Alors que la violence continue de gagner du terrain, la présidente de Trinidad-et-Tobago, Christine Kangaloo, a proclamé mardi 3 mars l’état d’urgence national. Une décision relayée par la Première ministre Kamla Persad-Bissessar, qui intervient dans un contexte alarmant : depuis le 1er janvier, 63 homicides auraient déjà été recensés dans l’archipel.
De Trinidad-&-Tobago on ne retient que le carnaval, parmi les plus beaux du monde. Sans oublier la SOCA, musique crée dans l’archipel anglophone dans les années 1970 et qui est aujourd’hui un phénomène planétaire. Pourtant, la République caribéenne est régulièrement secouée par des faits de violence.
En effet, loin des clichés des cartes postales qui attirent des millions de touristes chaque année, Trinidad-&-Togabo figurent depuis bien des années, parmi les pays les plus violents de la Caraïbe et de l’hémisphère sud du continent Américain. Entre les violences politiques entre 1980-1990 et les crimes liés au narcotrafic, le pays anglophone conjugue avec la violence au point que la société s’en soit accoutumée. En 2025, 369 homicides ont été confirmés au niveau national, soit une baisse de 42 % par rapport à 2024, où 626 meurtres avaient été enregistrés, le niveau le plus bas depuis une décennie.
Malgré une baisse significative, voici que le pays constate un retour de la violence dans ses frontières. Depuis le début de l’année 2026, les autorités, citées lors de la déclaration d’état d’urgence, dénombrent que 63 homicides auraient déjà été recensés depuis le début de l’année. Un chiffre jugé suffisamment élevé pour justifier de nouvelles mesures d’exception
Même si la tendance à la baisse en 2025 a été saluée par le gouvernement comme un progrès, les niveaux de violence restent élevés par rapport à la population du pays, et les autorités attribuent une grande partie de la violence à des activités liées aux gangs criminels et au trafic de drogues. Des activités illicites qui engendrent leurs flots de faits divers violents entre bandes criminelles avec dans leurs rangs des jeunes criminels issus des quartiers pauvres de Port-of-Spain. Des bandes qui font usage d’armes automatiques pour régler leurs comptes.
C’est le cas le 13 février 2026. Ce jour-là, une fusillade de masse d’une brutalité inédite, attribuée aux gangs organisés, a profondément choqué l’opinion et mis les services de secours sous pression. Cette flambée soudaine de violence a conduit le Conseil national de sécurité à recommander, en urgence, le rétablissement de l’état d’exception.
Des menaces directes contre l’appareil sécuritaire
Lors d’un briefing réunissant le chef d’état-major Don Polo, le commissaire de police Allister Guevarro et la directrice du renseignement Alicia Henry, le gouvernement a été alerté de menaces jugées « crédibles » visant désormais directement les forces de l’ordre. Seraient concernés : les agents pénitentiaires, les policiers en patrouille et plus largement, les membres des forces de sécurité à travers le pays.
Face à ce qui est perçu comme un défi frontal lancé à l’autorité de l’État, Kamla Persad-Bissessar a averti que les membres de gangs seraient renvoyés en prison et que leurs soutiens s’exposeraient à la pleine rigueur de la loi.
Une réponse sécuritaire assumée
La Première ministre revendique une ligne de tolérance zéro, appuyée par de récentes réformes destinées à renforcer l’arsenal pénal. Pour l’exécutif, l’enjeu est clair : empêcher que les progrès enregistrés ces derniers mois dans la lutte contre la criminalité ne soient balayés par cette nouvelle vague de violence.
Dans ce contexte, l’état d’urgence n’apparaît plus comme un choix politique, mais comme un levier opérationnel destiné à protéger ceux qui incarnent l’autorité publique, au moment où les gangs semblent avoir franchi un seuil dans leur confrontation avec l’État.
Toutefois, il convient de souligner que cette décision intervient quelques semaines seulement après la levée du précédent état d’urgence, qui avait pris fin le 31 janvier. De plus, depuis 2024, les Trinidadiens ont déjà vécu quatre Etats d’Urgence.

