Fille de Suzanne Roussi Césaire et d’Aimé Césaire, Ina Césaire s’est éteinte à l’âge de 83 ans. Directrice de recherches au CNRS, elle était une spécialiste du conte caribéen, mais aussi une dramaturge et ethnographe. De son vivant, elle a publié plusieurs recueils de contes créole.Retour sur la vie et le parcours d’Ina Césaire.
Le monde culturel et littéraire martiniquais est en deuil. Ina Césaire est décédée. Elle avait 83 ans. Née en 1942, elle était la fille de Suzanne Roussi Césaire et d’Aimé Césaire. Dramaturge, ethnographe et professeure d’université, directrice de recherches au CNRS, elle était une spécialiste du conte caribéen.
Entouré de son père et de sa père morte assez jeune, elle grandit dans un milieu intellectuel favorisé mais marqué par l’engagement littéraire et politique, où les questions de mémoire, de culture et d’identité sont centrales.
Formée en ethnologie, Ina Césaire entame une carrière universitaire en France. Spécialiste des cultures créole et peule, elle enseigne à Paris, à la Sorbonne, mais aussi à Moscou et aux États-Unis. Elle est directrice de recherches au CNRS, où elle mène des travaux sur les cultures caribéennes, avant d’être nommée chargée de mission à la conservation du patrimoine de Martinique. Elle réalise également des films ethnographiques, notamment sur les rites du Mercredi des Cendres et de la Toussaint.
Durant une quinzaine d’années, elle sillonne les campagnes de Martinique et de Guadeloupe à la recherche des contes de l’époque. De son côté, de son vivant, elle a publié plusieurs recueils de contes créoles. En effet, son œuvre littéraire, composée de contes, de pièces de théâtre, de romans, de poésie et d’essais, s’ancre dans une volonté constante de transmission culturelle. Elle écrivait souvent en version bilingue créole-français. Ses ouvrages comme Contes de mort et de vie aux Antilles (1976), Contes de nuits et de jours aux Antilles (1989) ou Zonzon Tête Carrée (1994) rendent compte, à la fois avec humour et acuité, des dynamiques sociales, linguistiques et genrées des sociétés antillaises.
Au théâtre, elle est l’autrice de plusieurs pièces, parmi lesquelles Mémoires d’Isles (1985), Rosanie Soleil (1992), ou encore L’Enfant des passages (1993), qui interrogent la mémoire, le rapport à l’histoire coloniale, et la parole féminine. Elle participe également à la fondation du Théâtre de la Soif Nouvelle, contribuant à l’émergence d’une scène caribéenne contemporaine.

Parolière, elle écrit pour le groupe Malavoi, dont le titre Exil, interprété par Ralph Thamar, est l’un des exemples les plus connus. À travers la chanson, le conte, le théâtre ou la recherche universitaire, Ina Césaire n’a cessé d’explorer les formes multiples de la parole et de la mémoire, convaincue que la culture orale est porteuse de savoirs essentiels à la compréhension du monde caribéen.
« Ces contes essentiellement dits au cours des veillées sont une tradition que nous avons perdue malheureusement », déploraient les conteurs de l’association Martinique Images lors d’un hommage rendu à Ina Césaire à l’Ehpad Terrevillage où elle résidait, en octobre 2020. Ina Césaire a collecté toutes ces histoires racontées par les anciens dans les quartiers, les bourgs, et elle les a publiées en version bilingue français – créole. Outre ses contes, l’œuvre d’Ina Césaire s’étend à la dramaturgie, au film documentaire, tout un héritage légué…
En mars 2021, pendant la période du Covid, la scène nationale Tropiques Atrium, à Fort-de-France, lui avait rendu hommage dans le cadre du Festival des Petites Formes. Plusieurs lectures avaient eu lieu, ainsi qu’une soirée dédiée à Ina Césaire, marquée par plusieurs intervenants, dont elle-même.
Son engagement pour la préservation et la valorisation de la culture antillaise fait d’elle une figure incontournable du paysage intellectuel et artistique de la Caraïbe. Une femme de lettres qui a inspiré plusieurs auteurs(trices) et continue d’inspirer les générations actuelles et futures
Retirée de la vie publique ces dernières années, elle laisse une œuvre dense et précieuse, au croisement de l’intime et du collectif, qui continue de nourrir la réflexion et l’imaginaire de tous/toutes.
Œuvres
Pièces
Mémoires d’Isles : Maman N. et Maman F., Êditions Caribéenes, 1985 .
L’Enfant des passages ou la Geste de Ti-Jean, 1987
La Maison close (éd.). création 1991.
Rosanie Soleil et autres textes dramatiques, Karthala, 2011.
« Mémoires d’île ».
Romans
Zonzon Tête Carrée, Monaco, éd. du Rocher
avec Simonne Henry Valmore, Objet perdu : lettre à Aimé, 2013
Moi Cyrilia, gouvernante de Lafcadio Hearn. 1888.
Un échange de paroles à Saint-Pierre de la Martinique, Primento Digital Publishi, 2016
Contes
avec Joëlle Laurent, Contes de mort et de vie aux Antilles, Nubia, 1976
Contes de nuits et de jours aux Antilles, Editions caribéennes, 1989
