L’illettrisme, un fléau toujours présent en Guadeloupe et dans les Outre-mer.

Contrairement aux idées reçues, l’illettrisme demeure un fléau social bien ancré en Guadeloupe. Loin de se limiter aux générations plus âgées, il touche également de nombreux jeunes, bien plus qu’on ne l’imagine. Ce phénomène fragilise les parcours scolaires, entraîne des décrochages et complique l’insertion dans le monde professionnel.

Lire, écrire, compter sont des acquis réalisés dès la petite enfance. Souvenez-vous, lorsque vous entriez en 3e section de Maternelle, votre maitresse ou votre maître commençait à vous initier à la lecture, l’écriture de votre nom et prénom et à compter de 1 à 10. Puis de 10 à 20, ainsi de suite. Par la suite, ces enseignements se poursuivaient à votre entrée en Cours préparatoire. Dans l’ordre des choses quand intégriez le CE1, vous étiez en mesure de lire des textes ( à votre rythme), rédiger, compter afin d’acquérir de nouvelles compétences pour les années à venir. Pourtant, il y en a eux qui ne parvenaient pas et ne sont jamais parvenus à atteindre ces objectifs.

L’illettrisme est un véritable fléau social bien ancré en Guadeloupe et au delà. Contrairement aux idées reçues, il ne se limite pas qu’aux générations plus âgées, habituées à ne parler que le créole, il touche également de nombreux jeunes, bien plus qu’on ne l’imagine. Ce phénomène fragilise les parcours scolaires. Il entraîne des décrochages et complique l’insertion dans le monde professionnel. Pour ces 12èmes journées nationales d’action contre l’illettrisme, tour d’horizon de l’illettrisme dans les territoires d’Outre-mer français.

L’INSEE dans son enquête de 2022 dévoilée en 2024, évalue que dans l’ensemble du territoire français,10 % des personnes âgées de 18 à 64 ans éprouvent des difficultés dans les domaines fondamentaux de l’écrit. Parmi les adultes qui ont débuté leur scolarité en France, 4 % sont en situation d’illettrisme, soit 1,4 millions de personnes. Cette proportion a été divisée par plus de deux, passant de 9 % en 2004 à 4 % en 2022. D’autre part, les difficultés en calcul touchent 12 % des personnes de 18 à 64 ans et ont tendance à s’ajouter à celles de l’écrit : 62 % des personnes en difficulté à l’écrit le sont également en calcul.

La Guadeloupe et les Outre-mer parmi les régions avec le plus fort taux d’illettrisme

Cependant, les régions ultramarines sont toujours très concernées. Ce taux est de 2 à 6 fois supérieur d’avec la France Hexagonale. Ainsi, la Guadeloupe, la Guyane Française, la Réunion et la Nouvelle-Calédonie comptent environ 1 cinquième (environ 20%) de leur population âgée de 16 à 65 ans en situation d’illettrisme.

Des chiffres qui sont toutefois en baisse. Selon les récentes enquêtes de l’institut national des sondages, en Guadeloupe, parmi les adultes de 18 à 64 ans en 2022, 16 % rencontrent des difficultés face à l’écrit, dont 12 % des difficultés jugées fortes. andis que 4 % rencontrent des difficultés modérées. Les adultes considérés en difficulté forte sont ceux qui, soit ont réussi moins de 60 % des exercices dans au moins un des trois domaines fondamentaux de l’écrit (8 %), soit ils n’ont pas pu passer les épreuves à cause d’une maîtrise insuffisante de la lecture ou du français (4 %). Les difficultés en calcul concernent 19 % des adultes. Dans l’Hexagone, la part de personnes en difficulté en calcul est moins importante (11 %, dont 2 % ne passant pas les tests).

Les personnes ayant des difficultés fortes à l’écrit sont plus souvent allophones : pour la moitié d’entre eux, le français n’est pas leur langue maternelle, en l’occurrence en Guadeloupe, le créole est bien plus souvent parlé par la majorité de la population. Les difficultés en lecture concernent 7 % des adultes en Guadeloupe contre 4 % en France métropolitaine. Plus fréquentes, les difficultés en écriture touchent 13 % des adultes en Guadeloupe alors que cette part est de 8 % en France hexagonale. Enfin, les difficultés en compréhension concernent 15 % des adultes guadeloupéens et 10 % des adultes dans l’Hexagone. Ces personnes en difficulté habitent plus souvent dans les quartiers prioritaires de la ville.

