La Guadeloupe perd l’une de ses scientifiques les plus engagées. La docteure en biochimie et spécialiste des sciences de l’alimentation, Suzie Zozio, s’est éteinte ce jeudi 5 mars 2026 à Agen, dans l’Hexagone, à l’âge de 44 ans, des suites d’une longue maladie. Chercheuse passionnée, elle s’était imposée au fil des années comme une voix importante de la vulgarisation scientifique, défendant une vision où nutrition, santé et valorisation des plantes tropicales occupaient une place centrale.
La Guadeloupe vient de perdre l’une de ses voix scientifiques les plus singulières. La docteure en biochimie et spécialiste des sciences de l’alimentation, Suzie Zozio, s’est éteinte à Agen le 5 mars 2026 à l’âge de 44 ans, des suites d’une longue maladie. Une disparition prématurée qui laisse un vide dans le monde scientifique, mais aussi dans celui de la transmission du savoir.
Scientifique passionnée, pédagogue engagée, Suzie Zozio s’était donné pour mission de rendre la science accessible au plus grand nombre. À travers ses recherches, ses interventions publiques et ses prises de parole, elle s’était imposée comme une figure de la vulgarisation scientifique, notamment autour des questions liées à l’alimentation, à la santé et aux plantes.
Suzie Zozio : une scientifique guadeloupéenne au service du savoir et de la transmission
Originaire de Guadeloupe, elle faisait partie de cette génération de chercheurs caribéens déterminés à faire dialoguer la science moderne avec les savoirs traditionnels. Dans ses travaux, elle s’intéressait notamment aux propriétés nutritionnelles et thérapeutiques des plantes, explorant les liens entre biochimie, alimentation et bien-être.
Mais au-delà de la scientifique, ceux qui l’ont côtoyée évoquent surtout une femme profondément attachée à la transmission. Suzie Zozio croyait fermement que la science ne devait pas rester enfermée dans les laboratoires ou les publications spécialisées. Elle devait circuler, être expliquée, partagée, débattue.
Dans un territoire comme la Guadeloupe, où les questions de santé publique, d’alimentation et d’environnement occupent une place centrale, son travail avait trouvé un écho particulier. Elle contribuait à ouvrir des perspectives nouvelles, en rappelant que les connaissances scientifiques pouvaient aussi dialoguer avec les réalités culturelles et les savoirs populaires.
Sa disparition rappelle à quel point les figures scientifiques issues des Outre-mer demeurent rares et précieuses. En seulement quarante-quatre années de vie, Suzie Zozio aura laissé l’image d’une chercheuse brillante, mais aussi d’une passeuse de savoirs, convaincue que la connaissance n’a de valeur que lorsqu’elle est partagée.
La pomme surette, un combat scientifique et culturel
Parmi les combats qui lui tenaient particulièrement à cœur, la valorisation de la pomme surette occupait une place singulière. Ce fruit emblématique du terroir guadeloupéen, longtemps négligé, Suzie Zozio y voyait au contraire un véritable concentré de vertus. À travers ses recherches, la scientifique s’était attachée à en révéler les propriétés nutritionnelles et médicinales, contribuant à remettre en lumière une richesse végétale trop souvent ignorée.
Pour elle, cette démarche dépassait la simple étude scientifique. Il s’agissait aussi de réconcilier la science avec l’identité culturelle, et de rappeler que les ressources naturelles des Antilles pouvaient pleinement s’inscrire dans une approche moderne de la santé.
Krisalyde, la science rendue accessible
Animée par le désir de transmettre, Suzie Zozio avait également fondé Krisalyde, un magazine de vulgarisation scientifique consacré à l’alimentation, à la santé et aux plantes. Derrière ce titre évocateur se dessinait une ambition claire : rendre la science compréhensible et utile au quotidien.
Dans un contexte marqué par la prolifération de fausses informations sur les réseaux sociaux, Krisalyde se voulait un espace de rigueur et de pédagogie, permettant au grand public d’accéder à des connaissances fiables pour mieux comprendre son corps et préserver sa santé.
Le « manger local », une vision pour l’avenir
Au-delà de ses travaux de recherche, la scientifique défendait avec conviction l’idée du « manger local » et la valorisation du jaden kréyòl. Pour Suzie Zozio, consommer les produits de la terre guadeloupéenne ne relevait pas seulement d’un choix alimentaire : c’était aussi un acte citoyen.
Elle voyait dans cette démarche un levier de patriotisme économique, capable de renforcer l’autonomie alimentaire de l’archipel tout en soutenant les agriculteurs locaux. Une vision globale qui reliait santé individuelle, santé collective et développement économique.
Plusieurs fois récompensée pour ses travaux, la chercheuse avait également mis son expertise au service de l’innovation. Elle avait notamment développé une gamme de compléments alimentaires destinés à améliorer le microbiote intestinal, présentée comme une initiative pionnière en outre-mer.
Une fois encore, sa démarche était fidèle à sa philosophie : mobiliser la science et les ressources du territoire pour répondre aux enjeux de santé publique, en privilégiant la prévention et la connaissance.
Aujourd’hui, la Guadeloupe perd une scientifique, mais aussi une voix qui œuvrait pour rapprocher la science des citoyens. Cependant, son héritage, lui, est bien vivant.

