Cancer du col de l’utérus : les conseils d’une spécialiste en Guadeloupe

Cancer du col de l'utérus : les conseils d'une spécialiste en Guadeloupe. Photo : Linsay Boraton

Le cancer du col de l’utérus peut être évité grâce au dépistage et à la vaccination contre le HPV. Pourtant, chaque année, des femmes sont encore touchées par cette maladie. Dépistage, vaccin HPV, idées reçues : le Dr Anne-Claire Aurore, médecin pathologiste au CHU de la Guadeloupe et référente du dépistage du cancer du col de l’utérus au CRCDC, répond aux questions essentielles.

Chaque année, des milliers de femmes apprennent qu’elles sont atteintes d’un cancer du col de l’utérus. Pourtant, cette maladie est l’une des rares que l’on peut presque entièrement prévenir grâce au dépistage et à la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV). À l’occasion de Juin Vert, le mois consacré à la sensibilisation, les professionnels de santé rappellent qu’un simple examen peut sauver une vie.

Longtemps silencieux, le cancer du col de l’utérus évolue le plus souvent sans provoquer de symptômes à ses débuts. C’est précisément ce qui le rend particulièrement redoutable. Lorsque surviennent des saignements inhabituels, des douleurs ou d’autres signes cliniques, la maladie est parfois déjà à un stade avancé.

Pourtant, dans l’immense majorité des cas, ce cancer peut être évité.

À l’origine de près de 95 % des cancers du col de l’utérus, le papillomavirus humain (HPV) est un virus extrêmement fréquent, transmis principalement lors des rapports sexuels. La plupart des femmes et des hommes y seront exposés au moins une fois au cours de leur vie, souvent sans le savoir. Le plus souvent, l’organisme élimine naturellement le virus. Mais chez certaines personnes, l’infection persiste pendant plusieurs années et peut entraîner l’apparition de lésions précancéreuses, puis d’un cancer.

C’est tout l’intérêt du dépistage. Réalisé régulièrement, il permet de détecter ces anomalies avant qu’elles n’évoluent vers un cancer. Identifiées suffisamment tôt, elles peuvent être traitées efficacement.

Autre arme essentielle : la vaccination contre le HPV. Recommandée chez les adolescentes et les adolescents avant le début de la vie sexuelle, elle protège contre les principaux papillomavirus responsables de la maladie. Associée au dépistage, elle constitue aujourd’hui le moyen le plus efficace de réduire durablement le nombre de nouveaux cas.

En Guadeloupe, cette problématique de santé publique revêt une importance toute particulière. Selon les données officielles, l’archipel enregistre 8,7 nouveaux cas pour 100 000 femmes chaque année, contre 6,6 pour 100 000 dans l’Hexagone. D’après le Centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC Guadeloupe), environ 30 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année sur le territoire et près d’une dizaine de femmes en décèdent, alors que la plupart de ces cancers pourraient être évités grâce à la prévention et au dépistage. Le taux de survie nette à cinq ans y est également plus faible : 57 %, contre 63 % dans l’Hexagone.

En Guadeloupe, le dépistage organisé est coordonné par le Centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC Guadeloupe).

Depuis 2020, les recommandations nationales ont évolué afin d’améliorer encore l’efficacité du dépistage :

  • entre 25 et 29 ans, le dépistage repose sur un examen cytologique (frottis) ;
  • entre 30 et 65 ans, le test HPV est privilégié, car il est plus performant pour détecter les infections à risque.

L’objectif est de repérer les anomalies avant qu’elles ne deviennent cancéreuses.

La vaccination progresse

La vaccination contre le HPV est recommandée chez les filles comme chez les garçons, idéalement entre 11 et 14 ans, avec un rattrapage possible jusqu’à 19 ans, voire au-delà dans certaines situations.

Comme dans de nombreuses régions françaises, la Guadeloupe poursuit ses efforts pour améliorer la couverture vaccinale. Les campagnes de sensibilisation, notamment dans les collèges, visent à mieux informer les familles et à favoriser l’adhésion à la vaccination.

À l’occasion de Juin Vert, les professionnels de santé redoublent d’efforts pour rappeler l’importance de la prévention. Leur objectif est simple : informer, déconstruire les idées reçues et encourager un plus grand nombre de femmes à participer au dépistage organisé.

Car derrière les statistiques se cachent des vies. Des mères, des filles, des sœurs, des amies. Face à un cancer largement évitable, chaque dépistage réalisé et chaque vaccination constituent une chance supplémentaire de sauver une vie.

Le message des médecins est sans équivoque : le meilleur traitement contre le cancer du col de l’utérus reste encore de l’empêcher d’apparaître.

