque de déclassement augmente

L’autre grande difficulté qui touche les jeunes actifs antillais est celle du déclassement professionnel.

Le phénomène est simple à comprendre : il correspond au fait d’occuper un emploi dont le niveau de qualification attendu est inférieur au diplôme obtenu. Autrement dit, un diplômé peut être amené à exercer un métier qui ne correspond pas à ses compétences ni aux années d’études réalisées.

Un titulaire d’un master en économie peut ainsi se retrouver dans un emploi accessible avec un niveau inférieur au baccalauréat. Un ingénieur peut occuper un poste administratif peu qualifié. Un diplômé en communication ou en droit peut multiplier les contrats précaires sans lien direct avec sa formation.

Pour beaucoup d’Antillais, cette situation n’est pas théorique. Elle concerne des proches, des amis ou parfois leur propre parcours professionnel.

Selon une étude de l’INSEE publiée en 2018, près de quatre actifs sur dix connaissent une situation de déclassement au début de leur carrière en Guadeloupe et en Martinique.

Le paradoxe est saisissant : alors que dans l’Hexagone, les diplômes représentent généralement un facteur d’insertion professionnelle, dans les territoires antillais, l’augmentation du niveau de formation ne s’accompagne pas toujours d’une amélioration équivalente des perspectives d’emploi.

Une jeunesse plus qualifiée face à un marché limité

Ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs.

Tout d’abord, la démocratisation de l’accès aux études supérieures a profondément transformé le profil des nouvelles générations. Les jeunes Antillais sont aujourd’hui plus nombreux à obtenir un baccalauréat, une licence ou un master qu’auparavant.

Mais cette progression du niveau de qualification n’a pas été suivie par une transformation équivalente du marché du travail local. Le nombre d’emplois nécessitant des qualifications élevées reste limité, notamment dans les secteurs des cadres, des professions intellectuelles supérieures ou de la recherche.

La conséquence est mécanique : davantage de diplômés se retrouvent en concurrence pour un nombre restreint de postes correspondant réellement à leur niveau d’études.

À cela s’ajoute le vieillissement de la population active. Le maintien plus long des salariés âgés sur le marché du travail, notamment avec les différentes réformes des retraites, ralentit le renouvellement générationnel dans certaines professions.

Les départs à la retraite libèrent moins rapidement certains postes qualifiés, tandis que les jeunes diplômés arrivent chaque année plus nombreux sur le marché du travail.

Une économie qui peine à absorber ses talents

La structure économique des Antilles joue également un rôle majeur. La tertiarisation de l’économie, la concentration des emplois dans certains secteurs et le faible nombre de grandes entreprises limitent les possibilités d’évolution professionnelle.

Les postes de cadres, d’ingénieurs, de chercheurs ou de spécialistes restent moins nombreux que dans les grandes régions françaises. Pourtant, ils nécessitent souvent des formations longues, parfois cinq années d’études ou davantage.

Cette situation crée une contradiction profonde : les territoires investissent dans la formation de leur jeunesse, mais ne disposent pas toujours des débouchés nécessaires pour retenir ces compétences.

Face à ce constat, certains diplômés choisissent l’entrepreneuriat. Mais là encore, le chemin est difficile. Créer une entreprise aux Antilles signifie évoluer dans une économie marquée par un marché plus restreint, un pouvoir d’achat plus faible et des contraintes structurelles importantes.

D’autres font le choix du départ, vers l’Hexagone, le Canada ou d’autres destinations internationales, où ils espèrent trouver des opportunités professionnelles davantage en adéquation avec leur niveau de qualification.

Finalement, le dilemme reste toujours le même : accepter un emploi en dessous de ses compétences pour rester sur son territoire, ou partir pour exercer pleinement son métier ailleurs.

Pour une génération qui souhaite construire son avenir chez elle, cette situation représente l’une des grandes contradictions des Antilles contemporaines : former sa jeunesse sans toujours réussir à lui offrir les moyens de rester.

