Face au déclin démographique et aux incertitudes qui entourent son programme de citoyenneté par investissement, le gouvernement dominiquais veut miser sur sa diaspora. Roseau prévoit d’accorder la citoyenneté aux descendants de Dominicais nés à l’étranger et lance plusieurs mesures destinées à encourager leur retour sur l’île. Une stratégie ambitieuse pour tenter d’atteindre 100 000 habitants d’ici 2040.
L’île de la Dominique est sans doute l’une des plus belles îles des Petites-Antilles. Authentique à souhait, les passionnés de nature y trouvent leur compte. Pourtant, l’île anglophone et créolophone n’a pas la même notoriété que ces grandes sœurs francophones, que sont la Guadeloupe au nord et la Martinique au sud. Difficile donc pour ce petit pays des Antilles de sa démarquer.
Cependant, l’île de la Dominique a des atouts non négligeables qui font la différence d’avec les autres territoires de l’Arc Antillais. Bordée par l’Océan Atlantique sur son versant oriental et par la Mer des Caraïbes à l’Ouest. Bercée par les alizés d’Est en Ouest, avec une nature exubérante et ses trois cent soixante-cinq rivières et des centaines de cascades situées dans des forêts denses. Autant d’éléments qui font de la Dominique l’île nature par excellence. En effet, l’île anglophone est connue pour ses randonnées, ses excursions nautiques parmi les plus beaux sites de plongée de la Caraïbe où vous pourrez nager avec les dauphins et même admirer les baleines qui y ont toujours élu domicile pour s’accoupler. Vingt-deux espèces de cétacés ont été recensés dans les eaux dominiquaises. D’autre part, l’activité volcanique de l’île et ses eaux claires en font un lieu privilégié des amoureux de la nature qui souhaitent véritablement fuir le tourisme de masse.
Par ailleurs, la Dominique possède le 2e lac d’eau bouillante au monde, son nom le Boiling Lake. D’un diamètre de soixante-trois mètres et une température de l’eau à 82°C. Pour y accéder, il faudra être prêt à gravir mille mètres de dénivelé avec essentiellement 42 000 marches sur treize kilomètres. L’ascension à la vallée de la Désolation et au lac puis le retour durent entre six à huit heures. Sans oublier, une faune endémique et le Morne Trois Pitons National Park qui est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
A l’image des autres pays de la région, l’île de la Dominique est aussi une terre de diversité tant ethnique que musicale. Il est vrai que l’île compte une population kalinagos estimées trois milles individus qui sont les populations originelles de l’île de la Caraïbe que l’on retrouve dans des espaces qui leurs sont réservés. Depuis plusieurs siècles, les populations amérindiennes, afro-descendantes et européennes s’y côtoient en bonne intelligence.
Autant dire que la Dominique est le paradis sur terre et les autorités politiques de l’île l’ont vite compris, car, depuis quelques années, la République anglophone du Commonwealth mise sur le tourisme et notamment le tourisme vert pour faire décoller son économie, longtemps restée en berne.

Pourtant, comme de nombreux territoires de la région, la Dominique fait face depuis plusieurs décennies à une importante émigration de sa population vers les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni ou encore les autres îles anglophones de la Caraïbe. Résultat : alors que des générations de Dominicais se sont installées à l’étranger, la population de l’île stagne autour de 72 000 habitants.
Pour inverser cette tendance, le gouvernement de Roosevelt Skerrit vient d’annoncer une série de mesures destinées à renforcer les liens avec la diaspora et à encourager son retour au pays.
La mesure la plus symbolique concerne la citoyenneté. À partir du 1er janvier 2027, sous réserve de l’adoption d’une loi par le Parlement, toute personne ayant au moins un grand-parent né à la Dominique pourra demander la nationalité dominiquaise. Une disposition qui vise directement les deuxième et troisième générations de descendants vivant à l’étranger.
Pour les autorités, l’objectif est clair : élargir la définition de l’appartenance nationale et permettre à des milliers de descendants de Dominicais de renouer officiellement avec leur pays d’origine.
Mais le gouvernement ne compte pas s’arrêter là.

Dans le cadre de son budget 2026-2027, le ministre des Finances Irving McIntyre a également annoncé la création d’un Registre mondial des talents dominiquais. Ce programme permettra d’identifier les médecins, ingénieurs, enseignants, artistes, sportifs ou entrepreneurs d’origine dominiquaise vivant hors de l’île afin de mettre leurs compétences au service du développement national.
Un guichet unique sera également créé afin de faciliter le retour des expatriés. Logement, création d’entreprise, démarches administratives, scolarisation des enfants ou encore raccordement aux services publics seront regroupés au sein d’un même dispositif.
Autre nouveauté : le lancement du programme « Live in Dominica ». Celui-ci offrira gratuitement un visa de résidence de deux ans aux télétravailleurs, retraités et personnes financièrement autonomes souhaitant s’installer sur l’île.
Derrière ces annonces se cache une ambition démographique assumée.
Le gouvernement souhaite porter la population dominiquaise à 100 000 habitants d’ici 2040, soit près de 30 000 habitants supplémentaires en moins de quinze ans. Un objectif particulièrement ambitieux pour cette petite île volcanique de la Caraïbe orientale qui continue de perdre une partie de sa jeunesse au profit des grandes métropoles nord-américaines.
Cette stratégie intervient également dans un contexte économique délicat.
Depuis plus de trente ans, la Dominique tire une partie importante de ses revenus de son programme de citoyenneté par investissement (CBI), qui permet à des étrangers d’obtenir un passeport dominiquais en échange d’un investissement ou d’une contribution financière au pays.

Or ce modèle montre aujourd’hui des signes d’essoufflement. Selon l’opposition, les revenus issus du programme sont en baisse et pourraient continuer à reculer au cours des prochaines années. Dans le même temps, l’Union européenne demande la suppression progressive des programmes de citoyenneté par investissement dans la Caraïbe orientale d’ici 2028, tandis que les États-Unis ont déjà imposé certaines restrictions à l’égard des ressortissants dominiquais.
Dans ce contexte, le gouvernement cherche visiblement à construire une stratégie démographique moins dépendante de la vente de passeports et davantage fondée sur les liens historiques, familiaux et culturels avec sa diaspora.
L’idée n’est pas nouvelle. Plusieurs pays caribéens, comme la Jamaïque ou Trinité-et-Tobago, permettent déjà aux descendants de leurs ressortissants d’obtenir la nationalité.
Cependant, la Dominique va plus loin en associant cette réforme à un vaste programme de retour des compétences et des investissements.
Reste désormais à savoir si cette politique suffira à convaincre les descendants de Dominicais établis à New York, Londres, Toronto ou Miami de revenir s’installer durablement sur l’île.
Car au-delà des questions administratives, le véritable défi demeure économique : créer suffisamment d’opportunités pour transformer l’attachement à la terre d’origine en véritable projet de vie.
Une chose est sûre : dans une Caraïbe confrontée à l’émigration, au vieillissement de la population et à la fuite des cerveaux, la Dominique tente aujourd’hui une expérience que beaucoup d’autres territoires observeront avec attention.