À l’occasion de Juin Vert, The Link Fwi est allé à la rencontre du Dr Anne-Claire Aurore, médecin pathologiste au CHU de la Guadeloupe et référente du dépistage du cancer du col de l’utérus au CRCDC Guadeloupe. Elle répond à nos questions sur le HPV, le dépistage, la vaccination et les enjeux de prévention dans l’archipel.

Docteur Anne-Claire Aurore, merci de nous recevoir  au CRCDC de la Guadeloupe. Pouvez-vous nous parler un peu de l’association ? Quel est son objectif ? Quelles sont ses missions ?

Dr Anne-Claire Aurore : Bonjour, merci à vous de me donner la parole. Alors, le CRCDC, pour Centre régional de coordination des dépistages, des cancers de la Guadeloupe Saint-Martin et  Saint-Barthélemy. C’est une association qui a été créée en 2004. Au début, elle s’appelait Agwadek qui était connue de beaucoup de femmes parce qu’elle a mis en place le dépistage organisé du cancer du sein Puis après le dépistage du cancer colorectal et dernièrement le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus. 

Justement, nous sommes aujourd’hui dans vos locaux par rapport au mois juin vert, consacré au dépistage et à la prévention du cancer du col de l’utérus. C’est vrai que c’est l’un des rares cancers que l’on peut prévenir.  Comment expliquer qu’il continue pourtant à faire des victimes ?

 Dr Anne-Claire Aurore : effectivement, c’est un cancer évitable, il est lié à un virus qui s’appelle le papillomavirus humain, son abréviation c’est HPV et c’est pour ça qu’on dit que c’est un cancer vu que le virus peut se détecter au cours d’un examen qu’on appelle le frotti et qui est remboursé par la sécurité sociale à 100 % pour les femmes de 25 à 65 ans.

Peut-on dire aujourd’hui qu’aucune femme ne devrait mourir d’un cancer du col de l’utérus si elle bénéficie d’un suivi régulier ?

Dr Anne-Claire Aurore : Oui ! on peut le dire vraiment. Je pense qu’on peut le dire parce qu’il y a le dépistage organisé qui permet de prévenir les lésions. Il faut savoir aussi que l’HPV prend plusieurs années pour se développer, cela peut aller jusqu’à dix ans de développement. Vous comprenez la raison qui fait que l’on peut le détecter et suivre les lésions. On peut éviter en fait l’apparition du cancer. De plus, il y a un vaccin qui existe, que l’on appelle gardasil C’est un vaccin anti-hpv. Il est recommandé, pas obligatoire, recommandé chez 
les enfants entre 11 et 14 ans avec un rattrapage jusqu’à 26 ans chez les adultes et il a une très grande efficacité. Avec tout ça, oui, on peut dire que c’est un cancer évitable.

Selon les chiffres, en Guadeloupe, il y a 8,7 nouveaux cas pour 100 000 femmes par an en Guadeloupe contre 6,6 en métropole Environ 79 nouveaux cas diagnostiqués chaque année Près de 30 décès évitables par an Une survie nette à 5 ans de 57 % contre 63 % dans l’Hexagone. Pourquoi notre territoire est-il aussi concerné par le cancer du col de l’utérus ?

 Dr Anne-Claire Aurore : Il y a plusieurs questions dans votre question. Je vais donc décortiquer un peu. Je ne connais bien les chiffres…

8,7 nouveaux cas pour 100 000 femmes.

Dr Anne-Claire Aurore : si je ne me trompe pas, en Guadeloupe on a trente nouveaux cas par an et dix décès. Avant cela, il y a l’incidence du cancer, c’est l’apparition  de la maladie à l’instant T. L’incidence va être plus élevée qu’en France Hexagonale parce qu’il y a peut-être moins de suivi, il y a peut-être moins de dépistage. Il est moins important ici que dans l’Hexagone. Du coup, comme on dépiste moins les lésions avant le cancer forcément, il y a un peu plus de cancer. Par ailleurs, la vaccination existe depuis à peu près les années 2010, donc 2000 2010. Nous sommes en 2026, en France, on a seize ans de recul, sachant que la vaccination n’est pas obligatoire mais recommandée depuis 2000. Or, il y a des pays qui vaccinent leur population depuis plus longtemps et l’on voit un recul net des cancers du col de l’utérus. Ainsi, pour ce qui est de la Guadeloupe, on commence tout juste voir les résultats de cette vaccination. D’autant que chez nous, il y a des réticences, de la méfiance et un manque d’informations, donc il y a eu un peu de retard lorsque le vaccin est sorti, raison pour laquelle le constat est plus tardif que dans certains pays.