Le manque de transports et la dépendance à la voiture : un frein au retour et au développement local

Nous sommes nombreux à rêver de revenir vivre sur notre terre natale. Pourtant, au-delà du chômage, de la vie chère ou du manque d’opportunités professionnelles, d’autres obstacles plus discrets compliquent le retour et l’installation durable des jeunes aux Antilles. Parmi eux, la question de la mobilité occupe une place centrale.

Souvent moins médiatisée, elle constitue pourtant une difficulté quotidienne pour de nombreux Guadeloupéens et Martiniquais. Car se déplacer facilement, rapidement et à moindre coût est un élément essentiel du développement économique et social d’un territoire.

Lorsque beaucoup de jeunes quittent les Antilles pour poursuivre leurs études, effectuer une formation ou trouver un emploi dans l’Hexagone, ils découvrent un autre modèle de mobilité. Dans les grandes villes françaises, les habitants disposent d’une offre de transport diversifiée : trains régionaux, métros, tramways, bus, vélos en libre-service, trottinettes, taxis ou encore véhicules de transport avec chauffeur.

Depuis plusieurs décennies, les politiques publiques ont fait de la mobilité un levier majeur d’aménagement du territoire. Cette organisation facilite les déplacements des habitants, l’accès à l’emploi, aux services publics, aux commerces et aux loisirs.

Aux Antilles françaises, la situation demeure différente. Les réseaux de transport collectif restent encore insuffisamment développés pour répondre pleinement aux besoins de la population. Or, sans mobilité efficace, un territoire peine à créer les conditions favorables au développement économique.

Des réseaux de transport encore insuffisants

En Guadeloupe, la mise en place d’un réseau structuré de transport collectif reste relativement récente. Il aura fallu attendre plusieurs décennies avant de voir apparaître des services réguliers à l’échelle de l’archipel.

Depuis une dizaine d’années, le réseau KARULIS développe progressivement ses lignes, notamment dans l’agglomération pointoise et les zones touristiques. Mais malgré ces avancées, de nombreux habitants rencontrent encore des difficultés dans leurs déplacements quotidiens. Dans certaines communes, l’attente entre deux passages de bus peut atteindre plusieurs dizaines de minutes, voire davantage.

Afin de répondre à ces limites et de mieux desservir les communes éloignées des principaux centres urbains, la Région Guadeloupe a également mis en place le réseau KAR’ÎLES, avec l’objectif de désenclaver certaines zones du territoire.

En Martinique, le constat est similaire. Les secteurs de Fort-de-France, Schoelcher et du Lamentin bénéficient d’une meilleure desserte, mais les habitants des autres communes restent confrontés à des difficultés importantes.

Le réseau Mozaïk, principal réseau de transport collectif de l’île, a régulièrement été marqué par des conflits sociaux et des interruptions de service, compliquant davantage les déplacements des usagers.

Par ailleurs, le projet de Transport Collectif en Site Propre (TCSP), censé améliorer la mobilité martiniquaise, a connu de nombreux retards avant sa mise en service progressive. Ces difficultés ont longtemps alimenté le sentiment d’un manque de cohérence dans la politique de transport à l’échelle du territoire.

Face à ces contraintes, une grande partie des habitants n’a souvent pas d’autre choix que de passer le permis de conduire et d’acheter un véhicule.

La voiture, une nécessité devenue une contrainte

Aux Antilles, posséder une voiture n’est pas seulement une question de confort : c’est souvent une nécessité pour travailler, étudier, accéder aux services ou accompagner ses proches.

Mais cette dépendance a un coût. Acheter un véhicule signifie souvent contracter un crédit, supporter les frais d’assurance, d’entretien et de carburant, dans des territoires où le pouvoir d’achat est déjà fortement contraint.

Selon l’enquête mobilité menée en Guadeloupe en 2022, les écarts d’accès à la voiture sont importants selon les catégories sociales. Près de 73 % de la population guadeloupéenne dispose d’un véhicule, contre seulement 31 % des publics en situation sociale fragile.

Toujours selon cette étude, environ 48 % des ménages guadeloupéens possèdent une seule voiture, tandis qu’un ménage sur trois ne dispose pas de véhicule.

Pour ceux qui n’ont pas de voiture personnelle, les alternatives restent limitées : recours au véhicule d’un proche, location ponctuelle ou dépendance à l’entourage.

Une culture automobile profondément ancrée

Le manque d’alternatives pousse naturellement les habitants à privilégier la voiture individuelle.

En Guadeloupe, environ 73 % des déplacements quotidiens sont réalisés en voiture. Ces trajets concernent principalement le travail, les études, les achats, les loisirs ou encore l’accompagnement d’un proche.

Cette forte utilisation de la voiture entraîne des conséquences importantes : embouteillages, augmentation des émissions polluantes et dépendance énergétique.

Environ 57 % des actifs guadeloupéens quittent leur commune de résidence pour aller travailler, et parmi eux, la voiture représente le mode de déplacement largement dominant.

Cette situation s’explique notamment par plusieurs facteurs : un réseau de bus encore insuffisant, des correspondances difficiles, des horaires parfois inadaptés, un manque de fréquence et des axes routiers régulièrement saturés.

Une transition vers d’autres mobilités encore difficile

Dans les deux territoires, les mobilités alternatives comme le vélo ou les trottinettes restent encore marginales.

Le climat tropical, le relief, l’absence de pistes cyclables sécurisées et l’organisation urbaine expliquent en partie cette situation. Mais il faut aussi reconnaître que la voiture occupe une place centrale dans les habitudes de déplacement depuis plusieurs générations.

Développer de nouvelles formes de mobilité représente donc un défi majeur pour la Guadeloupe et la Martinique.

Car derrière la question des transports se cache une problématique plus large : celle de l’attractivité des territoires. Un jeune diplômé qui souhaite revenir au pays doit pouvoir se déplacer facilement pour travailler, entreprendre, accéder aux services et construire une vie stable.

Sans amélioration profonde des infrastructures de transport, la mobilité restera un frein supplémentaire au retour des talents et au développement économique des Antilles.

La vie chère : quand le coût du quotidien pousse la jeunesse à regarder ailleurs

Autre facteur déterminant dans les choix de départ des jeunes Antillais : la vie chère.

Depuis plusieurs décennies, elle s’impose comme l’une des principales préoccupations des Guadeloupéens et des Martiniquais. Elle revient régulièrement dans les enquêtes d’opinion, les débats politiques et les mouvements sociaux qui ont marqué l’histoire récente des deux territoires.

En 2009, la Guadeloupe et la Martinique ont connu d’importantes mobilisations contre la hausse du coût de la vie, avec respectivement le mouvement du LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) en Guadeloupe et le mouvement du 5 février en Martinique.

Plus récemment, la question du pouvoir d’achat est revenue au premier plan avec les mobilisations portées par le RPPRAC (Rassemblement pour la Protection des Peuples et des Ressources Afro-Caribéennes) en Martinique.

Malgré plusieurs dispositifs mis en place par les pouvoirs publics, dont la loi Lurel de 2012 visant notamment à renforcer la régulation économique dans les Outre-mer, le sentiment d’un écart persistant entre les prix pratiqués aux Antilles et ceux de l’Hexagone demeure profondément ancré dans une partie de la population.

Pour beaucoup d’habitants, cette situation nourrit un sentiment de déclassement et d’injustice économique : celui de vivre dans des territoires français où le coût de la vie reste supérieur, alors que les revenus ne progressent pas toujours au même rythme.

Des prix durablement plus élevés qu’en Hexagone

Selon les données de l’INSEE, les prix à la consommation dans les départements d’Outre-mer restent structurellement plus élevés qu’en France hexagonale.

Cette différence concerne particulièrement les produits alimentaires, qui représentent une dépense essentielle dans le budget des ménages. Elle touche également certains biens de consommation courante comme les produits d’hygiène, l’équipement de la maison, l’électroménager ou encore certains matériaux de construction.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • l’insularité des territoires ;
  • la forte dépendance aux importations ;
  • les coûts liés au transport maritime ;
  • la taille réduite des marchés locaux ;
  • les coûts de stockage et de distribution.

Le résultat est concret pour les familles : le panier de courses coûte plus cher, alors que les salaires et les opportunités professionnelles ne suivent pas toujours cette différence.