C’est également le cas à la Martinique où 2022, les difficultés en lecture concernent 4 % des adultes en Martinique, comme en France métropolitaine. Plus fréquentes, les difficultés d’écriture touchent 10 % des adultes en Martinique alors que cette part est de 8 % en France hexagonale. Enfin, les difficultés en compréhension concernent 13 % des adultes martiniquais et 10 % des adultes dans l’Hexagone. Selon l’INSEE, 13 % des adultes de 18 à 64 ans rencontraient des difficultés face à l’écrit, dont 9 % des difficultés jugées fortes. Les difficultés en calcul concernent 21 % des adultes. Plus précisément, 4 % des personnes âgées de 18 à 64 ans rencontrent des difficultés modérées face à l’écrit, tandis que 9 % éprouvent des difficultés fortes en Martinique. Les adultes sont considérés en difficulté forte s’ils n’ont pas pu passer les épreuves à cause d’une maîtrise insuffisante de la lecture ou du français (3 %), ou ont réussi moins de 60 % des exercices dans au moins un des trois domaines fondamentaux de l’écrit (6 %).

En Martinique, 21 % des personnes éprouvent des difficultés en calcul. Elles obtiennent moins de 60 % de réussite aux tests proposé. 3 % d’adultes qui n’ont pas pu faire les exercices faute d’une maîtrise suffisante du français. Dans l’Hexagone, la part des personnes en difficulté en calcul est nettement moins élevée (11 % dont 2 % ne passant pas les tests). Cependant, plus de la moitié des adultes en Martinique (53 %) réussissent entre 60 et 80 % des épreuves de calcul, un résultat supérieur à ceux de la Métropole (49 %). À l’opposé, la part des personnes ayant au moins 80 % de réussite est moins élevée en Martinique (26 %) qu’en France hexagonale (40 %). Tout comme pour l’île soeur, les personnes dont le français n’est pas la langue maternelle, sont les plus touchées.

Pour ce qui est de la Guyane-Française, le résultat INSEE pour l’année 2022,  ce sont toujours les adultes entre 19-64 ans qui sont les plus touchés. 41 % des adultes âgés de 18 à 64 ans rencontrent des difficultés face à l’écrit, dont 39 % des difficultés jugées fortes. Les difficultés en calcul concernent 39 % de la population guyanaise, elles obtiennent moins de 60 % de réussite aux tests de numératie proposés. Les 2 % restant rencontrent des difficultés modérées. Les adultes considérés en difficulté forte sont ceux qui soit n’ont pas pu passer les épreuves à cause d’une maîtrise insuffisante de la lecture ou du français (18 %), soit ont réussi moins de 60 % des exercices dans au moins un des trois domaines fondamentaux de l’écrit (21 %).

Dans l’Hexagone, la part des personnes en difficulté en calcul est nettement moins élevée (11 %), en lien notamment avec une part d’adultes beaucoup plus réduite n’ayant pu effectuer les tests en raison d’une faible maîtrise de la langue française (2 %).

Tout comme les autres régions d’Outre-mer des Amériques, les personnes ayant des difficultés fortes à l’écrit sont plus souvent allophones, pour les trois quarts d’entre-eux, le français n’est pas leur langue maternelle. Les personnes ayant été scolarisées intégralement en France présentent moins de difficultés que celles n’y ayant suivi qu’une partie. Ainsi, 43 % de la population régionale est née à l’étranger contre 14 % dans l’hexagone. De plus, 44 % des résidents de Guyane n’ont pas le français comme langue maternelle. De ce fait, 63 % des allophones éprouvent des difficultés fortes face à l’écrit, contre 20 % de ceux dont le français est l’une des langues maternelles. Dans l’Hexagone, cette différence est plus marquée : 33 % des allophones, contre 4 % des personnes ayant le français en langue maternelle éprouvent des difficultés fortes face à l’écrits. En Guyane, parmi les adultes en difficulté forte face à l’écrit, sept sur dix n’ont pas le français comme langue maternelle.

