Steeve Rouyar est un entrepreneur guadeloupéen installé au Togo depuis quelques mois. Une nouvelle vie qui a bien mal commencé puisque l’homme a été arrêté à Lomé le 6 juin dernier, alors qu’il participait à des manifestations contre le pouvoir en place. Accusé de « troubles à l’ordre public » et de « complot contre l’État », il n’a plus donné signe de vie, plongeant sa famille dans l’angoisse. Il est détenu dans la pire prison de Lomé. Ses proches et plusieurs élus de Guadeloupe se mobilisent pour qu’il soit libéré mais pour le moment, aucune action officielle du Quai d’Orsay n’a été faite.
Steeve Rouyar, originaire d’Anse-Bertrand en Guadeloupe, avait quitté son île natale il y a quelques mois pour s’installer au Togo, où il montait un cabinet d’expertise-comptable. Mais son projet a brutalement été interrompu : le 5 ou 6 juin, il aurait participé à des manifestations à Lomé, organisées par l’opposition pour protester contre la hausse des tarifs électriques et une réforme constitutionnelle controversée renforçant les pouvoirs du président Faure Gnassingbé.
Tout a commencé, en avril 2024, lorsqu’une nouvelle constitution a instauré la fonction de Président du Conseil des ministres sans limitation de mandat, perçue comme un moyen pour Faure Gnassingbé président depuis 2005 de prolonger son pouvoir. Loin d’être un simple président qui veut se faire réélire, c’est l’héritier d’un régime dictatorial instauré par le père, Gnassingbé Eyadéma, président du Togo de 1967 à sa mort en 2005 et un des rouages les plus importants de la France-Afrique. Comme tout bon président Africain, il se maintien au pouvoir grâce à des stratagèmes comme des modifications de Constitution, de traque des opposants, surveillance de la population, de corruption des électeurs, et contestation de résultats lors des différentes élections présidentielles. Si bien qu’il a été réélu en 2010, 2015 et 2020. Des scrutins largement critiqués pour le manque de transparence. Impossible de se représenter à une élection prévue en 2025, le président Faure Gnassingbé a donc fait modifier la Constitution pour que son pays passe d’un régime présidentielle à un régime parlementaire avec, bien entendu lui à la tête de ce Parlement sans limitation de mandat. Le tout passant par la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel. Le Président de la République devient donc un titre honorifique occupé par Jean‑Lucien Savi de Tové, élu indirectement par le Parlement. Faure Gnassingbé devient le 3 mai 2025, Président du Conseil des ministres, le chef de l’exécutif disposant désormais de pouvoirs étendus et sans limites de mandat.

Des changements que la société civile togolaise n’accepte pas. En effet, depuis, le petit pays francophone d’Afrique de l’Ouest est secoué par une contestation populaire, décuplée par l’augmentation du coût de la vie, faite de grève générale, de marches pacifiques qui tournent régulièrement en émeutes violemment réprimées par les forces de sécurité qui selon Amnesty International, n’hésitent pas à user de la violence comme des tirs en balles en caoutchouc ou à balles réelles sur les manifestants et même des enlèvements, de la torture dans les prisons où croupissent les milliers d’opposants. D’ailleurs, selon Reuters, les corps de sept personnes ont été retrouvés dans différents points de Lomé, la capitale.
Quelles démarches pour sa libération ?
Evidemment, pour revenir à Steeve Rouyar, on pourrait se demander, comment un Guadeloupéen fraichement débarquer dans ce pays a t-il pu participer à des manifestations interdites par les autorités politiques ? Est-il bien plus qu’un simple citoyen français venu investir au Togo qui s’est retrouvé pris dans une vague de répression ? Ou est-il clairement un militant politique opposé à la politique de la famille Gnassingbé ?
À Anse-Bertrand, où il a grandi, l’inquiétude est toujours palpable. Ses proches espèrent des nouvelles rassurantes dans les plus brefs délais, mais les communications sont rares. Pour l’heure, aucune information précise n’a filtré sur les conditions de sa détention ni sur une éventuelle comparution devant un tribunal.
En général, lorsqu’un citoyen Français est kidnappé ou simplement détenu dans un pays étranger, c’est la diplomatie française qui est souvent sollicitée. On ignore pour l’instant si les autorités consulaires sont intervenues mais toujours est-il, le milieu politique Guadeloupéen s’active. Le député Max Mathiasin a interpellé, dans un courrier daté du 19 juin 2025, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Il lui a demandé « de bien vouloir l’informer, et informer également la famille, sur les démarches entreprises par vos services pour s’assurer de l’état de santé de Monsieur Rouyar et du respect de ses droits. » Par la même occasion, il demande au chef de la diplomatie française de faire libérer Steeve Rouyar dans les plus brefs délais.
De son côté, à travers son courrier rendu public, la conseillère régionale de Guadeloupe, Sylvie Chammougon-Anno demande l’intervention d’Emmanuel Macron, de son gouvernement et aux parlementaires et élus guadeloupéens de tout mettre en oeuvre pour le faire libérer le Guadeloupéen.