Pour un jeune actif qui débute sa vie professionnelle, l’équation devient rapidement complexe :

  • un salaire parfois comparable à celui proposé dans certaines régions de l’Hexagone ;
  • des dépenses alimentaires plus élevées ;
  • un marché immobilier tendu dans certaines zones ;
  • une voiture souvent indispensable pour travailler ;
  • moins d’opportunités professionnelles correspondant aux qualifications obtenues.

Cette accumulation de contraintes économiques pousse certains jeunes diplômés à s’interroger sur leur avenir local.

Pour une partie d’entre eux, partir vers la France hexagonale, le Canada ou d’autres destinations internationales apparaît alors comme une stratégie pour améliorer leur pouvoir d’achat, accéder à davantage d’opportunités professionnelles et construire plus facilement leur indépendance.

La question n’est donc pas seulement celle du départ. Elle est aussi celle de la capacité des Antilles à offrir à leur jeunesse les conditions nécessaires pour rester.

Quand l’absence d’eau devient un frein à l’entrepreneuriat

Il serait difficile d’affirmer, faute d’étude spécifique, que la crise de l’eau constitue une cause majeure du départ des jeunes Guadeloupéens.

En revanche, il est légitime de s’interroger sur son influence dans les choix de vie et dans la volonté d’entreprendre localement.

Pour un jeune diplômé qui souhaite revenir au pays, créer son entreprise et construire son avenir en Guadeloupe, la question de la stabilité des infrastructures devient un élément déterminant.

Certains secteurs sont particulièrement vulnérables :

  • la restauration ;
  • l’hôtellerie ;
  • les salons de coiffure ;
  • les instituts de beauté ;
  • les blanchisseries ;
  • l’agroalimentaire ;
  • l’agriculture ;
  • les activités touristiques.

Dans ces domaines, une coupure d’eau peut entraîner l’arrêt total ou partiel de l’activité.

Face à cette situation, de nombreux professionnels et particuliers ont dû investir sur leurs propres fonds dans des équipements destinés à limiter les conséquences des interruptions :

  • citernes de stockage ;
  • pompes ;
  • systèmes de filtration ;
  • groupes de pression.

Des investissements supplémentaires qui viennent alourdir les charges des entreprises, alors même que beaucoup d’entrepreneurs débutent avec des moyens financiers limités.

Une contrainte supplémentaire dans le choix de rester ou partir

Les conséquences économiques peuvent être importantes :

  • pertes de chiffre d’affaires ;
  • annulations de rendez-vous ;
  • impossibilité d’accueillir des clients ;
  • dépenses supplémentaires liées aux équipements ;
  • dégradation de l’image de l’entreprise.

Pour une jeune entreprise qui cherche encore sa stabilité financière, ces contraintes peuvent représenter un véritable obstacle.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux jeunes expriment leur hésitation à revenir entreprendre en Guadeloupe, préférant parfois se tourner vers la France hexagonale, le Canada ou d’autres territoires où les infrastructures leur semblent plus fiables.

La crise de l’eau n’est donc peut-être pas, à elle seule, une raison de partir. Mais elle participe à un sentiment plus large : celui d’un territoire où les conditions nécessaires pour construire sereinement son avenir restent encore à consolider.

Car derrière la question de l’eau se joue une interrogation fondamentale : comment convaincre une génération de revenir investir son énergie, ses compétences et son ambition dans un territoire où certains services essentiels ne sont toujours pas garantis ?

A lire à ce sujet : En Guadeloupe, le SMGEAG est un bateau qui fait naufrage. – The Link Fwi / Eau en Guadeloupe : quatre résolutions pour sauver un réseau à bout de souffle – The Link Fwi

De plus en plus de jeunes veulent revenir au pays :

Tout n’est évidemment pas sombre aux Antilles. Derrière les difficultés économiques, sociales et démographiques, une autre réalité existe : celle d’une jeunesse attachée à son territoire et qui aspire, plus que jamais, à y construire son avenir.