Le lieu de naissance influence aussi fortement les difficultés. Pour les personnes nées en France résidant en Guyane, la part de celles ayant des difficultés fortes face à l’écrit est de 49 % pour celles qui n’ont pas le français en langue maternelle et de 15 % pour celles qui ont parlé le français à la maison dans leur enfance. Ces difficultés sont plus fréquentes parmi les personnes nées à l’étranger : 68 % pour celles qui n’ont pas le français en langue maternelle et 43 % pour celles qui ont parlé le français à la maison durant leur enfance.

Dans l’Océan Indien, l’illettrisme est également plus élevée que dans l’Hexagone. C’est le cas à La Réunion où en 2022, 91 000 personnes soit 17 % des personnes âgées de 18 à 64 ans rencontrent des difficultés à l’écrit en langue française. Cette part est plus élevée que dans l’Hexagone, où 10 % des adultes de moins de 65 ans sont concernés. Les chiffres à La Réunion sont moindres que dans l’ensemble des départements d’outre-mer (24 %). Les difficultés en calcul concernent 24 % des adultes réunionnais de moins de 65 ans et se cumulent souvent avec le manque de maîtrise de l’écrit. A la différence des autres outre-mer.

Parmi les personnes en difficulté face à l’écrit à La Réunion, huit sur dix ont des difficultés fortes. Il s’agit des personnes qui rencontrent des difficultés fortes dans au moins un des trois domaines fondamentaux et ceux qui n’ont pas pu passer les épreuves à cause d’une maîtrise insuffisante de la lecture (5 % des 18-64 ans). Cette situation concerne 14 % des adultes de moins de 65 ans sur l’île, soit 73 000 personnes.

A Mayotte , 61 % des personnes âgées de 18 à 64 ans rencontrent des difficultés à l’écrit en langue française, soit 89 000 personnes. Cette part est bien plus élevée que dans l’Hexagone (10 %) et que dans les autres départements et régions d’outre-mer. Toujours selon l’INSEE, Les difficultés en français s’expliquent notamment par la situation linguistique particulière de l’île : plusieurs langues cohabitent Shimaoré, Kibushi, langues malgaches et le français, qui occupe une place centrale dans le système éducatif et l’accès aux services publics. Pour autant, il n’est pas la principale langue du quotidien. En outre, 94% des adultes n’ont jamais été scolarisés, en particulier au sein de l’école française. De plus, 74% de cette même population a débuté l’école à l’étranger donc dans une autre langue que le Français, alors que 30% de la population de ces tranches d’âge ont fait l’ensemble de leur scolarité dans le système éducatif français. Toujours selon l’Institut de sondages il n’y a que 29% des personnes de 18 à 64 ans utilisent le Français dans leur quotidien.

Cette part est bien plus élevée que dans l’Hexagone (10 %), mais aussi que dans les autres départements et régions d’outre-mer (Drom) : 13 % en Martinique, 16 % en Guadeloupe, 17 % à La Réunion et 41 % en Guyane. En outre, la grande majorité des habitants de Mayotte en difficulté en français rencontrent des difficultés fortes (58 % des adultes de moins de 65 ans sur l’île, soit 84 000 personnes). En particulier, 41 % des 18-64 ans n’ont pas pu passer les épreuves à cause d’une maîtrise insuffisante de la lecture du français.

Ces difficultés sont dû aussi au fait que la grande majorité des personnes dans la tranche d’âge analysée n’ont jamais été scolarisées. De ce fait,  28 % des adultes de moins de 65 ans n’ont pas du tout été scolarisés, 25 % ont fait l’intégralité de leur scolarité à l’étranger et 4 % ont débuté leur scolarité à l’étranger et l’ont poursuivie en France. Qui plus est, moins de la moitié de la population (43 %) a débuté sa scolarité dans le système scolaire français. 

Des disparités entre les femmes, les hommes et les jeunes d’un territoire à l’autre :

D’un territoire à l’autre, on constate les données changent en fonction de l’âge et du sexe.

