Une immense prise. Soupçonné d’être un trafiquant international de stupéfiants très actif en France, le très discret Joël Soudron a été arrêté, dimanche 29 mars, au Panama, après huit ans de cavale. Il faisait notamment partie de la soixantaine de visages «Most Wanted» diffusés partout par Europol, et serait impliqué dans l’organisation d’un vaste trafic de cocaïne entre les Antilles et la métropole.
Son nom ne vous dit sans doute rien mais il est bien connu dans le milieu du grand banditisme français et européen. Il faut dire, que l’homme né en Guadeloupe figurait parmi les fugitifs les plus activement recherchés en Europe depuis son évasion en 2018. Profitant d’une permission de sortie, il n’avait jamais regagné sa cellule de la prison de Réau (Seine-et-Marne).
Le Guadeloupéen était par ailleurs présenté comme l’un des plus importants narcotrafiquants français et qualifié de “baron antillais de la drogue en France”. Alors que l’on pensait qu’il s’était réfugié au Sénégal et au Mali, finalement il a été appréhendé au Panama par la police nationale via l’antenne d’Interpol au Panama.
Visé par une notice rouge d’Interpol, et par deux mandats d’arrêt, il était en fuite depuis plusieurs années et faisait également l’objet, depuis 2021, d’un appel à témoins lancé par Europol.
Dans une vidéo diffusée par la police panaméenne, on distingue un homme de grande taille, menotté, vêtu d’un short et d’un polo orange, chaussé de baskets blanches, filmé de dos et encadré par des agents de la police judiciaire du Panama ainsi que du bureau local d’Interpol, selon ce que rapporte le site internet du quotidien Le Monde. Au moment de son interpellation, l’homme était en possession d’une carte d’identité provisoire comportant de fausses informations. Après vérification, les forces de l’ordre ont confirmé qu’il s’agissait bien de Joël Soudron.

Au moins deux affaires judiciaires majeures
Joël Soudron était notamment recherché pour son implication présumée dans plusieurs affaires de trafic de cocaïne. La première remonte à 2002. Selon les enquêteurs, la drogue était dissimulée dans des cages contenant des chiens achetés à la SPA, dont la présence devait perturber le flair des chiens des douanes à l’aéroport d’Orly. Ce stratagème aurait permis l’acheminement vers la métropole de plusieurs centaines de kilogrammes de cocaïne.
La seconde affaire date du milieu des années 2000. En remontant la piste de 230 kg de cocaïne saisis au port du Havre, les enquêteurs de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS, ancêtre de l’Ofast) identifient Joël Soudron, alors inconnu, comme le cerveau présumé du réseau. En Guadeloupe, les investigations conduisent à la saisie de 270 kg de cocaïne et de 280 000 euros en liquide dans les locaux de la société expéditrice. Jugé en son absence, il sera condamné par le tribunal correctionnel de Créteil à six ans de prison.
Au total, les enquêteurs le soupçonnent d’avoir acheminé, entre 2005 et 2011, plus d’une trentaine de cargaisons de cocaïne entre les Caraïbes et l’Europe.
Un trafiquant discret et mobile
Si son parcours reste difficile à retracer dans son intégralité, les enquêteurs savent qu’il a longtemps circulé en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal, en Guinée et au Mali. Il y est interpellé en 2016, avant d’être extradé vers la France et incarcéré à la prison de Réau, en Seine-et-Marne, pour purger une peine prononcée par la justice française. Mais en septembre 2018, il profite d’une permission de sortie pour prendre la fuite et disparaître des radars.
Selon les investigations, Joël Soudron aurait réinvesti l’argent du trafic — plusieurs dizaines de millions d’euros — dans l’économie légale en Afrique francophone, notamment dans l’immobilier, la restauration ou l’événementiel. Il aurait agi via des prête-noms et des sociétés écrans, évitant soigneusement d’apparaître directement.
Interpellé au Mali en février 2016, il avait été incarcéré pour purger une peine de six ans de prison liée à une condamnation pour narcotrafic prononcée en France pour des faits remontant à 2002. À l’époque, il n’était pas encore considéré comme une figure majeure du narcotrafic.
Utilisant plusieurs identités d’emprunt, dont James Olivier Kane ou Max Bernard Honorat Dalon, Joël Soudron serait resté introuvable pendant des années, circulant avec de faux passeports de différentes nationalités. Discret, peu enclin à afficher sa fortune, il cultivait un profil bas, loin de l’image ostentatoire de certains trafiquants. Une stratégie qui lui a permis de rester longtemps sous les radars des autorités.

«On a déjà eu des narcotrafiquants d’ampleur. Mais pas comme lui avec autant d’argent, de sociétés dans de nombreux pays, et une volonté de discrétion», loin des flambeurs de la Costa del Sol ou de Dubaï, souligne un enquêteur.