Contrairement à certaines idées reçues, les jeunes Antillais ne tournent pas le dos à leurs îles. Beaucoup rêvent de revenir travailler, entreprendre, transmettre leurs compétences et fonder une famille sur leur terre natale.

Revenir au pays reste un projet profondément ancré dans l’imaginaire collectif antillais.

C’est justement pour mieux comprendre cette volonté de retour que la sénatrice martiniquaise Catherine Conconne a lancé l’enquête « Alé Viré », une vaste consultation destinée à interroger les Martiniquais installés dans l’Hexagone ou à l’étranger.

Avec 5 467 participants, cette enquête constitue l’une des consultations les plus importantes réalisées sur la question du retour des populations ultramarines.

L’objectif était double : comprendre ce qui pousse les jeunes Martiniquais à quitter leur territoire, mais aussi identifier les conditions nécessaires pour leur donner envie de revenir.

Le résultat est sans ambiguïté : 8 Martiniquais sur 10 interrogés déclarent souhaiter revenir vivre en Martinique, soit près de 80 % des répondants.

Mais entre l’envie et la réalité, un certain nombre d’obstacles demeurent.

L’emploi, principal obstacle au retour

Les principaux freins identifiés sont d’abord professionnels.

Parmi les difficultés citées figurent :

  • le manque d’opportunités correspondant aux qualifications obtenues ;
  • la difficulté à trouver un emploi dans son domaine de compétence ;
  • la crainte de devoir accepter une rémunération inférieure à celle perçue ailleurs ;
  • des perspectives d’évolution professionnelle jugées limitées.

Pour beaucoup de jeunes diplômés, le retour ne dépend donc pas d’un manque d’attachement au territoire, mais de la capacité des Antilles à leur offrir un avenir professionnel à la hauteur de leurs compétences.

Une jeunesse qui veut participer au développement du territoire

Malgré ces obstacles, l’enquête révèle également une forte volonté de retour.

La première motivation reste l’attachement familial. Mais elle est loin d’être la seule.

Les personnes interrogées évoquent également :

  • l’amour de leur territoire ;
  • la recherche d’une meilleure qualité de vie ;
  • l’envie d’élever leurs enfants dans leur environnement culturel ;
  • la volonté de participer au développement économique et social de la Martinique.

Beaucoup ne souhaitent donc pas simplement revenir pour retrouver leur famille ou leur cadre de vie. Ils veulent aussi être acteurs du changement et mettre leurs compétences au service de leur pays.

Selon l’étude, les personnes qui franchissent le pas parviennent généralement à retrouver une activité professionnelle dans un délai relativement court. Plus d’un tiers des répondants cite d’ailleurs la volonté de contribuer au développement de la Martinique comme une motivation majeure de leur retour.

Un espoir également présent en Guadeloupe

À ce jour, aucune enquête d’une ampleur comparable n’a encore été menée en Guadeloupe sur cette question précise.

Mais les réalités économiques, culturelles et historiques communes aux deux îles laissent penser que les aspirations pourraient être similaires : beaucoup de jeunes Guadeloupéens vivant à l’extérieur gardent un lien fort avec leur territoire et envisagent un retour si les conditions deviennent favorables. Cette volonté constitue une véritable source d’espoir.

Car l’avenir des Antilles reposera nécessairement sur sa jeunesse. Encore faut-il lui permettre de trouver sa place, de développer ses projets et d’être considérée comme une force capable de transformer le territoire.

Comme le rappelait le proverbe grec : « Le travail de la jeunesse fait le repos de la vieillesse. » Mais pour que cette génération puisse pleinement jouer son rôle, un dialogue doit exister entre les générations. Les institutions doivent accompagner les initiatives, les entreprises doivent ouvrir davantage leurs portes et la jeunesse doit également prendre conscience de sa responsabilité dans la construction de son avenir.

Dans son discours d’investiture de 1961, John Fitzgerald Kennedy lançait cette phrase devenue célèbre : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

Une idée qui résonne encore aujourd’hui aux Antilles : le changement ne viendra pas uniquement des autres. Il dépendra aussi de la capacité de cette nouvelle génération à entreprendre, proposer, s’engager et imaginer le territoire qu’elle souhaite transmettre demain.

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