Vaccin AstraZeneca : une Barbadienne attaque son gouvernement en justice

Une citoyenne barbadienne a engagé une procédure judiciaire contre son gouvernement après avoir développé de graves complications de santé à la suite de deux injections du vaccin AstraZeneca contre la Covid-19 en 2021. Cette affaire, présentée comme une première devant la Cour suprême de la Barbade, pourrait ouvrir un important débat sur la responsabilité des États, l’indemnisation des victimes d’effets indésirables graves et les mécanismes de compensation mis en place après les campagnes de vaccination contre la pandémie.

Une affaire inédite secoue actuellement la Barbade. Une citoyenne a décidé de poursuivre son propre gouvernement devant la Cour suprême après avoir développé de graves problèmes de santé à la suite de sa vaccination contre la Covid-19 avec le vaccin AstraZeneca. Derrière ce dossier individuel se dessine une question bien plus vaste : que se passe-t-il lorsqu’un citoyen estime avoir été victime d’un effet secondaire grave après avoir répondu à l’appel des autorités sanitaires durant la pandémie ?

Selon les documents judiciaires déposés devant la Cour suprême de la Barbade, la plaignante, qui menait auparavant une vie active et ne souffrait d’aucun problème de santé particulier, a reçu une première dose du vaccin AstraZeneca le 23 avril 2021 puis une seconde injection en juin de la même année.

Quelques semaines plus tard, son état de santé se dégrade brutalement.

Une importante ecchymose apparaît sous son genou droit, accompagnée de douleurs intenses. D’autres symptômes suivent rapidement : essoufflement, douleurs thoraciques, fatigue persistante et apparition de bleus sur différentes parties du corps. Son état nécessite plusieurs consultations médicales et des examens spécialisés en hématologie.

Selon la plainte, les investigations menées par les autorités sanitaires barbadiennes auraient conclu à une réaction potentiellement liée à la vaccination. Des analyses réalisées par le Barbados Reference Laboratory ainsi que par l’équipe de pharmacovigilance du Barbados Drug Service auraient mis en évidence des troubles de la coagulation compatibles avec certains effets secondaires rares associés au vaccin AstraZeneca.

Le diagnostic final évoque notamment un cas suspect de vascularite, une inflammation des vaisseaux sanguins apparue après l’administration de la seconde dose du vaccin.

Une bataille contre le silence administratif

Mais au-delà des complications médicales, c’est surtout la réaction des autorités qui est aujourd’hui au cœur du contentieux.

Entre janvier 2022 et juillet 2023, la plaignante affirme avoir adressé pas moins de cinq courriers aux autorités gouvernementales afin de signaler sa situation et solliciter une prise en charge.

Si certains de ses courriers ont bien été accusés réception par les services du Premier ministre, aucune aide concrète ne lui aurait été apportée.

Selon les documents déposés devant la justice, les autorités lui auraient pourtant assuré que des mécanismes spécifiques existaient pour accompagner les personnes souffrant d’effets secondaires graves dans le cadre du programme national de vaccination contre la Covid-19.

Pour la plaignante, ces dispositifs n’ont jamais dépassé le stade des promesses administratives.

Aujourd’hui encore, elle affirme souffrir de troubles de la coagulation, d’un essoufflement chronique et d’une fatigue importante qui affectent sa capacité à travailler normalement.

Photo source : Pan American Health Organization

L’État accusé de négligence :

Représentée par l’avocat constitutionnaliste Larry Smith, la plaignante a décidé de porter l’affaire devant les tribunaux.

Sa stratégie juridique repose sur deux axes principaux.

D’une part, elle accuse le gouvernement de négligence pour ne pas avoir mis en place un accompagnement suffisant pour les personnes ayant développé des complications graves après leur vaccination.

D’autre part, elle invoque la législation relative à la protection des consommateurs, estimant que le vaccin administré ne répondait pas aux garanties de sécurité auxquelles elle pouvait légitimement s’attendre.

La procédure vise officiellement le procureur général de la Barbade, représentant légal de l’État dans les affaires civiles.

La plaignante réclame des dommages et intérêts pour les souffrances subies, la perte de revenus liée à son incapacité de travail, ainsi que le remboursement de ses frais de justice.

Un précédent pour la Caraïbe ?

Au-delà du cas personnel de cette femme, cette affaire pourrait créer un précédent juridique dans la région.

Durant la pandémie, les gouvernements caribéens ont massivement encouragé la vaccination afin de protéger leurs populations face à la Covid-19. Mais plusieurs années après la crise sanitaire, la question de l’indemnisation des personnes estimant avoir subi des effets secondaires graves reste largement absente du débat public.

L’affaire barbadienne pourrait ainsi relancer les discussions sur la responsabilité des États, les mécanismes de compensation et la prise en charge des victimes potentielles d’effets indésirables rares.

Alors que le dossier se trouve actuellement au stade de la gestion de procédure devant la Cour suprême, son issue pourrait être suivie de près dans toute la Caraïbe.

Car au-delà de la question vaccinale, ce procès pose une interrogation fondamentale : lorsqu’un citoyen subit un dommage qu’il attribue à une politique publique de santé, qui doit en assumer les conséquences ?

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