Par exemple, En Guyane, l’écart de compétences entre les femmes et les hommes est marqué en calcul et à l’écrit. Près de 45 % des femmes éprouvent des difficultés en calcul, contre 32 % des hommes. Seulement 9 % des femmes ne rencontrent aucune difficulté en calcul (au moins 80 % de réussite aux exercices), une part deux fois moins élevée que les hommes (18 %). Quant aux compétences à l’écrit, la proportion des hommes en difficulté est inférieure à celle des femmes (respectivement 39 % et 43 %). L’écart des difficultés entre les hommes et les femmes s’explique en partie par une différence de niveau de diplôme. En effet, celui-ci est en moyenne plus faible pour les femmes en Guyane que pour les hommes : 49 % des femmes n’ont pas ou peu de diplômes, contre 37 % des hommes. Toujours, en Guyane, les jeunes adultes maîtrisent mieux l’écrit que leurs aînés : parmi les jeunes âgés de 18 à 24 ans, 31 % éprouvent des difficultés à l’écrit, tandis que cette proportion atteint jusqu’à 51 % chez les 55-64 ans. La part des personnes en difficulté reste toutefois plus élevée qu’en France métropolitaine quel que soit l’âge. Dans l’Hexagone, ces proportions varient de 6 % pour les plus jeunes à 13 % pour les plus âgés. En calcul également, les plus jeunes ont moins de difficultés que leurs aînés. L’écart est toutefois moins prononcé qu’à l’écrit. La part des Guyanais en difficulté en calcul varie de 34 % parmi les 18-24 ans, jusqu’à 43 % parmi les 55-64. En France métropolitaine, l’écart est nettement plus restreint : de 10 % pour les 18 à 24 ans à 14 % pour les personnes âgées de 55 à 64 ans.

En Guadeloupe, à l’écrit, 19 % des hommes sont en difficulté pour 13 % des femmes. Selon l’INSEE, cela s’explique en partie par une différence de niveau de diplôme. En effet, celui-ci est en moyenne plus faible pour les hommes que pour les femmes : 30 % des hommes n’ont pas ou peu de diplômes, contre 25 % des femmes. En revanche, les femmes sont plus fréquemment en difficulté (21 %) que les hommes (17 %) en ce qui concerne le calcul. En revanche, les femmes sont plus fréquemment en difficulté (21 %) que les hommes (17 %) en ce qui concerne le calcul.   Dans l’archipel, les plus jeunes maîtrisent mieux l’écrit que leurs aînés : parmi les 18- 24 ans, 6 % éprouvent des difficultés à l’écrit, tandis que cette proportion atteint 23 % chez les 55-64 ans. En France métropolitaine, ces proportions s’échelonnent de 6 % pour les 18-24 ans à 13 % pour les 55-64 ans. La situation est similaire en calcul : 11 % des jeunes guadeloupéens ont des difficultés en calcul pour 24 % chez les 55-64 ans. En France métropolitaine, 10 % des 18-24 ans ont des difficultés en calcul, contre 14 % des 55-64 ans. Cela s’explique surtout par le fait que la jeune génération a une scolarité plus longue que ses ainés et obtient plus de diplômes. En 2022, 86 % des jeunes de 18 à 24 ans en Guadeloupe ont au moins le baccalauréat, un CAP ou BEP contre seulement 56 % des personnes âgées de 55 à 64 ans. De plus, le français devient progressivement la langue maternelle des nouvelles générations.

