Les cuisinières de la Guadeloupe : 110 ans de patrimoine culinaire

Comme chaque année, les cuisinières de la Guadeloupe n’ont pas dérogé à leur traditionnel défilé dans les rues pointoises. Un défilé en musique distribuant des gâteaux et des fruits à une foule de badauds, massés tout le long du trajet. Cette nouvelle édition a marqué le 110e anniversaire de l’Association des cuisinières de la Guadeloupe.

Chaque année, au mois d’août, Pointe-à-Pitre renoue avec l’une de ses plus belles traditions. Une tradition où se mêlent foi, patrimoine, élégance créole et transmission culturelle. À l’occasion de la Saint-Laurent, saint patron des cuisinières, les membres de l’Association des Cuisinières de la Guadeloupe ont une nouvelle fois investi les rues de la cité pointoise pour célébrer leur héritage. Cette édition 2026 revêtait une saveur particulière puisqu’elle marquait le 110e anniversaire de cette institution incontournable du patrimoine guadeloupéen.

A la différence des années précédentes, les vieilles popottes créoles avaient donné rendez-vous aux badauds sur la place de la mairie de la ville Pointe-à-Pitre. Un changement de lieu pour marquer cet anniversaire dans une ambiance populaire.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, malgré ce changement de lieu, ils étaient des centaines de personnes à s’être rassemblés le long du parcours, pour assister à la traditionnelle messe dédiée aux cuisinières.

Dans une atmosphère empreinte de recueillement et d’émotion, ces gardiennes de l’art culinaire guadeloupéen ont pris place sous le chapitau attenant à l’hôtel de ville, vêtues de leurs plus somptueux costumes traditionnels. Madras éclatants, dentelles soigneusement travaillées, coiffes impeccables et parures d’or illuminaient les travées de l’église, offrant un véritable voyage à travers l’histoire et les traditions de l’archipel.

À l’issue de la célébration religieuse, le temps était venu pour l’événement le plus attendu de la journée : le grand défilé. Sous un soleil généreux, les cuisinières ont quitté l’église pour parcourir les principales artères de Pointe-à-Pitre au rythme des chants traditionnels, parmi lesquels l’incontournable « Ouvè la Ronde », repris en chœur par de nombreux participants.

Tout au long du parcours, une foule compacte s’était massée sur les trottoirs pour admirer le passage de celles qui, depuis plus d’un siècle, perpétuent l’une des plus anciennes traditions populaires de la Guadeloupe. Fidèles à la coutume, les cuisinières ont partagé avec le public gâteaux traditionnels, confiseries artisanales et fruits locaux, transformant cette procession en un véritable moment de convivialité et de partage.

Bien plus qu’un simple défilé, cette célébration annuelle demeure l’expression vivante d’un patrimoine transmis de génération en génération, un rendez-vous où la mémoire collective guadeloupéenne continue de s’écrire au rythme des chants, des saveurs et des traditions créoles.

Cette édition 2026 avait une saveur toute particulière. En célébrant leur traditionnelle fête patronale, les membres de l’Association des Cuisinières de la Guadeloupe ont également célébré les 110 ans d’existence de leur organisation. Plus d’un siècle d’histoire, de transmission et de préservation du patrimoine guadeloupéen.

Car derrière les élégants costumes créoles, les chants traditionnels et les saveurs du terroir, se cache avant tout une aventure humaine née de la solidarité.

L’histoire débute en 1916. À cette époque, une employée de maison récemment devenue veuve se retrouve confrontée à de graves difficultés financières. Incapable de faire face seule aux frais liés aux obsèques de son époux, elle reçoit le soutien d’autres femmes exerçant le même métier. Touchées par sa situation, elles décident de s’organiser afin de venir en aide aux travailleuses les plus vulnérables.

De cet élan de fraternité naît, le 14 juillet 1916, la Société de Secours Mutuel des Cuisinières. Parmi les fondatrices figurent Mesdames Rousseau, Esmire, Delbourt, Amadhia et Salomon. Une initiative modeste à ses débuts, mais qui allait traverser les décennies pour devenir l’une des institutions culturelles les plus emblématiques de la Guadeloupe.

Au fil des années, l’organisation évolue. Elle prend successivement le nom de Cuistot Mutuel avant d’adopter en 1997 son appellation actuelle : Association des Cuisinières de Guadeloupe.

Plus d’un siècle après sa création, l’esprit de ses fondatrices demeure intact.

L’association rassemble aujourd’hui plus de 200 membres âgées de 17 à 97 ans. Plusieurs générations de femmes unies par la même volonté : préserver et transmettre les traditions culinaires, vestimentaires et culturelles de la Guadeloupe.

Car les cuisinières ne sont pas uniquement les gardiennes des recettes d’antan. Elles sont aussi les dépositaires d’un savoir-faire, d’une mémoire collective et d’un art de vivre créole qui se transmet de mère en fille depuis des générations.

Chaque année, à l’occasion de la Saint-Laurent, leur saint patron, elles perpétuent ce précieux héritage. Revêtues de leurs costumes traditionnels, coiffées de leurs madras et parées de leurs bijoux créoles, elles participent à une messe solennelle à l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul avant d’envahir les rues de Pointe-à-Pitre dans une ambiance festive.

Au rythme des chants, des tambours et des danses traditionnelles, elles invitent alors la population à partager les saveurs du pays à travers les mets qu’elles ont elles-mêmes préparés. Une manière de rappeler que la cuisine guadeloupéenne n’est pas seulement une affaire de gastronomie, mais aussi un puissant vecteur de mémoire, de transmission et d’identité.

Avec 110 ans au compteur, les Cuisinières de Guadeloupe continuent ainsi de faire vivre un patrimoine exceptionnel, symbole de résilience, de solidarité et de fierté créole.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *