Dans la tête d’Eliette Lesuperbe icône de la mode guadeloupéenne 

Eliette Lesuperbe : 30 ans de Haute couture made in Guadeloupe. Crédit Photo : ELMS Photography( Emrick LEANDRE)

Depuis plus de 30 ans, Eliette Lesuperbe impose la haute couture guadeloupéenne sur les podiums du monde. Entre matières nobles et identité caribéenne affirmée, elle incarne l’élégance et la créativité d’une île tournée vers l’international. De son atelier des Abymes aux podiums internationaux, Eliette Lesuperbe est la papesse de la mode made in Guadeloupe.  

Eliette Lesuperbe, bonsoir, c’est un honneur pour moi de te recevoir dans notre concept “ Rencontre avec “ tourné au Karukera Café. Il est vrai que depuis plusieurs mois nous discutons à travers les réseaux sociaux, que nous parlons d’interview, c’est chose faite. Mais avant tout, qui es-tu ? Peux-tu te présenter à nos téléspectateurs et téléspectatrices ? 

Eliette Lesuperbe : merci pour cette invitation. C’est vrai que ça fait un  moment qu’on se dit qu’il faudrait qu’on se pose pour faire cette interview, nous y sommes.  

Il est vrai qu’entre tes créations, les défilés et les voyages, tu es une personne très occupée. Avant tout, qui es-tu ? Peux-tu te présenter à nos téléspectateurs et téléspectatrices ? 

Eliette Lesuperbe : Je suis née à Pointe-à-Pitre, de parents des Abymes et de Morne-à-L’Eau. Que puis-je dire d’autre ? Si je devais me présenter, comme tu l’as mentionné, je suis Eliette Lesuperbe, ce sont mes vrais prénoms et noms.  

Ils ne sont pas ajoutés comme tant de créateurs/créatrices font ?  

Eliette Lesuperbe : Je suis née avec ce nom et ce prénom.  

Pour celles et ceux qui ne te connaitraient pas, tu es créatrice de mode, modéliste et styliste, est-ce bien ce que l’on dit ?  

Tu n’es donc pas autodidacte. Tu as étudié ces domaines mais avant que nous abordions cette étape de ta vie. Peux-tu nous parler de ton enfance ?Tu nous a dit que tu es née à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe mais justement quelles sont les valeurs qui t’ont bercée, qui ont fait de toi la femme que tu es aujourd’hui ?  

Eliette Lesuperbe : Comme tous les parents de cette époque, les miens étaient attachés aux valeurs du respect. Ils étaient assez durs. J’ai reçu une éducation à la dure. A l’ancienne comme on dit.  

Peux-tu nous raconter votre premier contact avec la mode et son industrie. D’ailleurs, d’où vient cette passion ? 

Eliette Lesuperbe : Quand j’étais petite, j’étais une enfant assez solitaire mais je dessinais beaucoup. Par contre, j’ai toujours aimé la mode. Enfant, déjà, je créais déjà des petites choses Je regardais les magazines ainsi que les catalogues spécialisés. A vrai dire, J’ai toujours été passionnée par ça, le dessin, les tissus. A cette période, aux Antilles, les mamans savaient coudre. En tout cas, la mienne savait y faire. Elle nous confectionnait nos vêtements et moi, je la regardais faire, au point que c’est cette que j’ai choisie.  

Est-ce donc une influence familiale ?  

Eliette Lesuperbe : Oui et non. Comme je disais, j’aimais beaucoup de choses et la confection de vêtement en fait partie.  

Au début de cette interview, tu nous as parlé de tes études de mode à Paris, quels ont été les plus grands apprentissages durant cette période fatidique à Paris ? Déjà comment as-u décidé d’en faire ton métier à plein temps ?  

