À deux mois du départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026, Kéni Piperol-Dampied prépare sa deuxième traversée de l’Atlantique en solitaire. Mais cette fois, le skipper guadeloupéen ne prendra pas seulement la mer avec l’ambition de signer une belle performance. À bord du Class40 « DrépaVoile », il embarquera également des causes, des jeunes et une partie de la Guadeloupe avec lui.
Le compte à rebours est lancé.
Le dimanche 1er novembre 2026, à 13 heures, plusieurs dizaines de skippers s’élanceront de Saint-Malo pour l’une des courses les plus mythiques de la voile transatlantique. Parmi eux, un visage bien connu des Guadeloupéens : Kéni Piperol-Dampied.
Quatre ans après une première participation à la Route du Rhum, le skipper guadeloupéen revient avec davantage d’expérience et surtout une autre approche de cette immense aventure.
Depuis 2022, le marin a engrangé quatre traversées supplémentaires. Une expérience qui lui permet aujourd’hui d’aborder cette nouvelle édition avec davantage de maîtrise, alors que la flotte des Class40 s’annonce particulièrement relevée avec 46 concurrents engagés.
Dans ce peloton où une vingtaine de skippers peuvent prétendre jouer les premiers rôles, Kéni Piperol-Dampied ne cache pas ses ambitions, tout en restant lucide sur la difficulté de la tâche.
« Sportivement j’arrive tout juste d’un stage d’entrainement qui s’est déroulé la semaine dernière et qui s’est enchaîné par un convoyage du bateau à Saint Malo. Pourquoi, Saint Malo ? Car, quand je repars samedi, j’enchaîne dès le lendemain par un entraînement spécifique à la Route du Rhum. On va simuler un départ Route du Rhum lundi prochain, on espère des conditions ventées pour nous mettre dans le bain et puis, je ferai une préparation technique et affiner le reste du projet. Mon bateau est un Class40 datant de 2023 qui a déjà participé à des courses transatlantiques. Il est donc fiabilisé et optimisé. Un top 10, un top 15, c’est quelque chose qui me semble atteignable. Mais en Class40, c’est vrai qu’on est assez nombreux… il va falloir se battre très fort et très dur sur l’eau. »
Le marin sait donc ce qui l’attend. Des milliers de kilomètres en solitaire, la fatigue, les conditions météorologiques, les choix stratégiques et cette bataille permanente avec les autres concurrents. Mais cette année, la performance sportive ne sera qu’une partie de l’histoire.

