C’est une avancée majeure dans l’affaire Claude Jean-Pierre, les gendarmes impliqués dans le contrôle routier de novembre 2020 ont été mis en examen. C’est un soulagement pour la famille de Klodo qui tiendra prochainement une conférence de presse pour parler des suites judiciaires de cette affaire qui tient en haleine en Guadeloupe depuis bientôt six ans.
C’est une étape que la famille de Claude Jean-Pierre attendait depuis longtemps. Près de six ans après les faits, les deux gendarmes impliqués dans le contrôle routier ayant précédé la mort de « Klodo » ont été mis en examen.
L’annonce a été faite ce vendredi 28 août par les proches de Claude Jean-Pierre, notamment sa fille Fatia Alcabélard et son gendre Christophe Sinnan. Pour la famille, cette décision constitue une « première victoire » après plusieurs années de mobilisation et de bataille judiciaire.
Mais derrière cette annonce, c’est surtout une procédure longue et particulièrement sensible qui connaît un nouveau rebondissement.

« Une première étape dans notre combat »
La mise en examen annoncée ce vendredi change désormais la situation judiciaire des deux militaires.
Pour Fatia Alcabélard, fille de Claude Jean-Pierre, cette décision est accueillie avec soulagement.
« C’est une nouvelle qu’on attend depuis très longtemps », explique-t-elle, rappelant les années de mobilisation de la famille et le soutien d’une partie de la population guadeloupéenne.
Elle considère cette mise en examen comme « une première victoire », tout en insistant sur le fait que le combat judiciaire n’est pas terminé.
La famille entend désormais poursuivre sa mobilisation afin que les circonstances exactes ayant conduit aux blessures puis au décès de Claude Jean-Pierre soient établies par la justice.
Le collectif d’avocats qui représente les proches de la victime doit prochainement tenir une conférence de presse. Les conseils de la famille devraient alors détailler les qualifications retenues dans le cadre des mises en examen, revenir sur l’évolution de l’instruction et présenter les prochaines étapes de la procédure.

Une longue procédure judiciaire :
Il y a cinq ans, la Guadeloupe était bouleversée par une nouvelle tragique : le décès de Claude Jean-Pierre, retraité guadeloupéen, à la suite d’une intervention de la gendarmerie dans le bourg de Deshaies, au nord de Basse-Terre. Un drame survenu lors de ce qui devait être un simple contrôle routier, et qui continue, aujourd’hui encore, de susciter incompréhension, colère et attente de justice.
Le 21 novembre 2020, Claude Jean-Pierre, alors âgé de 67 ans et surnommé « Klodo » par ses proches, est intercepté par une patrouille de deux gendarmes alors qu’il rentre chez lui après avoir passé du temps avec des amis. Selon les éléments connus, il obtempère aux injonctions des forces de l’ordre. Les circonstances exactes de son extraction du véhicule demeurent au cœur de l’enquête. Ce qui est certain, c’est que quelques minutes plus tard, Claude Jean-Pierre se retrouve au sol, inanimé.
Les sapeurs-pompiers sont d’abord appelés pour un malaise, avant que le SMUR ne prenne le relais face à la dégradation rapide de son état. Transporté au CHU de Pointe-à-Pitre, les examens médicaux révèlent une double fracture des cervicales, dont une instable comprimant la moelle épinière, ainsi que plusieurs hématomes au visage. Placé en réanimation, il est opéré en urgence le 24 novembre. L’intervention est jugée techniquement réussie par l’équipe médicale, qui indique alors à la famille que le pronostic vital n’est pas engagé, bien que de lourdes séquelles soient à prévoir.
Mais le 3 décembre 2020, Claude Jean-Pierre décède. Sa fille, Fatia, contrainte de retourner en Guadeloupe depuis l’Hexagone, entame alors, avec son compagnon Christophe, un long combat pour comprendre ce qui s’est réellement passé.
Face à l’émotion populaire et à la pression médiatique, une enquête judiciaire est ouverte. Très vite, la famille dénonce la lenteur de la procédure. Il faudra près d’un mois pour que les résultats de l’autopsie et les images de vidéosurveillance de la commune de Deshaies soient transmis aux avocats. Une attente vécue comme une épreuve supplémentaire par les proches.
À l’époque, le procureur de la République, Xavier Sicot, communique publiquement sur l’affaire. Il évoque une conduite jugée hésitante, possiblement liée à la consommation d’alcool, et affirme que les règles d’interpellation auraient été respectées par les gendarmes. Des déclarations qui choquent une partie de l’opinion et la famille, laquelle déplore un manque de neutralité et l’absence de saisine de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Le parquet s’oriente alors vers un non-lieu, une perspective vécue comme un nouveau choc en Guadeloupe.
La mobilisation de Fatia, de Christophe, de leurs avocats et de nombreux soutiens empêche cependant l’affaire de sombrer dans l’oubli. Les images diffusées par Le Média relancent le débat public. Les deux gendarmes mis en cause sont placés sous le statut de témoins assistés, un cadre juridique qui leur confère des droits, sans pour autant valoir mise en examen. Ils continuent d’exercer, hors du territoire guadeloupéen, une situation que la famille peine à accepter.
Contre toute attente, la juge d’instruction ne suit pas les réquisitions du parquet : le non-lieu est refusé. Les investigations se poursuivent. Pour les proches de Claude Jean-Pierre, il s’agit d’une première victoire judiciaire, fragile mais essentielle.

Une affaire loin d’être terminée
Après près de six années de procédure, la mise en examen des deux gendarmes constitue donc un tournant majeur dans l’affaire Claude Jean-Pierre.
Elle ne signifie toutefois pas que les militaires sont déclarés coupables. La mise en examen constitue une étape de l’instruction judiciaire et les personnes concernées demeurent présumées innocentes jusqu’à une éventuelle condamnation définitive.
Pour la famille de « Klodo », le combat continue.
Six ans après cette intervention à Deshaies, une nouvelle phase judiciaire s’ouvre désormais. Elle devra permettre à la justice de déterminer précisément les responsabilités éventuelles dans les circonstances ayant conduit à la mort de Claude Jean-Pierre.
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