Eliette Lesuperbe : Mon choix de carrière ne s’est pas fait aussi facilement. J’ai dû convaincre et bataillé pour l’imposer, non pas à mes parents mais à mes professeurs. Comme je le soulignais, quand on est enfant, on est intéressé par un certain nombre de choses. Me concernant, j’étais intéressée par la couture mais aussi par l’art. J’étais intéressée par tout ce qui a trait à l’art. J’aimais tout ce qui était manuel. De plus, quand on est solitaire et introverti comme je le suis jusqu’à présent, on trouve toujours quelque chose à faire. On ne s’ennuie jamais. (rires). D’autant que mes frères et soeurs étaient plus grands, j’étais la plus jeune, par exemple, ma soeur qui est avant moi à neuf ans de plus que moi. La mode a été plus qu’un exutoire. Je feuilletais les catalogues et les magazines axés sur le domaine et je pense que j’ai été influencée par tout ce que je voyais. J’étais très créative. J’imaginais plein de choses. Par exemple, j’ai toujours aimé regarder les dessins animés.  

Tu regardais Bugs Bunny ?  

Eliette Lesuperbe : Je regardais tous les dessins animés qui pouvaient stimuler mon imagination.  

Tu as été au Lycée Baimbridge, peux-tu nous parler de cette période de ta vie ?  

Eliette Lesuperbe : Le choix des études de mode ne s’est pas fait aussi vite bien que je savais déjà où je voulais travailler, dans la mode. Cependant, mon choix n’a pas été simple, non pas parce que mes parents refusaient que je le devienne mais il faut dire que je n’avais que quatorze ans quand j’ai intégré le Lycée de Baimbridge. 

Ah bon ? Tu avais déjà ton Brevet pour y prétendre ? 

Eliette Lesuperbe : En fait ce qui s’est passé, comme je savais déjà où je voulais m’orienter, j’ai postulé pour aller dans le Lycée Baimbrique. Toutefois, ma professeure de mathématiques qui était aussi ma professeure principale était complètement contre. Cette dame voulait même dissuader mes parents d’accepter mon envie de m’investir dans ce milieu. Selon elle, j’étais une trop bonne élève pour intégrer un lycée à vocation professionnelle. A mon époque, la voie professionnelle était mal vue. Ceux qui y allaient étaient perçus comme des mauvais élèves.  

C’était un peu comme une voie de garage si on peut le dire comme ça.  

Eliette Lesuperbe : Exactement. Du coup, pour cette dame, je reviendrai à la raison et je retournerais dans la voie générale. Néanmoins, bon gré malgré, j’ai pu faire ma rentrée à Baimbridge sans même avoir l’âge d’y aller. Ma mère a accepté ma décision, elle ne s’est pas opposée à mon rêve de petite fille et elle m’a laissé faire. J’ai eu mon BEP. Puis, j’ai obtenu mon CAP à 17 ans vu que le parcours était sur trois ans. J’ai fini avec les félicitations. Par la suite, il a fallu continuer les études et encore une fois, on a voulu que je réintègre une filière générale afin de devenir professeure car pour les enseignants du Lycée, j’avais un trop bon niveau pour poursuivre dans une voie professionnelle. Ils avaient même déjà fait mon dossier pour que je parte à Troyes pour me former afin de devenir enseignante. Finalement, j’ai fait ce qui me plaisait. Je suis parti sur Paris où j’ai intégré une école privée  puis une école publique afin d’étudier les métiers de la mode.  

Justement, parlons maintenant de ta période estudiantine dans la capitale ? Quels ont été les plus grands apprentissages durant cette période fatidique à Paris ? 