Un bateau pour porter une cause
Avec le projet DrépaVoile, Kéni Piperol-Dampied entend profiter de la visibilité exceptionnelle de la Route du Rhum pour mettre en lumière une maladie particulièrement présente aux Antilles : la drépanocytose.
Pour le skipper, le bateau devient ainsi un véritable outil de sensibilisation.
« Le projet DrépaVoile a été annoncé aujourd’hui, mais c’est un projet que l’on mûri depuis très longtemps. A travers ce projet, il y a des sous-projets de course au large. J’en mène avec moi tous les drépanocytaires et c’est une vraie responsabilité de porter cette cause et j’en prends conscience tous les jours. L’idée, c’est que le projet puisse servir de vitrine pour parler de la drépanocytose à un plus large public et surtout de manière différente par les canaux habituellement utilisés. Je suis très fier d’être l’ambassadeur et d’amener cette cause en mer. N’oublions pas que la Route du Rhum c’est 1,7 millions voire deux millions de personnes qui la suive et chaque jour en mer, permettra aux malades d’avoir une visibilité. Le jour du départ qui sera diffusé sur les chaînes nationales et internationales, j’espère que je serais bien placé pour que l’on voit le bateau et le message. »
Une manière de donner une autre portée à sa traversée.
Chaque mille nautique parcouru doit aussi permettre de parler de celles et ceux qui vivent avec la maladie. Derrière le sportif, il y a donc désormais un ambassadeur qui entend utiliser son aventure pour donner davantage de visibilité à une cause qui lui tient à cœur.
Mais la drépanocytose n’est pas le seul combat embarqué à bord de DrépaVoile.
Le projet associe également la Route Bleue, le patrimoine historique et surtout la jeunesse guadeloupéenne.
Quand la Route du Rhum devient une salle de classe
C’est peut-être l’une des dimensions les plus originales du projet.
Des élèves de Petit-Canal, des Abymes, d’Anse-Bertrand et de Pointe-à-Pitre vont suivre l’aventure du skipper et pourront ainsi vivre la course de l’intérieur, à distance.
Avec le soutien de partenaires locaux et du Conseil départemental, la traversée se transforme en véritable projet pédagogique.
Et cette transmission n’est pas anodine pour Kéni Piperol-Dampied.
Le navigateur garde en mémoire une rencontre qui l’avait marqué lorsqu’il était lui-même enfant : la venue du navigateur Claude Tellier dans sa classe de CM2 à Port-Louis.
Des années plus tard, il veut à son tour provoquer cette étincelle chez d’autres jeunes Guadeloupéens.
Pas nécessairement pour fabriquer une nouvelle génération de skippers.
Mais pour transmettre une mentalité.
« L’idée, ce n’est pas qu’il y ait des marins dans les années à venir, mais que les jeunes puissent se raccrocher à des valeurs : le dépassement de soi, l’abnégation, le fait de ne rien lâcher. »
Un message qui semble trouver un écho auprès des élèves rencontrés lors de sa tournée dans les établissements scolaires.
Le skipper dit avoir été particulièrement marqué par leur enthousiasme, leurs questions et leur intérêt pour la mer.
« On sent que la mer c’est un sujet qui leur parle. Et ça, ça me fait vraiment plaisir parce que je vois en 10 ans de l’activité, l’évolution aussi qu’il y a au niveau des mentalités de la jeunesse et de la Guadeloupe. »
Une évolution qu’il entend accompagner en donnant à cette Route du Rhum une dimension qui dépasse largement la compétition.

Une machine sportive… mais un budget encore à boucler
Car derrière les ambitions et les beaux discours, il y a aussi une réalité beaucoup plus terre-à-terre : faire une Route du Rhum coûte cher.
Le budget de fonctionnement du projet est estimé à 450 000 euros.
À deux mois du départ, un peu plus de la moitié de cette somme est réunie.
Le projet n’est donc pas encore totalement financé.
Kéni Piperol-Dampied ne s’en cache pas et espère convaincre de nouveaux partenaires dans la dernière ligne droite.
« Le budget n’est pas du tout bouclé. Mais aujourd’hui, avec la manifestation qu’on a faite et ce qu’on a mis en place, je pense que ça peut séduire aussi d’autres partenaires qui peuvent arriver à la dernière minute. »
Une course contre la montre qui se joue donc également à terre.
Pendant que le bateau est prêt et que le skipper finalise sa préparation physique, technique et sa navigation, l’équipe doit encore sécuriser les moyens nécessaires pour mener le projet jusqu’au bout.
Car la Route du Rhum ne commence pas le 1er novembre.
Elle commence bien avant, dans les recherches de partenaires, la préparation du bateau, les entraînements et les derniers détails qui peuvent faire la différence une fois seul au large.
La Guadeloupe dans son sillage

Pour cette deuxième participation, Kéni Piperol-Dampied ne veut donc pas seulement arriver à Pointe-à-Pitre. Il veut que quelque chose arrive avec lui.
Une cause médicale. Des messages pour la jeunesse. Une réflexion autour de la mer et du patrimoine. Une image de la Guadeloupe portée jusqu’à Saint-Malo, puis à travers l’Atlantique.
Et surtout, l’envie de montrer qu’une aventure sportive peut aussi devenir un outil de transmission. Le défi sera désormais de transformer cette ambition en réalité.
Le 1er novembre prochain, lorsque les Class40 quitteront Saint-Malo, Kéni Piperol-Dampied sera seul à bord de DrépaVoile. Mais derrière lui, il y aura bien plus qu’un équipage ou une équipe technique. Il y aura des élèves, des partenaires, des malades, des proches et, surtout, une Guadeloupe qui suivra son bateau jusqu’à Pointe-à-Pitre.
La course sera longue. La bataille sportive sera rude.
Mais pour Kéni Piperol-Dampied, cette Route du Rhum 2026 pourrait bien être l’occasion de rappeler qu’un bateau peut transporter bien plus que son skipper.