C’est aussi le cas à la Martinique où les hommes ont une plus grande difficulté de lecture ( 17%) que les femmes ( 9%). Les hommes sont aussi moins diplômés que les femmes, ainsi 26 % des hommes n’ont pas ou peu de diplômes, contre 21 % des femmes. Néanmoins selon l’INSEE, la proportion de femmes et d’hommes en diffulté en calcul est identique (21 %), mais seulement 25 % des femmes ne rencontrent aucune difficulté en calcul (au moins 80 % de réussite aux exercices), une part légèrement moins élevée que les hommes (28 %). Les jeunes Martiniquais sont là encore moins concernés par l’illettrisme que les adultes. la part des personnes en difficulté varie de 8 % pour les 18-24 ans à 21 % pour les 55-64 ans (de 5 % à 17 % pour les personnes avec des difficultés fortes). En France métropolitaine, ces proportions varient de 6 % pour les 18-24 ans à 13 % pour les 55-64 ans. De plus, en calcul, les différences selon l’âge sont également marquées : 18 % des 18-24 ans ont des difficultés, contre 26 % des 55-64 ans. En France hexagonale, en calcul, les différences selon les âges sont moins importantes: 10 % des 18-24 ans ont des difficultés en calcul, contre 14 % des 55-64 ans. Là encore, les générations les plus jeunes ont eu des scolarités plus longues et sont plus diplômées que les plus anciennes. En 2022, 86 % des jeunes de 18 à 24 ans en Martinique ont au moins le baccalauréat, un CAP ou BEP contre seulement 62 % des 55 à 64 ans

A La Réunion, les femmes ont une plus grande maitrise du Français, à l’écrit comme en lecture que les hommes. Ainsi, les femmes ont moins de difficultés à l’écrit que les hommes : 15 % contre 19 %. Ce n’est pas le cas à l’échelle nationale, où les difficultés à l’écrit touchent autant les femmes que les hommes. En 2022, 24 % de la population réunionnaise a des difficultés en calcul, soit deux fois plus que sur l’ensemble du territoire français. Ces difficultés se cumulent souvent avec celles à l’écrit : 71 % des habitants de l’île ayant des difficultés à l’écrit rencontrent aussi des problèmes en calcul. Comme dans l’Hexagone, les femmes sont plus touchées que les hommes par les difficultés en calcul : 27 % des Réunionnaises ont des lacunes en calcul contre 21 % des Réunionnais. A l’image des autres régions ultramarines, les jeunes Réunionnais ont bien moins de difficulté à lire ou écrire que les générations précédentes. 10% des jeunes de  18-24 ans connaissent des difficultés fortes contre  26 % des 55-64 ans. Les difficultés sont particulièrement fortes après 45 ans : au total, 61 % des personnes en difficulté à l’écrit à La Réunion ont 45 ans ou plus. Encore une fois, les jeunes ont une scolarité plus longue et ont plus de diplômes que leurs parents.

À Mayotte, les femmes sont plus fréquemment en difficulté à l’écrit en français que les hommes : c’est le cas de 63 % d’entre elles contre 58 % des hommes. En particulier, les femmes ont été plus souvent dans l’incapacité de passer les épreuves de l’enquête en raison d’une maîtrise insuffisante de la lecture du français (44 % contre 37 % des hommes). La plus faible scolarisation des femmes explique ces écarts : 63 % des adultes n’ayant jamais été scolarisés sont des femmes. Les natives de Mayotte ont accédé plus tardivement que les hommes à l’école : 64 % des personnes nées en France, de plus de 45 ans, et qui n’ont pas été scolarisées sont des femmes. De plus, les femmes sont majoritaires parmi les personnes nées à l’étranger, où la scolarisation est moins fréquente.

Cependant, comme le dénote l’Institut des sondages, la moins bonne maîtrise du français concerne surtout les femmes les plus âgées. Les jeunes filles nées à Mayotte rattrapent leur retard en matière de scolarisation : leur niveau de formation augmente fortement, et elles sont désormais plus diplômées que les jeunes hommes. Pour autant, les choses changent sur place. Les femmes de 18 à 44 ans ayant débuté leur scolarité en France, qu’elles y soient nées ou non, ont une meilleure maîtrise du français : 75 % d’entre elles n’ont pas de difficulté contre 68 % des hommes. Pour autant les jeunes maorais connaissent des plus grandes difficultés à la lecture, à l’écrit comme en calcul que les compatriotes des autres régions d’Outre-mer et d’Hexagone. À Mayotte, 47 % des 18-24 ans ont des difficultés à l’écrit en langue française. Cette part est nettement moindre que pour les générations plus âgées : de 59 % pour les 25-34 ans à 70 % pour les 55-64 ans. La part des jeunes résidant à Mayotte en difficulté en français (47 %) reste bien plus élevée que dans l’Hexagone (6 %),

