Né en 1866 en Guadeloupe, le médecin Joseph Vitalien a marqué l’histoire en devenant le conseiller et médecin personnel de l’empereur Ménélik II en Éthiopie. Figure engagée, il a joué un rôle clé dans les relations franco-éthiopiennes, tout en défendant toute sa vie les causes des Noirs et des anciens esclaves.
Le docteur Joseph Vitalien naît en 1868 au Moule, en Guadeloupe, vingt ans après l’abolition de l’esclavage. Fils de maçon, marqué par l’héritage de cette histoire, il se consacrera toute sa vie à la défense des intérêts des Noirs. Ami d’enfance d’Hégésippe Légitimus, futur député socialiste de la Guadeloupe, il partage ses idéaux d’émancipation et de justice sociale.
Après avoir quitté la Guadeloupe en 1887, Vitalien obtient une bourse d’études et soutient en 1897 sa thèse de médecine à Paris. Il exerce deux ans en Bourgogne, puis s’engage pour l’Afrique en 1899. Médecin de la Compagnie impériale d’Éthiopie, il installe un service sanitaire à Djibouti et participe à la création du premier hôpital de la ville. Très vite, son talent attire l’attention du ras Makonnen, qui le présente à l’empereur Ménélik II. Vitalien devient alors médecin et conseiller du souverain.

De 1902 à 1910, il joue un rôle central en Éthiopie : il supervise notamment la construction de l’hôpital français d’Addis-Abeba, conseille le Negus sur les questions de santé et de diplomatie, et devient un relais officieux de la France auprès de la cour impériale. Sa proximité avec Ménélik II lui permet de peser sur le dossier stratégique du chemin de fer Djibouti–Addis-Abeba : en 1908, il obtient la concession ferroviaire au profit de la France, écartant les ambitions italiennes et anglaises.
Mais sa position suscite jalousies et rivalités diplomatiques. Lorsque Ménélik est frappé d’une paralysie en 1909, Vitalien rentre en France. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur, mais sa carrière politique en Guadeloupe échoue à plusieurs reprises. Installé à Paris, il dirige entre 1915 et 1919 le Foyer colonial des combattants, destiné à accueillir les soldats venus des colonies pendant la Première Guerre mondiale. Il s’engage aussi dans la défense des prisonniers et dans l’amélioration des prothèses orthopédiques.
Jusqu’à sa mort en 1938, Joseph Vitalien entretient des liens étroits avec l’Éthiopie, mobilisant ses réseaux politiques et francs-maçons pour soutenir son indépendance. Médecin, diplomate officieux et humaniste, il demeure l’un des artisans majeurs de l’amitié franco-éthiopienne. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
