GBH : trois lettres pour désigner un véritable empire commercial de la distribution. L’oligopole fondé par Bernard Hayot est très souvent accusé d’être l’une des principales causes de la vie chère en Martinique et dans l’ensemble des Outre-mer. Le groupe a publié pour la première fois ses comptes et ils sont plutôt bons. Son bénéfice net recule de 11% en 2024 mais son chiffre d’affaires est en légère hausse.
Son nom : GBH, pour Groupe Bernard Hayot, du nom de son fondateur, un homme d’affaires comme il en existe partout dans le monde. Sauf que, du haut de ses 90 ans, Bernard Hayot est le roi de la distribution, aussi bien en Martinique que dans les autres territoires ultramarins français. Certains diront qu’il a su travailler pour bâtir cet empire qui vacille parfois, mais ne tombe jamais. Cependant, Bernard Hayot est un Béké (blanc créole descendant des colons esclavagistes), membre de la grande famille Hayot. Rappelez-vous : dans une interview datant du début des années 1960, son grand-père avait tenu des propos ouvertement racistes et infantilisants à l’égard de la population afrodescendante, pourtant majoritaire en Martinique.
C’était une autre époque, mais le Martiniquais, devenu richissime après avoir commencé dans la vente de poulets, continue de cristalliser la colère des Martiniquais, tout comme celle des Guadeloupéens, et ce, depuis des décennies. À chaque mouvement social, il est pointé du doigt, comme en 2009, ou plus récemment lors des graves tensions qui ont secoué son île natale entre septembre et novembre 2024. Ces événements ont donné lieu à des pillages, des incendies de magasins, des affrontements avec les forces de l’ordre, ainsi qu’à l’arrestation et la mise en détention de Rodrigue Pétitot, leader du RPPRAC. En six décennies, il a transformé son entreprise en un leader incontournable, au point de faire partie d’un cercle restreint de grands groupes exerçant une mainmise sur le secteur économique dans les Outre-mer.
Alors que nous sommes habitués à voir des milliardaires arrogants et flamboyants parader dans les médias, Bernard Hayot se démarque complètement. Il n’incarne pas l’archétype du milliardaire fantasque. Au contraire, il est discret, mais indéniablement puissant. Au-delà de son conglomérat d’entreprises transnationales et de ses participations dans de grands groupes industriels français, il s’est construit un vaste réseau d’alliances. Ce réseau comprend des personnalités politiques, des journalistes, des entrepreneurs locaux, nationaux et internationaux, ainsi que des membres des différents gouvernements de la Ve République.
Point culminant de sa longue carrière d’entrepreneur : la présence de son propre lobby, EURODOM, au sein de l’Union européenne. Son pouvoir est tel que peu de médias locaux osent s’aventurer à parler de lui. Ceux qui le font sont généralement des médias nationaux basés à Paris, eux-mêmes appartenant à des milliardaires tout aussi influents.

L’oligopole désormais dirigé par le fils, Stéphane, est très souvent accusé d’être l’une des principales causes de la vie chère en Martinique et dans l’ensemble des Outre-mer. Lors des manifestations de Septembre à novembre 2024 menée par le RPPRAC du charismatique Rodrigue Pétitot, GBH était de nouveau sous le feu des projecteurs. Durant une interview pour nos confrères de RCI Martinique, l’héritier de l’Empire béké, a nié la position dominatrice dans les économies ultramarines.
Nous n’avons aucun rôle d’étouffement, notre rôle au contraire, c’est d’être efficace et de répondre aux attentes des clients, aux attentes des consommateurs. Si vous n’êtes pas au rendez-vous de ces attentes, si vous n’êtes pas efficace sur les prix, vous êtes mort, a-t-il finalement défendu.
Selon lui, l’entreprise est loin d’exercer une hégémonie, contrairement à ce que prétendent ses détracteurs. Quant à l’absence de publication des chiffres pendant six ans, il l’explique par l’étroitesse du marché et la forte concurrence qui existerait, tant en Martinique que dans le reste des Outre-mer.
La raison pour laquelle nous ne l’avions pas fait plus tôt, c’est que nous avons fait comme à peu près 80% des entreprises d’outre-mer, nous sommes sur de petits marchés très concurrentiels. Alors que, bien entendu nous déposons nos comptes à l’administration depuis toujours et à tous les services d’enquête chaque fois qu’il y en a eu, et à chaque fois que ça nous a été demandé, nous avons toujours cherché à essayer de ne pas donner trop d’informations à nos concurrents.
Dans une récente interview pour Les Echos, Stéphane Hayot a une nouvelle fois nié la responsabilité de GBH dans la vie chère. Pour lui, elle est même limitée. Il renvoie la faute au coût du transport, du stockage et à l’octroi de mer, une taxe spécifique aux territoires ultramarins.
« une taxe sur les biens importés – d’autre part qui « expliquent que les produits arrivent en magasin 40 % en moyenne plus chers que dans l’Hexagone ».
GBH : un Empire rentable :
Suite à ces manifestations d’ampleur qui avaient généré des émeutes violentes, l’entreprise avait été assigné en novembre 2024 par quatre particuliers, qui l’accusaient de se soustraire à son obligation légale de dépôt de ses comptes annuels, le groupe leader de la grande distribution aux Antilles avait finalement publié ses comptes 2019-2023 peu avant une audience prévue le 24 janvier. Par la suite, GBH avait été sommé par la justice de publier ses comptes annuels avant le 13 février, date d’une audience au tribunal mixte de commerce de Fort-de-France (Martinique).
Il s’y est plié ! Stéphane Hayot, directeur général de GBH, a indiqué, ce mardi (24 juin), au journal France-Guyane, qu’il s’agissait là d’une « démarche de transparence » conforme « aux engagements » du groupe.
Ainsi, pour l’exercice 2023, son bénéfice qui atteint 227,4 millions d’euros, affiche une hausse de 11%. Le chiffre d’affaires du groupe s’élève quant à lui à plus de 4,945 milliards d’euros, en progression de plus de 8% par rapport à 2022. Dans le même temps, pour l’exercice 2024, son chiffre d’affaires dépasse les 5 milliards d’euros, en hausse légère de 1 % selon des documents déposés le 12 juin au greffe de Fort-de-France.
Malgré cette baisse de bénéfice, GBH reste très rentable : sa marge brute d’exploitation dépasse les 10 %, soit plus du double de celle du géant Carrefour (environ 5 %).
Toutefois, la distribution ne représente qu’une partie de ses activités. Le groupe tire près de la moitié de ses revenus de l’automobile (vente, location, pièces détachées) et de secteurs diversifiés comme le rhum et l’agroalimentaire.
Cependant, basé en Martinique, où il concentre les critiques, GBH n’y réalise que 16 % de son chiffre d’affaires. Le reste de son activité se répartit en Guadeloupe (15 %), à la Réunion (35 %), et à l’international (32 %).
