L’esclavage est un crime contre l’humanité selon l’ONU

Durant quatre cent ans, l’Afrique a été saignée à blanc. Des millions de ses enfants sont partis de force vers les terres d’Amérique afin d’abreuver les bouches occidentales. Après la Loi de 2001 adoptée en France, après les Pays-Bas qui ont reconnu que l’impact de l’esclavage sur la santé mentale des descendants des personnes esclavagisées voici que l’ONU reconnait que ce fut un crime contre l’humanité. Une réussite pour le Ghana qui avait porté le combat dans l’hémicycle.

Entre 12 et 18 millions. C’est le nombre estimé d’Africains déportés d’Afrique subsaharienne vers les Amériques entre le milieu du XVIIe siècle et les années 1850. Si l’esclavage n’est pas né avec les Européens, ce sont néanmoins ces derniers qui ont structuré, industrialisé et étendu la traite transatlantique, jusqu’à l’imposer dans des régions d’Afrique où elle n’existait pas. Fondé sur une idéologie profondément raciste, le système esclavagiste s’est surtout imposé comme un commerce extrêmement lucratif, profitant aussi bien aux négriers qu’aux puissances coloniales.

Pendant près de quatre siècles, le continent africain a été vidé d’une partie de sa population. Des millions d’hommes, de femmes et d’enfants ont été arrachés à leurs terres pour être déportés vers les plantations des Amériques. Quatre cents ans de violence, de travail forcé, de déshumanisation et de racisme institutionnalisé, qui ont contribué à l’enrichissement massif de puissances comme le Royaume-Uni, la France, le Portugal, l’Espagne ou encore les États-Unis. Pendant que ces nations bâtissaient leur prospérité, l’Afrique, les Caraïbes et les descendants d’esclaves restaient durablement marqués par la pauvreté et les inégalités.

Paradoxalement, après les différentes abolitions intervenues entre 1833 et 1880, ce ne sont pas les victimes qui ont été indemnisées, mais les anciens propriétaires d’esclaves, au titre de la perte de leurs « biens ». Plus d’un siècle et demi plus tard, cette question demeure sensible. Du Royaume-Uni à la France, en passant par le Danemark et les Pays-Bas, l’abolition n’a pas été pensée comme une réparation pour les populations réduites en esclavage, mais comme un vaste mécanisme de compensation pour les détenteurs de plantations.

Des hommes et des femmes ont ainsi été libérés sans terres, sans ressources et sans réparation pour des siècles de spoliation. Dans le même temps, les États ont assumé le coût de ces indemnisations, transférant de fait la dette de l’esclavage vers les contribuables, tout en consolidant les fortunes construites sur la servitude humaine.

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L’Afrique et de nombreuses sociétés issues de l’esclavage dans les Amériques peinent encore à atteindre un véritable décollage économique. Certaines demeurent dépendantes de leurs anciennes puissances coloniales. De part et d’autre de l’Atlantique, les appels à réparation se multiplient, portés par des voix qui dénoncent une injustice historique persistante. Pourtant, l’Europe reste, jusqu’à présent, largement réticente à ouvrir ce chantier sensible.

Peu à peu cependant, la reconnaissance de ce crime progresse. Le 10 mai 2001, sous l’impulsion de la députée Christiane Taubira, le Parlement français adopte la loi n°2001-434 reconnaissant la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Le texte est promulgué le 21 mai suivant. Quelques années plus tard, en 2006, le président Jacques Chirac instaure officiellement le 10 mai comme Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions.

Plus récemment, le 20 février 2026, le Royaume des Pays-Bas, l’un des derniers États européens à avoir aboli l’esclavage, a reconnu que ce système continue d’avoir des répercussions sur la santé des descendants des personnes réduites en esclavage. Une avancée significative qui établit un lien direct entre le passé colonial et les inégalités sanitaires contemporaines.

L’histoire ne serait donc pas uniquement derrière nous. Elle se prolongerait encore aujourd’hui, dans les corps, dans les esprits et jusque dans les statistiques. Des chercheurs évoquent notamment l’existence d’un traumatisme transgénérationnel : le stress extrême subi par les ancêtres réduits en esclavage aurait laissé une empreinte biologique et psychologique transmissible de génération en génération. Des travaux menés aux Pays-Bas ont ainsi identifié plusieurs facteurs expliquant ces effets durables.

  • un stress chronique alimenté par le racisme structurel toujours présent ;
  • une méfiance profonde envers le système de santé, perçu comme distant, voire hostile ;
  • des inégalités d’accès aux soins qui prolongent, sous d’autres formes, les hiérarchies coloniales.

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La traite des esclaves africains proclamée à l’ONU  » plus grave crime contre l’humanité « 

La reconnaissance internationale du crime de l’esclavage franchit une nouvelle étape. Cette fois, c’est l’Organisation des Nations unies qui l’affirme à travers une résolution portée par le Ghana et défendue par le président ghanéen John Dramani Mahama. Le texte visait à faire reconnaître la traite des Africains réduits en esclavage comme l’un des « crimes les plus graves contre l’humanité ».

Le texte a été adopté avec 123 voix favorables. Trois pays, l’Argentine, Israël et les États-Unis, ont voté contre, tandis que 52 États se sont abstenus, illustrant les divisions persistantes autour de la question des réparations et de la reconnaissance historique.