Eliette Lesuperbe : J’étais une jeune femme très responsable. Enfant d’une famille modeste, mes parents étaient loin mais je savais que j’étais partie avec un objectif, celui d’aller à l’école. En plus, ma grande soeur venait pouvait débarquer à n’importe quel moment pour surveiller ce que je faisais, si je suis réellement les cours comme il faut (rires). Pour revenir à cette période de ma vie. J’ai dû rester une année sans école car justement, je devais passer le concours pour intégrer les écoles. Je l’ai réussi et je pouvais entrer à  FORMAMOD mais aussi à ESMOD. Cependant, comme il n’y avait pas de places tout de suite, j’ai dû attendre. Ne voulant pas attendre sans rien faire, j’ai travaillé durant neuf mois dans une société qui n’avait rien à voir avec la mode. Cet emploi m’a beaucoup aidé car l’école de mode étant payante, j’ai pu économiser et la payée. Je suis ensuite partie, d’ailleurs le PDG était très compréhensif, il a accepté mon départ. Il faut qu’à cette époque, il n’y avait pas de convention de stage mais il fallait une lettre disant que je n’étais pas là pour longtemps. Ils m’ont donc permis d’avoir des indemnités qui ont payé pratiquement toutes mes études de mode. 

Eliette Lesuperbe : 30 ans de Haute couture made in Guadeloupe. Crédit Photo : ELMS Photography( Emrick LEANDRE)

Quel(s) souvenir(s) gardes-tu de vos premiers pas dans le milieu de la couture ? 

Eliette Lesuperbe : Il est vrai que lorsque l’on débarque aussi jeune dans une ville comme Paris, il faut une certaine rigueur au quotidien. C’est également le cas dans l’école où je me suis retrouvée à être la seule antillaise. J’ai dû m’adapter à ce changement d’environnement. Même si, j’avais un bon niveau, j’ai travaillé deux fois plus que les autres. J’étais très sérieuse parce que je savais pourquoi j’étais là. Bien qu’il y avait des tentations, je suis restée focaliser sur mes cours sans jamais me laisser distraire. Qui plus est, j’avais mes parents derrière qui malgré la distance surveillait ce que je faisais. Je n’avais donc pas droit à l’erreur. Je n’ai jamais dévier et déraper.  

Et quelles sont les entreprises pour lesquelles tu as travaillé ?  

Eliette Lesuperbe : j’ai travaillé pour des entreprises qui n’avaient rien à voir avec la mode au départ parce que quand j’arrive à Paris, je cherchais une place dans une école et il n’y en avait pas. En attendant, j’ai occupé un poste à la SERAP en bureau de comptabilité. Par la suite, quand j’ai repris les cours, j’ai travaillé à mi-temps pour des études de retouche, retouche de manteaux, de vestes, des manches. Certes, ce n’était pas du style mais ça touchait déjà à ce que je voulais faire. Ces expériences m’ont permis d’avoir un certain bagage professionnel et grâce à cela, j’ai peaufiné ma technique. Il m’est arrivé quelques fois, de travailler au centre de tri d’Aulnay pour payer un certain nombre de charges pour ne pas demander trop à mes parents.   

Mais déjà pourquoi es-tu rentrée en Guadeloupe alors que tu pouvais faire carrière en France Hexagonale ? 

Eliette Lesuperbe : pour être honnête, je m’étais toujours dit qu’un jour, je reviendrais en Guadeloupe. Je n’avais pas l’idée de rester en France. L’idée est de prendre le maximum de bagage et utiliser Paris comme un pont pour un futur déploiement. Toutefois, cette année-là, je n’étais pas venue en Guadeloupe pour y rester toute ma vie. Je suis retournée pour les vacances et revoir ma famille. De plus, la Guadeloupe me manquait. D’autant que je devais retourner en France afin d’entamer un nouveau contrat avec une entreprise avec laquelle j’avais déjà collaboré. Pourtant, je suis resté,car sur place, j’avais rencontré du monde, j’avais une clientèle, j’ai croisé d’autres professionnels, des membres du syndicat des créateurs ainsi que des créateurs locaux. Face à tant de rencontres, c’était l’occasion pour moi de rester définitivement. J’avais 24 ans. On va dire que les choses ce sont accélérées plus vite que je ne le pensais. Tant mieux puisqu’après tout, au lieu d’être exclusivement à Paris ou en Europe, ça m’a permis d’avoir une ouverture sur la Jamaïque, la Caraïbe et même l’Afrique. La Jamaïque fût d’ailleurs le premier pays où j’ai pu faire mon premier défilé. Je considère cette grande île de la Caraïbe comme mon pays d’adoption. Je suis quand même retourné à Paris quelques années après.  