Illettrisme et pauvreté en toile de fond :

Les difficultés à l’écrit et en calcul constituent des freins à l’emploi pour ces résidents de ces régions déjà sinistrées et en mal développement. Pour celleux qui ont des difficultés à l’écrit et calcul l’accès à l’emploi est même très limité. En Guadeloupe, sept adultes sur dix en difficulté dans les deux domaines en Guadeloupe ne sont pas en emploi. la part de personnes en difficulté est plus élevée parmi les adultes qui ne sont pas en emploi (22 % à l’écrit et 26 % en calcul), que parmi ceux qui le sont (respectivement 11 % et 14 %). Dans une moindre mesure, le même constat est fait dans l’Hexagone. Parmis les personnes qui ne sont pas en emplois 16 % rencontrent des difficultés à l’écrit et 17 % en calcul. Contre respectivement 7 et 9 parmi celles en emplois.

Même constate à la Martinique où la part de personnes en difficulté est plus élevée parmi les adultes qui ne sont pas en emploi (15 % à l’écrit et 27 % en calcul), que parmi ceux qui le sont (respectivement 11 % et 17 %) alors que dans l’Hexagone,  16 % des personnes qui ne sont pas en emploi rencontrent des difficultés à l’écrit (respectivement 17 % en calcul), contre 7 % (9 % en Martinique) pour celles en emploi.

C’est aussi le cas en Guyane où  trois quarts des adultes en difficulté dans les deux domaines en Guyane ne sont pas en emploi. Ainsi, la part de personnes en difficulté est plus élevée parmi les adultes qui ne sont pas en emploi (54 % à l’écrit et 55 % en calcul), que parmi ceux qui le sont (respectivement 27 % et 22 %). Dans une moindre mesure, le même constat est fait dans l’Hexagone où 16 % rencontrent des difficultés à l’écrit et 17 % en calcul contre respectivement 7 % et 9 % parmi celles en emploi.

Même cas de figure pour l’île de La Réunion où  33 % de ceux ayant des difficultés travaillent alors que c’est le cas de 59 % des personnes n’ayant pas de difficultés à l’écrit. Selon l’INSEE, la majorité d’entre eux sont ouvriers (53 %), très peu sont cadres (4 % contre 15 % des adultes sans difficulté à l’écrit). Ils travaillent également plus souvent à temps partiel (36 % contre 21 %). Puis, en 2022, seules 12 % d’entre elles ont suivi une telle formation au cours de l’année contre 33 % des personnes n’ayant pas de difficultés.  Qui plus est, les personnes en difficulté à l’écrit sont plus souvent dans une situation économique difficile. Ainsi, 46 % d’entre elles vivent au sein de ménages dont les revenus sont inférieurs à 1 500 euros par mois, contre 23 % des Réunionnais maîtrisant l’écrit. 

Le même constat peut être établi pour Mayotte où les habitants en difficulté qui ont des lacunes en langue française s’insèrent très difficilement sur le marché du travail, seulement 24 % des adultes qui ne sont pas en cours d’études et qui ne maîtrisent par le français sont en emploi. Au contraire, le taux d’emploi des personnes maîtrisant le français est élevé (61 %), soit deux fois plus que le taux d’emploi régional (30 % des 15-64 ans en 2022). Les personnes concernées sont très rarement cadres (moins de 2 % contre 17 % pour les personnes sans difficulté). Par ailleurs, les personnes en emploi qui ne maîtrisent pas le français participent moins souvent à des formations. En 2022, seulement 11 % d’entre elles ont suivi au cours de l’année une formation à but professionnel, contre 24 % dans Hexagone. C’est le cas de 20 % des personnes sans difficulté en français, contre 62 % au niveau national. 55 % d’entre elles vivent au sein de ménages dont les revenus sont inférieurs à 400 euros par mois, contre 19 % pour celles maîtrisant le français. De plus, seulement 10 % des adultes avec des difficultés en français vivent dans un ménage dont les revenus sont supérieurs à 2 000 euros par mois contre 46 % des adultes sans difficulté.