La résolution soulignait que « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l’humanité, en raison de la rupture décisive qu’ils ont provoquée dans l’histoire mondiale, de leur ampleur, de leur durée, de leur caractère systémique, de leur brutalité et de leurs conséquences durables, qui continuent d’influer sur la vie de tous les peuples à travers des systèmes racialisés de travail, de propriété et de capital »

Réparer les torts, soutenir les réparations

Le texte affirme l’importance de remédier aux torts historiques subis par les Africains et les personnes d’ascendance africaine de sorte à contribuer à la justice, aux droits de l’homme, à la dignité et à l’apaisement, et souligne que les demandes de réparations sont un pas concret vers la réparation de ces torts.

Une résolution fustigée par les Etats-Unis qui, représentés par son ambassadeur Dan Negrea, ont rappelé leur opposition à une quelconque reconnaissance du crime d’esclavage au prétexte que  les États-Unis « ne reconnaissent aucun droit légal à des réparations pour des torts historiques qui n’étaient pas illégaux au regard du droit international au moment où ils se sont produits ».

Une grave violation des droits de l’homme

Les horreurs de l’esclavage ont résonné dans la salle de l’Assemblée générale, alors que les États membres commémoraient la Journée internationale du souvenir des victimes de l’esclavage.

« La traite négrière et l’esclavage figurent parmi les violations des droits de l’homme les plus graves de l’histoire de l’humanité — un affront aux principes mêmes consacrés par la Charte des Nations unies et la Déclaration universelle des droits de l’homme, nées elles-mêmes, en partie, de ces injustices du passé », a déclaré la présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock.

Les pays d’où furent arrachés les Africains réduits en esclavage ont également été « vidés de leur substance », ayant perdu des générations entières qui auraient pu contribuer à leur développement.

« Il s’agissait, pour reprendre des termes plus froids, d’une extraction massive de ressources », a-t-elle affirmé.

Lever les obstacles persistants

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a pour sa part appelé à s’attaquer aux héritages durables de l’esclavage, notamment les inégalités et le racisme.

« Nous devons désormais lever les obstacles persistants qui empêchent tant de personnes d’ascendance africaine d’exercer leurs droits et de réaliser leur potentiel », a-t-il déclaré.

« Nous devons nous engager pleinement et sans hésitation, en faveur des droits humains, de l’égalité et de la dignité inhérente à chaque personne. »

À cet égard, la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, ainsi que la Décennie des réparations de l’Union africaine, revêtent une importance capitale, a-t-il estimé.

Respecter la souveraineté des pays africains

Le chef de l’ONU a exhorté les États à s’appuyer sur cette dynamique pour renforcer les actions visant à éradiquer le racisme systémique, promouvoir une justice réparatrice et accélérer un développement inclusif. Celui-ci passe notamment par un accès équitable à l’éducation, à la santé, à l’emploi, au logement et à un environnement sûr.

« Mais des actions bien plus audacieuses — de la part d’un nombre bien plus important d’États — sont nécessaires », a-t-il ajouté.

« Cela implique des engagements concrets pour respecter la pleine souveraineté des pays africains sur leurs ressources naturelles, ainsi que des mesures visant à garantir leur participation et leur influence, sur un pied d’égalité, au sein de l’architecture financière mondiale et du Conseil de sécurité des Nations unies. »

Pas de paix sans justice réparatrice

La première poète lauréate de la Barbade, Esther Phillips, a également pris la parole en lisant un extrait de l’une de ses œuvres. Le texte met en scène une jeune fille déambulant sur le site d’une ancienne plantation de canne à sucre, sans en saisir la portée historique, sous le regard symbolique de ses ancêtres qui y sont enterrés.

« Les esprits des victimes de l’esclavage sont présents dans cette salle en cet instant même, et ils n’attendent qu’un seul mot : justice », a déclaré Mme Phillips aux délégués.

« Car pour eux, comme pour le monde, il ne saurait y avoir de paix sans justice — une justice réparatrice — et cet appel ne trouvera un écho que lorsque les mots se transformeront en actes. La question est la suivante : qu’allez-vous faire ? »

Au-delà du symbole, cette décision appelle les États à renforcer les politiques de mémoire, d’éducation et de lutte contre le racisme. Elle encourage également la mise en place d’initiatives visant à mieux faire connaître l’histoire de l’esclavage et ses conséquences économiques, sociales et culturelles encore visibles aujourd’hui.

Dans les territoires ultramarins, cette reconnaissance internationale résonne particulièrement. Elle vient appuyer les combats menés depuis plusieurs décennies pour la transmission de l’histoire, la valorisation des héritages culturels et la reconnaissance des injustices héritées du système esclavagiste.

Plus de vingt ans après la déclaration de Durban, la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité demeure un repère fondamental dans les politiques mémorielles. Elle rappelle que la mémoire de l’esclavage ne relève pas uniquement du passé, mais constitue un enjeu contemporain, au cœur des questions d’égalité, de justice et de dignité humaine.

source : L’ONU réclame des réparations pour les « torts historiques » de l’esclavage | ONU Info

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