Qu’est-ce qui t’a motivé à créer ta propre structure en 1994 en Guadeloupe ? 

Eliette Lesuperbe : L’idée de créer ma marque ne s’est pas faite sur un coup de tête lors de mon retour en Guadeloupe. Elle m’est venue alors que j’étais encore à Paris où j’étudiais. Mes formations ont été faites dans des bureaux de style et non en atelier. Ce qui fait que j’étais en contact direct avec les créateurs, les modélistes et de la personne qui faisait le premier vêtement et les premières mains. Pour que que vous compreniez, j’étais en formation dans les lieux où la conception du vêtement se faisait et non dans les lieux de fabrication que je connaissais également vu que j’avais déjà été dans ce genre d’atelier. Ainsi donc, le fait de me retrouver dans les ateliers de confection, m’a inspiré. J’ai tout appris là. J’ai fait mes gammes dans le prêt-à-porter de luxe dans une de ces sociétés où pourtant j’ai eu un très mauvais souvenir de cette expérience. Cependant, cela m’a été formateur. Ensuite, j’ai intégré une deuxième entreprise toujours dans le domaine de la haute couture où j’ai appris à perler et j’ai pu voir comment se déroulait la confection d’un vêtement de A à Z.  

Comment décrirais-tu l’ADN de la marque Eliette Lesuperbe ?  

Eliette Lesuperbe : Tout d’abord ce qui m’anime c’est ma culture qui fait ce que je suis. Puis, il y a ma créativité qui fait que ça détermine cette ADN que tout un chacun voit dès qu’ils voient mes créations.  

Justement qu’est-ce qui te démarque des autres concepteurs locaux, nationaux ou internationaux ?  

Eliette Lesuperbe : Il y a en premier lieu les matières que j’utilise. Je prends souvent des matières nobles. Je peux faire des transformations, créer. Par exemple, je pense prendre un tissu y mélanger d’autres matières. Puis, je garde une coupe assez épurée mais chic avec cette subtilité de dévoiler sans trop en faire. On voit quelque part aussi la féminité mais sans sans entrer dans la vulgarité et tout en douceur. La classe quoi. 

Peux-tu nous parler de tes principales sources d’inspiration ? 

Eliette Lesuperbe : A vrai dire, je ne peux pas dire que j’ai des sources d’inspiration uniques. Tout dépend du moment. Cela peut aussi dépendre du pays que j’ai visité, les choses que j’ai vu là-bas, des matières que je trouve sur place. Cela peut aussi dépendre de mon humeur. Contrairement à ce qu’on pourrait penser de moi, je ne suis pas la mode. Je créé ma propre mode. L’inspiration vient en fonction du moment que je vis.  

Eliette Lesuperbe : 30 ans de Haute couture made in Guadeloupe. Crédit Photo : ELMS Photography( Emrick LEANDRE)

Eliette Lesuperbe la créatrice et la marque ne sont pas connues uniquement en Guadeloupe mais bien au-delà. Tu as participé ou organisé des défilés ou des Fashions Week en Guadeloupe, en Jamaïque, en Martinique, en Guyane, en Haïti, à Cuba, à New-York, au Canada, à Paris, au Sénégal, au Togo etc Quels ont été pour vous les moments les plus marquants de ta carrière qui a eu trente ans ? 

