Guadeloupe : Nou Las Palé rompt le dialogue avec le préfet, les entreprises attendent des réponses concrètes

Après plusieurs jours de mobilisation sociale, le gouvernement annonce des mesures sur la vie chère, le carburant, l’eau et l’accompagnement des entreprises. Mais en Guadeloupe, la crise reste entière. Alors que le monde économique alerte sur les conséquences des blocages, le collectif Nou Las Palé ne reconnaît plus le préfet Thierry Devimeux comme interlocuteur légitime.

La crise sociale se poursuit en Guadeloupe, et les tensions ne se limitent plus aux revendications économiques. Après dix jours de mobilisation menée par le collectif Nou Las Palé, les relations avec les représentants de l’État se crispent, tandis que les entreprises dénoncent les conséquences des blocages sur leur activité.

Vendredi 23 octobre, le préfet de région, Thierry Devimeux, a réuni plusieurs représentants du monde économique à la Chambre de commerce et d’industrie des Îles de Guadeloupe (CCI-IG), à Pointe-à-Pitre. L’objectif : dresser un état des difficultés rencontrées sur le territoire et envisager des pistes pour limiter les conséquences de la crise.

Mais à l’issue de cette réunion, aucune mesure immédiate de sortie de crise n’a été annoncée. La préfecture a néanmoins présenté plusieurs dispositifs d’accompagnement pour les entreprises fragilisées.

Les entreprises en difficulté, notamment dans la zone de Jarry

Les blocages affectent particulièrement la zone industrielle de Jarry, à Baie-Mahault. Les barrages entravent les déplacements des salariés, des dirigeants et des clients, avec des répercussions sur le chiffre d’affaires de nombreuses entreprises.

Pour tenter d’y répondre, le préfet a annoncé l’ouverture, à partir du lundi 26 octobre, d’une cellule d’écoute à la préfecture. Elle doit associer notamment les services du travail et des finances publiques afin d’examiner les difficultés au cas par cas.

Des aménagements d’échéances fiscales et sociales, voire des moratoires, pourront ainsi être étudiés selon les situations.

Ces annonces s’inscrivent dans un dispositif plus large présenté par le gouvernement pour les entreprises touchées par les dégradations et les perturbations. Celui-ci prévoit notamment des mesures relatives à l’activité partielle, des facilités fiscales, des reports de cotisations sociales et des prêts à taux zéro pouvant atteindre 50 000 euros.

Reste que ces dispositifs ne règlent pas, à eux seuls, les causes de la mobilisation ni les difficultés immédiates rencontrées par les professionnels.

La Voie Verte et les déchets amiantés : une facture encore sans réponse

Autre sujet abordé lors de la réunion : la fermeture de la Voie Verte, un accès important à la zone industrielle de Jarry, bloqué par des déchets contenant de l’amiante.

Leur évacuation soulève une difficulté supplémentaire. En raison des risques sanitaires, ces déchets doivent être pris en charge par des entreprises habilitées et acheminés vers des installations adaptées, ce qui peut entraîner des coûts importants.

Thierry Devimeux a reconnu que la question du financement restait ouverte, évoquant la possibilité que la responsabilité incombe à ceux qui ont déposé les déchets, sans trancher à ce stade.

Cette situation illustre les conséquences concrètes de la crise sur l’activité économique, mais aussi les questions de responsabilité qui accompagnent la gestion des blocages.

Carburant, eau, vie chère : les revendications restent au cœur du conflit

Au-delà des difficultés des entreprises, plusieurs revendications portées par Nou Las Palé concernent des problèmes structurels du territoire : le coût de la vie, le prix des carburants, l’accès à l’eau potable, les charges des entreprises, le chômage et l’avenir de la jeunesse.

Le prix du gazole demeure notamment une préoccupation pour les transporteurs de marchandises. Alors qu’une baisse nationale est annoncée à compter du 1er novembre, les professionnels attendent encore des précisions sur ses modalités d’application en Guadeloupe.

Le gouvernement a également annoncé vouloir poursuivre l’examen d’un texte portant notamment sur la formation des prix des produits de consommation courante, les billets d’avion et les frais bancaires. Concernant l’eau, l’État entend travailler sur les défaillances des réseaux guadeloupéens. Il prévoit aussi d’accompagner les collectivités dans l’identification des rénovations prioritaires des lycées.

Ces annonces témoignent d’une volonté affichée de répondre à plusieurs difficultés dénoncées dans les territoires ultramarins. Mais entre les mesures annoncées, les dispositifs à mettre en place et leurs effets concrets sur le quotidien des Guadeloupéens, les résultats restent à démontrer.

Nou Las Palé ne reconnaît plus le préfet comme interlocuteur

C’est désormais sur le terrain du dialogue institutionnel que la crise prend une nouvelle dimension.

Dans un communiqué diffusé après la réunion, Nou Las Palé, qui affirme regrouper 26 organisations professionnelles et associatives, dénonce une différence de traitement entre les interlocuteurs reçus par l’État. Le collectif conteste notamment les arguments mettant en cause sa représentativité et évoque une rupture de confiance avec le préfet.

Sa position est désormais explicite : « NOU LAS PALÉ ne reconnaît plus le préfet de région comme un interlocuteur légitime du collectif. »

Le mouvement ne ferme toutefois pas la porte à toute discussion avec l’État. Il demande que les échanges se poursuivent par un autre canal institutionnel et annonce son intention de maintenir la mobilisation.

De son côté, Thierry Devimeux a regretté l’absence de plusieurs représentants invités à la réunion, dont José Gaddarkhan, président de la Fédération régionale du bâtiment et des travaux publics de Guadeloupe. Il affirme rester disposé à rencontrer les membres du collectif s’ils le souhaitent.

Une médiation pour tenter de sortir de l’impasse ?

Face à cette situation, Jean-Yves Ramassamy, représentant du collectif des socioprofessionnels, a proposé de prendre contact avec Nou Las Palé ainsi qu’avec les responsables politiques du territoire. Son objectif est de réunir les différentes parties autour de la table pour tenter de trouver une issue au conflit.

Cette initiative pourrait ouvrir une nouvelle voie de discussion, alors que les échanges directs entre le collectif et le préfet semblent désormais compromis.

Pour l’heure, deux urgences se font face : les entreprises cherchent des solutions pour limiter les pertes provoquées par les blocages, tandis que Nou Las Palé maintient la pression pour obtenir des réponses à ses revendications.

Au-delà des annonces, la sortie de crise dépendra désormais autant du contenu des mesures proposées que de la capacité des différents acteurs à renouer le dialogue et c’est mal engagé puisque l’absence de certains acteurs du monde économique à cette réunion a également été perçue comme un obstacle à une éventuelle sortie de crise. Pour Jean-Yves Ramassamy, président de l’Union des organisations professionnelles de la Guadeloupe, il est indispensable que l’ensemble des secteurs économiques, les élus et le collectif Nou Las Palé se retrouvent autour de la même table.

L’objectif est de favoriser les échanges entre les différentes parties afin de dégager des solutions et de parvenir, le plus rapidement possible, à une sortie de crise.

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