New York impose enfin la formation aux cheveux afro : une révolution dans l’industrie de la beauté

Longtemps relégués au second plan dans les écoles de coiffure et les standards dominants de la beauté occidentale, les cheveux afro, crépus et bouclés font désormais l’objet d’une réforme historique à New York. Désormais, les professionnels de la beauté devront être formés aux textures capillaires afro dans le cadre de leur apprentissage. Une décision saluée comme une avancée majeure contre les discriminations esthétiques et culturelles visant les personnes noires et métisses, et qui relance le débat sur la place des cheveux naturels dans nos sociétés, y compris dans les territoires ultramarins français.

Pendant des décennies, l’industrie de la beauté s’est construite autour d’un standard implicite : celui du cheveu lisse, généralement caucasien. Dans les écoles de coiffure, les manuels professionnels et les formations classiques, les cheveux afro, crépus, frisés ou bouclés ont longtemps été relégués au second plan, voire totalement absents des enseignements. Une absence loin d’être anodine. Car dans l’univers de la beauté, ne pas enseigner revient souvent à invisibiliser. Et invisibiliser, c’est nier une identité, une culture, une réalité vécue par des millions de personnes.

C’est précisément ce déséquilibre historique que l’État de New York a décidé de corriger.

À partir de septembre 2026, les futurs professionnels de la coiffure ne pourront plus ignorer les spécificités des cheveux texturés. Une nouvelle réglementation imposera désormais aux écoles de cosmétologie et de coiffure d’intégrer une formation obligatoire aux cheveux afro, bouclés, frisés et crépus.

C’est la gouverneure Kathy Hochul qui a signé le texte, porté par la représentante Michaelle Solages et le sénateur Jamaal Bailey. Le sénateur Bailey a résumé l’enjeu sans détour : « Les standards actuels ne préparent souvent pas suffisamment les professionnels à travailler avec des textures capillaires diverses. Ce fossé impacte de manière disproportionnée les femmes et les filles de couleur, qui font face à des difficultés pour obtenir des services adaptés à leurs besoins ». La loi entre pleinement en vigueur en septembre 2026.

Concrètement, qu’est-ce qui change dans les écoles ?

Concrètement, les élèves devront être formés à l’entretien, à l’hydratation, au coiffage, au tressage, aux techniques de protection ainsi qu’à la compréhension des différentes textures naturelles. Porosité du cheveu, densité, rétention d’hydratation, fragilité des boucles, mécanismes de casse ou encore phénomène de shrinkage : autant de connaissances techniques qui étaient jusqu’ici largement absentes des cursus traditionnels.

L’objectif affiché par New York est clair : permettre à tous les salons d’accueillir tous les clients avec le même niveau de compétence, quelle que soit leur texture capillaire. Le cheveu afro n’est plus considéré comme une spécialité réservée à quelques salons dits « ethniques », mais comme une compétence fondamentale que tout professionnel de la beauté doit maîtriser.

Derrière cette réforme se cache une réalité dénoncée depuis des années par de nombreuses femmes afro-descendantes. Combien de clientes se sont déjà entendu dire qu’un salon « ne savait pas faire » les cheveux crépus ou bouclés ? Combien ont dû chercher des spécialistes rares, parfois surbookés, ou apprendre à se coiffer seules faute de professionnels correctement formés ?

Car depuis plusieurs années, l’industrie célèbre la diversité… mais souvent uniquement en surface. Campagnes inclusives, mannequins noirs davantage représentés, discours engagés : l’image évolue, mais les compétences, elles, ont longtemps stagné. Or, coiffer tous les types de cheveux ne relève pas simplement d’une intention ou d’un slogan marketing. Cela relève d’un véritable savoir-faire professionnel.

Cette réforme marque donc une révolution structurelle dans l’industrie de la beauté. Elle repositionne le cheveu texturé non plus comme une niche, mais comme une norme à part entière. Et elle oblige désormais tout un secteur à revoir ses standards historiques.

Au-delà de la portée symbolique, l’enjeu est également économique. Le marché des cheveux texturés représente aujourd’hui plusieurs milliards de dollars dans le monde, porté notamment par le retour au naturel, les mouvements de réappropriation identitaire et la valorisation des cheveux afro. Pourtant, l’offre de professionnels qualifiés reste encore insuffisante, notamment en Europe.

Former correctement les coiffeurs, c’est donc répondre à une demande réelle, mais aussi redistribuer les opportunités dans une industrie longtemps critiquée pour son manque de représentativité.

Et ce qui se joue à New York dépasse largement les frontières américaines. Historiquement, les standards culturels et esthétiques des États-Unis influencent profondément les industries mondiales de la mode et de la beauté. Cette réforme pourrait donc rapidement faire école ailleurs et poser une question désormais incontournable : pourquoi cette formation n’est-elle pas déjà obligatoire en France, dans les Outre-mer ou encore dans plusieurs pays africains et caribéens ?

Car en France aussi, le constat reste frappant. Plus de 20 % de la population possède des cheveux crépus, frisés ou bouclés, mais rares sont encore les salons réellement capables de prendre en charge ces textures. Le CAP coiffure, formation principale du secteur, reste largement centré sur des techniques adaptées aux cheveux lisses. Certes, des formations spécialisées existent aujourd’hui pour apprendre à travailler les cheveux texturés, mais elles demeurent facultatives.

Résultat : de nombreuses femmes afro-descendantes continuent parfois de faire face à des refus implicites, des techniques inadaptées ou des pratiques pouvant fragiliser leurs cheveux.

Pour beaucoup d’observateurs, cette réforme dépasse donc largement le simple cadre esthétique. Elle interroge directement les normes occidentales de beauté, les mécanismes d’exclusion encore présents dans certaines formations et les rapports de pouvoir qui traversent l’industrie cosmétique.

Car derrière les cheveux se joue aussi une question de représentation, de dignité et de reconnaissance culturelle. Pendant longtemps, les cheveux afro ont été perçus comme « difficiles », « atypiques » ou « non professionnels ». Aujourd’hui, cette vision commence lentement à être déconstruite.

Et c’est peut-être là que réside la véritable portée de cette décision. Elle ne corrige pas simplement une image ou une campagne publicitaire. Elle agit directement à la racine du problème : la compétence. Dans une industrie où le geste, le toucher et le savoir-faire sont au cœur de l’expérience, reconnaître officiellement les cheveux afro et crépus dans les formations professionnelles revient finalement à reconnaître pleinement celles et ceux qui les portent.

En définitive, former l’ensemble des coiffeurs à toutes les textures de cheveux devrait relever de l’évidence. Pourtant, il aura fallu des décennies pour que cela devienne une obligation. Avec cette réforme, New York franchit un cap décisif. Et pour des millions de femmes afro-descendantes qui ont trop souvent entendu « désolé, je ne sais pas faire », il ne s’agit pas seulement d’un changement réglementaire : c’est une forme de reconnaissance longtemps attendue.

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