Le criminel Guadeloupéen Cédric Lucina à la tête d’un réseau de trafic de cocaïne.

Être incarcéré ne signifie pas forcément être hors d’état de nuire. C’est ce que révèle l’affaire Cédric Lucina. Ce Guadeloupéen, condamné à quinze ans de réclusion criminelle pour homicide et actuellement détenu dans l’Hexagone, est soupçonné d’avoir continué à piloter un réseau d’importation de stupéfiants depuis sa cellule. Selon Le Parisien, la cocaïne était notamment destinée à la région parisienne, via un réseau de dealers implantés à Suresnes (Hauts-de-Seine

En France, l’un des angles morts les plus préoccupants de l’administration pénitentiaire reste la circulation massive de téléphones portables en détention.

Ces appareils, parfois minuscules et indétectables par les portiques de sécurité, entrent illégalement dans les prisons et permettent à certains détenus de maintenir un lien constant avec l’extérieur. Pour les plus déterminés, ils servent non seulement à intimider, menacer ou maintenir une emprise sur leurs victimes et leurs proches, mais aussi à poursuivre des activités criminelles depuis leur cellule.

C’est précisément ce que met en lumière une affaire révélée par Le Parisien, impliquant un détenu guadeloupéen déjà lourdement condamné par la justice. L’homme, connu des autorités judiciaires pour des faits de trafic de stupéfiants, purge actuellement une peine de 15 ans de réclusion pour un homicide commis en 2018 à Sainte-Rose, en Guadeloupe. En 2020, il avait été reconnu coupable du meurtre de Luigi Gene, tué après une altercation au cours de laquelle la victime se serait moquée de son beau-frère.

Selon les révélations du quotidien national, l’enquête débute le 20 septembre 2024 sur le port du Havre (Seine-Maritime). Les douaniers y interceptent 91 kilos de cocaïne, dissimulés dans des sommiers intégrés à un conteneur de déménagement destiné à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Une méthode bien connue des services spécialisés. « Il s’agit d’un mode opératoire classique utilisé par certains réseaux antillais », confie une source proche du dossier. La valeur de cette cargaison est estimée à 2,5 millions d’euros au prix de gros, et près du double une fois écoulée sur le marché de détail.

La marchandise devait être répartie entre quatre destinataires différents en métropole. Lors des investigations, le nom de Cédric Lucina apparaît, désigné par une femme venue récupérer une partie du chargement, ainsi que par un certain Kevin J., présenté comme son intermédiaire. Tous deux affirment le connaître sous le pseudonyme de « Toto Bing ». Les enquêteurs découvrent que les échanges et instructions transitaient par un groupe WhatsApp, utilisé pour coordonner la logistique du trafic.

Au total, quatre suspects sont identifiés et interpellés. L’un nie toute implication avec le détenu. Un autre reconnaît en revanche avoir été en contact avec lui et affirme l’avoir mis en relation avec un fournisseur de cannabis destiné à alimenter un trafic local.

Dans le même temps, une seconde vague d’interpellations est menée par l’Ofast à Suresnes (Hauts-de-Seine). « Il s’agit des personnes chargées de réceptionner la cocaïne et de la redistribuer en région parisienne », précise une source proche de l’enquête. Aucun d’entre eux ne désigne toutefois formellement « Toto Bing » comme leur fournisseur direct.

Entendu par la juge d’instruction, le principal mis en cause conteste toute implication dans ce réseau. Par la voix de son avocat, il soutient que le dossier repose essentiellement sur des déclarations croisées de co-mis en cause jugées peu fiables. Malgré ces arguments, la cour a décidé ce lundi de le maintenir en détention, estimant que les investigations doivent se poursuivre, notamment par de nouvelles auditions et confrontations.

Cette affaire illustre une fois de plus la capacité de certains réseaux criminels à opérer depuis l’intérieur même des prisons, profitant des failles du système carcéral. Elle relance avec force la question du contrôle effectif des communications en détention et de la responsabilité de l’État face à une criminalité qui, manifestement, ne s’arrête pas aux portes des cellules.

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