Cancer du col de l’utérus : les conseils d’une spécialiste en Guadeloupe. Photo : ELMS Photography ( Emrick LEANDRE)

En Guadeloupe, selon les chiffres, le taux global de participation au dépistage était de 26,4 % contre 45,1 % au niveau national,  le dépistage reste-t-il insuffisant et quelles en sont les conséquences concrètes sur la santé des femmes ?

Dr Anne-Claire Aurore : Si vous me le permettez, je voudrais corriger, chiffres en fait 25 et 45, ce sont les dépistages qu’on appelle les dépistages organisés, mais en réalité les dépistages organisés c’est une femme qui va venir au laboratoire ou voir son médecin traitant et dira « Je vais faire le dépistage organisé ». A ce propos, c’est pris en charge à 100 % par la  sécurité sociale. Puis il y a ce qu’on appelle le dépistage individuel qui consiste à ce que la patiente vienne d’elle-même pour faire son frottis et elle est remboursée selon les modalités de la sécurité sociale. Il est important pour moi de le souligner car, les 25 et 45, c’est que la partie organisée. Quand on prend tout le dépistage, on arrive à 56% en Guadeloupe, ce qui est très bien quand on sait qu’en France Hexagonale, on est à 60%. Ces trois dernières années, nous avons axé nos efforts sur le dépistage et il a bien progressé.

La peur, la pudeur ou le manque d’information constituent-ils encore des freins majeurs au dépistage ?

Dr Anne-Claire Aurore : A vrai dire, je dirais qu’il y a un manque d’informations, sur le frottis en lui-même qui est un examen qui est complètement indolore. Il s’agit d’un écouvillon en forme de spéculum que l’on fait entrer au niveau vaginal sur la patiente qui elle, se trouve en position gynécologique, allongée. Cet écouvillon nous permet de regarder le col de l’utérus. Avec la tige on peut recueillir des cellules mais c’est complètement indolore. Après, est-ce qu’il y a un manque d’informations ou une peur ? Ou est-ce que les personnes ont un manque de temps pour faire l’examen, alors qu’il est très simple, il prend que cinq minutes, sans doute.

Et est-ce qu’on peut rajouter les croyances un peu locales qui font que les femmes ne vont pas forcément se faire dépister ?

  Dr Anne-Claire Aurore : Peut-être, j’ai tendance à croire qu’on évolue sur ça, de plus en plus. Justement, les femmes sont nombreuses à faire le dépistage du cancer du sein qui existe depuis 2004, soit depuis plus de vingt ans. Bien que ça ne soit pas tout à fait les mêmes tranches d’âge, le cancer du sein c’est de 50 à 74 ans, mais une femme va automatiquement le faire, c’est entré dans les moeurs si je peux dire cela ainsi. Pour ce qui est du cancer du col de l’utérus, on touche les femmes de 25 ans et sans doute, le fait qu’elles soient jeunes, elles n’ont pas forcément l’envie ou l’idée d’aller chez le gynécologue se faire dépister pour chercher un cancer. A cet âge, on se dit  » je suis jeune, je ne suis pas malade, » mais je souligne que si nous choisissons cette tranche d’âge c’est parce que ce cancer touche justement les femmes jeunes.  

A ce titre, où est-ce qu’elles peuvent se faire dépister ?

Dr Anne-Claire Aurore : Chez un gynécologue, chez le médecin traitant, chez la sage-femme, au laboratoire d’anatomo-pathologique, dans 
certains laboratoires de biologie aussi. Il y a pas mal d’endroits où on peut faire un frotti de dépistage.

Cancer du col de l’utérus : les conseils d’une spécialiste en Guadeloupe. Photo : ELMS Photography ( Emrick LEANDRE)

La Guadeloupe dispose-t-elle aujourd’hui de tous les moyens nécessaires pour lutter efficacement contre le cancer du col de l’utérus ?

Dr Anne-Claire Aurore : Oui, ne vous inquiétez pas. Les examens se font en Guadeloupe. La lecture des frottis également en plus elle est réalisée par des anatomopathologistes, des médecins pathologistes qui vont lire le frottis au microscope, qui vont rechercher les petites cellules anormales et la détection de l’HPV se fait aussi en Guadeloupe dans le laboratoire de biologie ou au laboratoire d’anatomie pathologique.

Dans cette interview, vous parlez du papillomavirus humain, mais quels sont les symptômes ? Comment on le voit ?