Eliette Lesuperbe : Ne le dis pas trop, ça ne me rajeunit pas (rires). Tous ces lieux où j’ai présenté mes créations ont été riches. Chaque podium que j’ai pu fouler sont emplis d’émotions très authentiques. Evidemment, il y en a eu qui m’ont marqué plus que d’autres et ils ont leur importance. Alors, en premier, je dirais la Jamaïque qui fut ma première sortie hors de la Guadeloupe. Ce fut la première fois que je défilais hors de mon territoire. C’est la raison pour laquelle ce pays a une place particulière dans mon coeur. Il est comme mon deuxième pays. J’y vais encore. Cela étant dit, je peux citer le Sénégal. C’était la première fois que je posais le pied en Afrique et chose incroyable, sur place, les gens m’ont pris pour l’une des leurs. Il semblerait que je ressemble à une Sénégalaise. Cela veut sans doute dire que mes ancêtres venaient sans doute de par-là. J’ai donc des racines africaines. J’ai visité Gorée et là encore des émotions. Je vais encore parler de l’Afrique en évoquant le Togo que j’ai visité très récemment. Je me suis sentie comme aux Antilles. Je vais aussi parler de Cuba où j’ai été invitée pour la semaine de la mode. On m’a fait venir pour faire l’état des lieux avec des stylistes cubains. J’ai découvert un pays incroyable. J’ai beaucoup aimé. Il y a une telle authenticité tant dans les gens que dans les tenues qu’ils confectionnent. Aujourd’hui, c’est dans l’ère du temps de parler de recyclage mais à Cuba, cela fait longtemps qu’ils sont dans cette démarche, contre leur volonté d’ailleurs. Vu l’embargo, ils n’ont pas le choix. Néanmoins avec très peu, ils font de belles choses. Ils perpétuent certaines choses que nous avons perdu, comme la réalisation de vêtements en broderie. Nous l’avions sur Vieux-fort mais chez eux, ça continue. Ils font perdurer cette technique. Qui plus est, ils continuent à faire des vêtements au crochet. Je ne parle même pas des bijoux fabriqués avec différentes matières. J’ai beaucoup aimé car je les trouvais très créatifs alors qu’ils sont sous embargo. Pour continuer sur Cuba ; j’ai apprécié le podium. C’est le plus grand que j’ai pu avoir pour présenter mes collections et j’ai déjà fait des défilés un peu partout dans le Monde. Il était vraiment grand et puis, ils étaient professionnels en mannequinat. Ils sont aussi très gentils. Je trouve qu’ils n’ont rien à envier aux autres.  

Comme on dit en créole “débouya pa péché”  

Eliette Lesuperbe : non, ce n’est pas débouya pa péché. Ils sont très professionnels et respectueux. Ils font du haut niveau avec peu. Même au regard des mannequins, elles sont comme leurs homologues dans le reste du monde. Elles savent quoi mettre. Elles sont professionnelles. Elles ont conscience que la mode est un vecteur économique mais aussi une vitrine pour leur pays. La mode est surtout un art où l’on peut s’exprimer et faire passer des messages. Dans ce genre de pays, tout peut prendre l’apparence de “ politique”.  

En trente ans de carrière, quelles ont été les plus grandes difficultés que tu as rencontrées en lançant ta marque, il y a 30 ans ? 

Eliette Lesuperbe : Selon moi, ce qu’on trouve comme difficulté c’est l’argent. Je m’explique. Bien souvent, on veut faire un peu plus mais les fonds peuvent manquer. La créativité, elle est grande, on veut créer mais quand on est un chef d’entreprise cela peut être frustrant quand on manque de fonds pour aller jusqu’au bout des créations.  

En 2018, tu reçois l’Award of Excellence aux USA ? Quel fût ton ressenti en recevant ce prix ?  

Eliette Lesuperbe : Pour parler franchement, quand j’ai reçu le courrier pour me dire que j’étais nominée, j’ai cru que c’était une blague. 

Carrément ?  

Eliette Lesuperbe : Oui. Il est vrai que j’avais déjà défilé aux États-Unis, à New York. J’avais été invité. Sur place, j’avais fait les magazines, j’avais eu droit à des parutions. Je savais que mon travail était très suivi là-bas. Je connaissais également un créateur d’origine haïtienne qui lui aussi a été honoré de ce prix. Je pense que mon nom est ressorti. Cependant, quand j’ai reçu la lettre m’informant de ma nomination, j’ai lu deux fois à mon grand étonnement. Quand j’ai eu la personne, elle m’a confirmé la chose. J’étais étonnée. Vous savez, on est toujours surpris de savoir que bien que nous soyons en Guadeloupe, notre travail est suivi partout. On ne s’en rend pas compte. Après, c’est vrai que j’ai une communication autour de mon travail qui a permis que ça se fasse mais c’est toujours surprenant. 