L’analyse des données sur l’illettrisme dans les territoires ultramarins révèle un constat sans appel : les difficultés à l’écrit et en calcul y sont nettement plus répandues qu’en Hexagone. Qu’il s’agisse de la Guyane, de la Guadeloupe, de la Martinique de La Réunion et même de Mayotte, les taux dépassent largement la moyenne nationale. Ces écarts s’expliquent en grande partie par des contextes socio-économiques marqués par une pauvreté structurelle, un accès plus restreint aux ressources éducatives et une forte proportion d’allophones.

En effet, la grande pauvreté est 5 à 15 fois plus fréquente dans les départements d’outre-mer (DOM) qu’en Hexagone, nous comprenons les raisons qui poussent les autorités nationales comme locales à lutter contre l’illettrisme. Dans les quatre DOM historiques (Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion), les familles monoparentales, les personnes sans emploi, les retraités et les ménages dits complexes sont particulièrement touchés. Outre sa dimension monétaire, la caractéristique majeure de la grande pauvreté par rapport à des situations moins aiguës de pauvreté est la fréquence de privations, y compris pour des besoins fondamentaux comme la nourriture ou l’habillement pour 4 à 8 personnes sur 10 en situation de grande pauvreté. À l’exception de la Guyane, le renoncement à la voiture est moins fréquent qu’en France Hexagonale.

Toujours selon l’organisme des statistiques au seuil national, le taux de pauvreté monétaire est 2 à 4 fois plus élevé en outre-mer qu’en France métropolitaine, en lien avec des niveaux de vie plus faibles dans les DOM. On sait aussi qu’en matière de privation, c’est en Outremer qu’elle est le plus criante. En effet, selon l’INSEE la privation matérielle et sociale y est également de 3 à 5 fois plus fréquente que dans l’Hexagone.

En Guadeloupe, 20% des personnes dites seules sont en situation de grande pauvreté et 17% des familles monoparentales le sont tout autant. A la Martinique, 13% des personnes seules vivent dans une grande pauvreté alors que 17% des familles monoparentales avec très souvent une mère seule sont en grande pauvreté. En Guyane, on constate que la situation est tout aussi difficile pour les personnes seules, 14% de la population est en grande difficulté tandis que 32% des familles monoparentales est en situation de grande pauvreté.

Dans l’Océan Indien, sur l’île de La Réunion, 21% des personnes seules sont considérées comme très pauvres et 24% des familles monoparentales sont en situation de grande pauvreté alors que pour la France Hexagonale, 2% des personnes seules sont catégorisées comme très pauvres et 5% des familles monoparentales le sont.

Pour ce qui est des couples avec ou sans enfants, en Guadeloupe, 8% de ceux sans enfants sont très pauvres et 4% des couples avec enfants le sont. A la Martinique, c’est 4% des couples sans enfants qui sont dans la catégorie très pauvres et 6% des couples avec enfants sont très pauvres. A la Guyane, les disparités sont plus grandes. En effet, 13% des couples sans enfant sont dans une situation de grande pauvreté tandis que 21% des couples avec enfants le sont. Dans le cas de la France Hexagonale, 1% des couples sans enfant sont catégorisés comme très pauvres et 2% de ceux avec des enfants sont très pauvres. La situation de Mayotte est d’autant plus criante. Bien qu’il n’existe pas de réelles enquêtes sur la question de la pauvreté et des privations qui y découlent. Grâce à l’INSEE, nous savons que 194 000 personnes vivent avec un niveau de vie inférieur à 50% de la moyenne nationale soit 74% de la population mahoraise. Une situation difficile qui s’est aggravée avec le passage de l’Ouragan Chido qui a ravagé l’archipel français de l’Océan Indien en décembre 2024.

La corrélation entre illettrisme et grande pauvreté met en lumière un cercle vicieux : la faiblesse des compétences de base limite l’accès à l’emploi stable, accentuant la précarité, laquelle entretient à son tour la difficulté d’apprentissage. Briser ce cycle implique des politiques publiques ambitieuses, capables d’allier lutte contre l’exclusion sociale et renforcement de la formation, afin que la maîtrise de l’écrit et du calcul cesse d’être un facteur d’inégalités entre la France hexagonale et ses territoires ultramarins.