José Adolfo Macias, chef du gang « Choneros » a été arrêté en Equateur.

Le chef du gang des « Choneros » s’était évadé en janvier 2024 de la prison de Guayaquil, où il purgeait depuis 2011 une peine de 34 ans. Des mutineries et des émeutes avaient éclaté un peu partout dans le pays à la suite de cette évasion, faisant des dizaines de morts. Son arrestation mettra sans doute fin au cycle de violence dans lequel était plongé le pays depuis un an.

Aucun pays d’Amérique Latine n’est épargné par le trafic de drogue et ses conséquences néfastes. Du Mexique à l’Argentine, les pays hispaniques vivent constamment aux rythmes des règlements de compte sous fond de trafic de stupéfiants qui font des milliers de morts chaque année. Autant dire que l’Amérique Latine est l’une des zones les plus dangereuses dans le Monde. Une situation sécuritaire inquiétante qui touche même des pays qui font peu parler d’eux tel que l’Equateur.

Le petit pays andin, peine à endiguer la violence qui gagne l’ensemble de la société. Longtemps épargné ou délaissé par les narcotrafiquants, l’Equateur est devenu l’une des principales plateformes d’exportation de la cocaïne vers les Etats-Unis, l’Europe ou le Brésil. Depuis, le pays est ravagé par la violence des gangs et des narcotrafiquants, avec un chiffre record de 26 meurtres pour 100.000 habitants en 2022, jusqu’à 44,5 meurtres pour 100 000 habitants en 2023. En 2024, on a enregistré un homicide toutes les 1 heure 15 minutes, avec décembre comme mois le plus violent ( 688 morts rien que ce mois.) Pour cette même année, les forces de l’ordre équatorienne ont enregistré environ 6 964 meurtres pour un taux d’homicides à 38,76 pour 100 000 habitants, soit le deuxième plus élevé de l’histoire du pays.

Comme dans l’ensemble de la zone septentrionale de l’Amérique, cette violence est orchestrée par des groupes criminels ou gangs qui s’affrontent dans les rues des principales villes équatoriennes mais aussi à l’intérieur même des prisons. Depuis plus de deux ans, on a dénombré une douzaine de massacres qui ont eu lieu au coeur même des prisons faisant près de 500 morts en 2023. En 2024, les massacres dans les centres de détention se sont poursuivis avec plusieurs événements marquants comme celui d’El Guabo qui a eu lieu le 1er décembre 2024 au cours duquel dix hommes ont été tués, décapités et démembrés par leurs rivaux. Les gangs équatoriens n’ont donc rien à envier à leurs homologues péruviens, colombiens, brésiliens ou encore mexicains qui excellent dans l’art de faire du mal à autrui.

Ce climat de peur généralisée, ainsi qu’un déplacement interne massif de certaines populations vivant dans des zones placées sous la coupe des gangs. Selon les chiffres officiels, près de 80 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays à cause de la violence en 2024, et presque 49 000 étaient encore déplacées à la fin de l’année.

Parmi ces groupes criminels qui pullulent au sein de la société Equatorienne, il y a le cartel de Choneros, un gang ultra-violent qui compterait environ 8000 membres qui a établi des liens avec les puissantes organisations criminelles comme celle de Colombie (Clan del Golfo) et du Mexique (Cartel de Sinaloa) et des réseaux des Balkans, selon l’Observatoire équatorien du crime organisé. Leur chef n’est autre que José Adolfo Macias, 44 ans.

José Aldofo Macias, chef du gang « Choneros ».

Un homme dangereux habitué à s’évader :

Le narcotrafiquant, ancien chauffeur de taxi, « Fito » était devenu l’ennemi public numéro un en Equateur, les autorités le désignant comme un « criminel aux caractéristiques extrêmement dangereuses » après avoir pris la tête en 2020 du cartel de Choneros après la mort violente de son mentor, Jorge Luis Zambrano.

Condamné en 2011 à trente-quatre ans de prison pour crime organisé, trafic de drogue et meurtre. Il exerçait « un contrôle interne important sur la prison » et y bénéficiait d’un « traitement différencié et préférentiel de la part des autorités », avait souligné la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) dans un rapport en 2022. Ventripotent et réputé très charismatique, « Fito » a suivi derrière les barreaux des études de droit jusqu’à obtenir son diplôme d’avocat.

Il s’était évadé en 2013 avec d’autres détenus membres de son gang, avant d’être arrêté au bout de trois mois de cavale.  Pour ce faire, ils avaient traversé en bateau la rivière Daule, qui se trouve à proximité de la prison. En prison, le chef de gang, réputé très charismatique, a même eu le luxe de suivre des études de droit jusqu’à obtenir son diplôme d’avocat.

L’homme avait réitéré l’exploit en janvier 2024 avec la complicité de deux gardiens. Quelques heures après l’annonce de cette évasion, le président de l’Équateur, Daniel Noboa, a décrété l’état d’urgence pour l’ensemble du territoire, y compris dans le système pénitentiaire.

Le nom de «Fito» avait peu auparavant fait la une de la presse après l’assassinat en août 2023 de l’un des principaux candidats à l’élection présidentielle en Équateur. Fernando Villavicencio, ancien journaliste et parlementaire abattu par un tueur à gages colombien, avait fait état peu avant son exécution de menaces de mort de la part du chef des Choneros.

Ainsi, après plus d’un an de cavale, il a été appréhendé ce mercredi 25 juin 2025 dans son fief de Manta, là où il est né en 1979.

En Equateur, les forces de sécurité ont arrêté mercredi 25 juin le narcotrafiquant « Fito », un des plus dangereux criminels du pays en cavale depuis 2024. « Fito », de son vrai nom Adolfo Macías, « est aux mains des forces de sécurité ».

Le trafiquant de drogue Adolfo Macias, alias Fito, surveillé après sa capture à Manta, en Equateur, mercredi 25 juin 2025. — © HANDOUT / AFP

Le ministre de l’Intérieur, John Reimberg, a évoqué dans une vidéo « une opération de 10 heures » menée « avec précision », au terme de laquelle « Fito » a été appréhendé « sans pertes humaines ». Il a été transféré sous haute sécurité vers la base aérienne de Manta, a constaté un correspondant de l’AFP.

Le chef de cartel fait également l’objet d’une demande d’extradition du bureau du procureur de New York qui l’accuse de trafic d’armes et de cocaïne. M. Noboa a indiqué qu’il avait entamé des procédures pour permettre « l’extradition de Fito vers les Etats-Unis ». L’ambassade des États-Unis à Quito a adressé un message de félicitations au pouvoir équatorien, sur X, affirmant que Washington « soutient l’Équateur dans ses efforts pour lutter contre la criminalité transnationale, en faveur de la sécurité de la région ».

Sur cette photo diffusée par l’armée équatorienne, Adolfo Macias, alias « Fito » (centre), est entouré du ministre de la Défense Carlo Loffredo (gauche) et du ministre de l’Intérieur John Reimberg, le 25 juin 2025 à Manta (Equateur) © Handout / Ecuadorean Army/AFP