Est-ce difficile de concilier création locale et visibilité internationale ? Comment parviens-tu à concilier les deux ?   

Eliette Lesuperbe : J’ai envie de te demander, quand tu me parles de mode locale, est-ce que tu rentres dans tout ce qui est culturel ? Ou est-ce qu’on parle globalement ? J’ai envie de te dire que si c’est la fabrication locale, cela veut dire que je fabrique en Guadeloupe. C’est mon cas. Je suis basée en Guadeloupe aussi et je fabrique en Guadeloupe mais je défile à l’extérieur sur des podiums internationaux. En revanche, cela ne m’empêche pas de fabriquer chez moi même si le coût est plus élevé. Il y a le transport car quand je suis invité ailleurs, je me déplace avec deux ou trois valises en plus de la mienne, ce qui va me coûter en termes de billets. D’autre part,ici en Guadeloupe, nous ne fabriquons pas de tissu. Nous sommes obligés de faire venir la matière première. C’est un autre coût. Quelques fois, on fait fabriquer à l’étranger.  

Est-ce que c’est plus simple de le faire ailleurs ?  

 Eliette Lesuperbe : ce n’est pas une question de “ c’est plus simple “, tout dépend de l’univers que l’on veut avoir et que l’on souhaite donner. Après qui dit fabriquer à l’étranger englobe la notion de volume de vêtements fabriqués, il faut donc délocaliser. Toutefois, c’est un choix qui revient au créateur et qui lui appartient. Je connais des créateurs originaires de d’autres pays, ils font fabriquer chez eux car ce sont des pays moins chers mais à mon sens, c’est important de revenir chez nous parce que c’est normal d’avoir des bases chez soi.

Eliette Lesuperbe : 30 ans de Haute couture made in Guadeloupe. Crédit Photo : ELMS Photography( Emrick LEANDRE)

Question, pourquoi les marques de vêtements ethniques ont leurs propres défilés et passent inaperçues pour les presses spécialisées qui ne s’intéressent qu’aux grands noms du luxe ? 

Eliette Lesuperbe : C’est vrai que cela fait peu de temps que la mode dite ethnique, en l’occurrence, nous, avons une visibilité. Il y a quelques années, il n’y avait que très peu de créateurs de notre ethnie, qu’ils viennent de Guadeloupe, Martinique, Guyane ou d’Afrique, à avoir été sur des podiums à Paris. C’était inenvisageable mais le travail a été fait par un certain nombre de créateurs d’Afrique qui ont ouvert la porte et qui ont donné une visibilité à notre diaspora e c’est pour cela que désormais, nous créateurs venant des quatre coins du Monde, Antilles-Guyane, Afrique, Caraïbe sommes sur des podiums en France ou ailleurs en Europe. J’ai moi-même fait mon premier podium parisien dans une plateforme dite ethnique, c’était le labo ethnique. J’ai présenté une collection chic ethnique à base de peau de cabri que j’ai travaillé comme en couture et Jean-Paul Gaultier l’a repéré quand il était venu en Guadeloupe, il a demandé qui était la créatrice ? C’est vrai que le suivi n’a pas été fait, mais il a quand même demandé. Pour revenir à la question, chaque créateur chemine en fonction de la plateforme où il va se retrouver. Par la suite, j’ai présenté d’autres collections qui n’entraient pas forcément dans la catégorie ethnique. Il y a eu des robes de mariage, des robes de soirée. C’est d’ailleurs mon identité puisque c’est ce que j’ai appris à l’école. Néanmoins la base ethnique, nous l’avons en nous car elle fait partie de nous. C’est culturel,  

En Guadeloupe, beaucoup estiment que la mode reste peu structurée et manque de véritable organisation professionnelle. Partagez-vous ce constat ? Et selon vous, quelles seraient les étapes clés pour y remédier ? 

