Dans les Mas a Po du carnaval de Guadeloupe, le fouet n’est pas un accessoire : c’est une arme de mémoire et de puissance. Héritage de l’esclavage devenu symbole de résistance, il entre aujourd’hui dans l’arène avec la Ligue de fouet de Guadeloupe. Plongée au cœur d’un rituel qui claque, vibre et raconte l’Histoire.
Le fouet, bien plus qu’un outil folklorique, c’est un symbole du passé esclavagiste de l’Archipel. Il fait résonner la mémoire mais c’est sutout le symbole de la puissance perdue, de nouveau acquise. Il est vrai que durant les heures sombres de l’esclavage, le fouet était l’arme du maître, du commandeur, du système esclavagiste. C’est avec lui qu’on disciplinait, qu’on terrorisait, qu’on brisait les corps dans les plantations.
Dans les Mas a Po de la Guadeloupe, il rappelle que le carnaval est né dans la boue, la souffrance et la résistance mais, il souligne surtout cet outil que les esclavagistes utilisaient pour dominer, les carnavaliers l’ont repris pour se libérer. Quand un mas claque son fouet aujourd’hui, ce n’est plus un outil de soumission. C’est un cri de puissance.
Par ailleurs, il a surtout une valeur culturelle car, symboliquement, il nettoie la rue aussi bien spirituellement que physiquement, avant le passage du Mas [ du groupe]. Il prépare le terrain au sacré, au déboulé, à la transe collective.
Dans la rue, le fouet impose une règle non écrite : « ici, c’est le mas qui commande » et le public ne doit pas casser le cercle. Le fouet marque les limites. Il crée un espace où le groupe existe, où son identité est respectée. C’est à la fois théâtre, rituel et rapport de force symbolique.
Longtemps cantonné à la rue, voici que le fouet a franchi un nouveau cap, celui de la compétition avec le championnat de Guadeloupe de fouet organisé par la Ligue de Fouet de la Guadeloupe.
Selon les organisateurs ; Le Championnat de Guadeloupe de Fouet est une compétition exigeante, pensée pour mesurer la performance avec rigueur et équité. Cette exigence repose sur un cadre clair : un règlement officiel, un système de licences, et un format compétitif lisible, identique à chaque étape. Ce cadre structure la pratique. Il garantit l’équité entre les candidats et permet à chacun de se situer, de progresser et de se dépasser. Dans l’arène, la compétition est réelle. Chaque passage est évalué, comparé, classé. La concentration, la régularité et la maîtrise du geste sont déterminantes.
Ils ont dit :
» La ligue de fouet est née dans la volonté de vouloir cadrer la discipline du fouet qui se démocratise et de la porter plus haut dans ses ambitions internationales. Le fouet en lui-même tel qu’on le connait est issu d’une compétition qui existe déjà dans la rue. La ligue est donc arrivée pour encadrer cela, dessine un règlement, pour lui donner du sens et permettre aux fouettards de développer leurs performances et de la montrer au plus grand nombre. »
Livio-Alessandro BOGDAN
Pour la saison 2026, le Championnat de Guadeloupe de Fouet réunit dix-sept candidats officiellement engagés. Dix-sept parcours différents, une même exigence : la rigueur et la régularité. Parmi eux, une femme participe pour la deuxième édition consécutive, confirmant l’ouverture du championnat à tous les profils capables de répondre à l’exigence sportive.
» Tout a commencé à l’époque où je faisais mes études en France Hexagonale. Pendant des années, je n’ai pas été au Carnaval ou vu un défilé. Je suis revenu définitivement en Guadeloupe à la période du carnaval en 2024. Je suis retourné voir le carnaval avec des amies et quand j’ai vu les fouettards, cela m’a intéressé et je me suis dit » que je vais faire fouettard. » J’ai dit ça comme cela sous le ton de la blague qui en fait n’était pas une. L’année suivante, donc en 2025, je me suis inscrite en tant que rimé kroupyon, et j’ai revu les fouettards dans mon groupe et je me suis dit qu’il fallait que j’essaye. J’ai demandé à un ami de fabriquer un pour moi, de montrer comment faire et au bout de trois semaines je maitrisais le fouet. Malgré l’exigence des spectateurs durant les défilés, je me suis lancé et aujourd’hui je suis fouettard. »
Maeva participante au concours.
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