Dr Anne-Claire Aurore : Alors premièrement, on ne le voit pas. A la différence des autres virus qui se développent dans le sang, il s’agit d’un virus qui va se développer dans les tissus. Ce qui veut dire, qu’on ne peut pas faire de prise de sang pour aller regarder si on a l’HPV. C’est donc pour cela que va aller au niveau du tissu, au niveau vraiment du col utérin. Et pour répondre à votre question, il n’y a pas de symptômes jusqu’à ce qu’il y ait des lésions. Une femme qui développe le HPV peut avoir des saignements lors des rapports sexuels, ça peut être aussi des saignements spontanés. Elle peut avoir une gène mais il n’y a pas vraiment de symptômes parce que c’est vraiment quelque chose de très localisée.

Mais comment on le développe ?

Dr Anne-Claire Aurore : c’est un virus qu’on va  appeler sexuellement transmissible, il va donc se transmettre lors des rapports sexuels. Il faut savoir que 90% de la population va être touchée par ce virus vu qu’il est hautement transmissible, sachant que le préservatif ne protège voire peu pas de la transmission. Il diminue le risque mais très peu. Il va se transmettre très facilement mais que le système immunitaire qui va s’en débarrasser et l’éliminer lui-même. Toutefois, l’HPV va se développer chez une infime partie des personnes qui auront 
été en contact avec ce virus et qui vont développer des lésions. Par contre, je tiens à souligner que les hommes aussi peuvent attraper le papillomavirus et développer des cancers liés à HPV qui sont des cancers de  la gorge, des cancers donc des cancers de la sphère ORL en fait euh et des et des cancers de la  sphère génitale aussi. Donc des cancers du pénis, des cancers de l’anus, Cependant, il n’y a pas de dépistage organisé pour les cancers liés à HPV chez les hommes parce qu’ils sont plus rares.

Rencontrez-vous encore des patientes qui découvrent leur cancer à un stade avancé alors qu’il aurait pu être détecté plus tôt ?

  Dr Anne-Claire Aurore : Malheureusement, ça existe toujours. Des patientes qui viennent nous voir alors qu’elles sont déjà au stade de cancer, c’est-à-dire qu’elles vont faire le frottis ou qu’elles ont déjà des symptômes. Elles vont consulter pour un symptôme, elles vont consulter pour un symptôme et on tombe sur un cancer du col de l’utérus.

Ah mince, toujours ?

Dr Anne-Claire Aurore : Oui, toujours.

La vaccination contre le papillomavirus fait parfois l’objet de méfiance. Les craintes exprimées par certains parents ou patientes sont-elles fondées scientifiquement et que répondez-vous aux personnes qui considèrent que la vaccination HPV ?

Dr Anne-Claire Aurore : Alors pour être honnête oui, ça arrive très souvent. Cependant, on a souvent un discours très adapté parce qu’en fait on doit concilier entre, justement, essayer de comprendre les méfiances et essayer d’expliquer scientifiquement vraiment l’efficacité du vaccin et montrer grâce aux expériences que l’on voit dans les autres pays notamment la Nouvelle-Zélande, l’Irlande, Australie, Royaume-Uni, Etats-Unis, Europe du Nord où il y a des vaccinations obligatoires ou recommandées qu’il y a de vrais résultats. Aujourd’hui, elle est est recommandée pour les enfants de 11 à 14 ans et comme ce sont des mineurs, la décision revient aux parents de vacciner ou non leur enfant sachant qu’en le faisant, celui-ci pourra avoir la vie sauve une fois qu’ils seront adultes. Après, je peux comprendre que ça ne soit pas évident puisque parler de vaccin HPV revient à aborder la question des rapports sexuels, ce qui j’admet est une question très intime, qu’on a possiblement du mal à faire avec sa progéniture. Je comprends qu’il faille laisser les parents et les adolescents faire le cheminement d’eux-mêmes pour comprendre les enjeux de la vaccination HPV.

Docteure Aurore, si une femme qui n’a jamais réalisé de dépistage nous regarde aujourd’hui, quel message souhaiteriez-vous lui adresser pour la convaincre de franchir le pas ?

Dr Anne-Claire Aurore : je lui dirais qu’il faut se choisir et prendre le temps de faire ce qui est bon pour soi et qu’aller faire  un dépistage du cancer du col de l’utérus c’est faire le bon choix pour soi et ce peu importe le résultat. Donc, de ne pas hésiter à le faire.

Dr Aurore merci d’avoir répondu à nos questions.

Dr Anne-Claire Aurore : c’est moi qui vous remercie.

Cancer du col de l’utérus : les conseils d’une spécialiste en Guadeloupe. Photo : ELMS Photography ( Emrick LEANDRE)

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