Eliette Lesuperbe : Je pense qu’il tient à tout un chacun de faire ce travail personnel pour que la mode puisse reprendre ses lettres de noblesse. Lorsque je suis rentrée en Guadeloupe, il y avait un syndicat qui structurait la profession. Des choses étaient organisées par un certain nombre de structures.  

Il n’y a plus de structures ?  

Eliette Lesuperbe : Je suppose qu’il est en sommeil. Je n’en sais rien. Nous avons plusieurs fois essayé de le remettre sur pied, à chaque fois, cela ne s’est pas fait. Pour ma part, je sais que je fais un cheminement très personnel, cependant, je suis pour le développement de la mode en Guadeloupe et que l’on puisse se structurer. Après, comme je dis, c’est la volonté de tout un chacun, de chaque professionnel de se poser la question et de faire l’action pour que la mode reprenne ses lettres de noblesse chez nous en Guadeloupe. C’est à nous de le faire en sorte qu’il y ait une culture mode ici. Je n’ai pas de leçon à donner aux gens mais dans les autres pays, même ceux à côté de nous sont organisés, donc c’est à nous à faire en sorte que les choses soit faites sérieusement et que nous soyons pris au sérieux. Sans doute, qu’il faudrait se poser et faire un débat là-dessus pour qu’on ait une culture mode sachant que chez nous, nous avons de vrais talents qui méritent d’être en visibilité mais comme je le dis c’est un travail personnel pour que tout un chacun devrait faire.  

Quel conseil donneriez-vous à un jeune styliste de Guadeloupe ou des Antilles-Guyane qui rêve de lancer sa propre marque ? 

Eliette Lesuperbe : Honnêtement, je ne donne pas de conseil aux gens général. (rires). Je suis consciente que c’est dit d’une manière qui peut choquer mais, je vais expliquer mon propos. Je suis souvent amené à présider des concours pour de jeunes créateurs et ça m’embête de voir que chez moi ce n’est pas encore possible. De plus, je dis qu’il faut que ça soit sérieux. Alors, si un jeune qui aimerait se lancer, si vraiment il veut se lancer déjà, si c’est ce qu’il aime, s’il est passionné, il est sur la bonne voie. C’est persévérer, faire du travail perso et puis croire en soi. Je rajouterais qu’il ne faut qu’il se laisse détourner de ses objects et ce quel que soit les métiers. Je lui dirais de ne pas abandonner car le travail paye et vraiment peu importe ce que l’on vous dit en fait. 

Qu’aimerais-tu que l’on retienne de tes trente ans de carrière ?  

Eliette Lesuperbe : Ce que j’aimerais que l’on retienne comme tout créateur, je sais que la marque existe. J’ai effectué un travail que j’aime et c’est toute ma vie. J’espère qu’elle perdurera et qu’on saura qu’une Guadeloupéenne a posé des empreintes et qu’elle a laissé quelque chose ce n’est pas simplement mes empreintes, mais ce sont aussi quelquefois travailler à une structure qui à trente ans. Certes, elle n’est pas terminée, elle se poursuit. C’est juste qu’on arrive à un niveau et qu’on passe à autre chose parce qu’on aspire à autre chose. 

Eliette Lesuperbe avant que nous terminions cette interview, où est-ce qu’on peut suivre ton actualité ? Et est-ce que tu es présente sur les réseaux sociaux ? 

Eliette Lesuperbe : On peut suivre mon actualité Facebook, sur ma page Instagram qui portent mon nom qui est aussi celle de ma marque déposée. Je suis donc sur ces supports médiatiques : Eliette Lesuperbe design. Il y aura aussi bientôt Eliette Lesuperbe couture et il y aura aussi d’autres plateformes.  

Merci beaucoup Eliette Lesuperbe.