Guadeloupe : Carnaval maintenu ce dimanche malgré les drames

Trois jours après le drame qui a coûté la vie à un jeune homme de 18 ans à l’entrée de la rue Frébault, lors du lancement du carnaval 2026 à Pointe-à-Pitre, l’émotion reste intense. Malgré la violence récente, le maire de Pointe-à-Pitre, son équipe municipale, l’agglomération Cap Excellence et les présidents des groupes carnavalesques ont décidé de maintenir la parade du dimanche 11 janvier dans les rues de la ville. Mais à peine cette décision annoncée, de nouvelles détonations ont de nouveau semé l’effroi. La question de la sécurité se pose encore plus.

Loin de l’image de carte postale longtemps vendue aux touristes et aux candidats à l’exil en quête de soleil, la Guadeloupe apparaît aujourd’hui comme un territoire profondément miné par la violence. Une violence sociale d’abord, nourrie par la pauvreté, le chômage de masse et les addictions. Une violence intrafamiliale ensuite, qui place régulièrement l’archipel parmi les territoires les plus touchés à l’échelle nationale. Mais surtout, une violence armée devenue presque ordinaire. Outre-mer : quand la criminalité dépasse tous les records – The Link Fwi

Sur un territoire de 380 000 habitants, les armes à feu circulent désormais avec une facilité déconcertante. En 2025, la Guadeloupe a enregistré 52 homicides, soit près d’un meurtre par semaine. Un chiffre lourd, symptôme d’un basculement profond. Ces armes ne sont pas fabriquées localement : elles arrivent par des filières criminelles bien identifiées, depuis l’Amérique latine, via des pays de transit comme Saint-Vincent, Sainte-Lucie ou la Dominique, ou encore par Haïti avant d’atteindre l’archipel. En échange, les réseaux locaux alimentent ces circuits avec de la cocaïne, devenue la monnaie courante d’un trafic désormais structuré. À cela s’ajoutent des armes légales, volées lors de cambriolages, qui finissent elles aussi sur le marché clandestin.

Ces armes se retrouvent entre les mains de jeunes délinquants, parfois mineurs, parfois à peine majeurs, pour qui tirer est devenu un acte banal. Vols à main armée, intimidations, règlements de comptes : la frontière entre petite délinquance et criminalité organisée s’est effondrée. Le passage à l’acte est rapide, brutal, et souvent irréversible.

L’année 2026 n’a pourtant commencé que depuis quelques jours, et déjà trois assassinats par balle sont à déplorer. Une accélération inquiétante, d’autant plus que deux affaires récentes semblent s’inscrire dans une même spirale de violence.

Tout débute le dimanche 4 janvier, lors du lancement officiel du carnaval. Anthony Sarazin, 18 ans, est abattu en pleine rue, en marge du défilé. Touché à la tête et à plusieurs reprises au corps, il s’effondre sous les yeux de spectateurs médusés. Une fusillade éclate, la panique gagne la foule, les groupes carnavalesques interrompent leur passage et regagnent précipitamment leurs locaux. La fête s’arrête net. La peur prend le relais.

L’enquête, confiée à la brigade criminelle, devra déterminer si le jeune homme était visé ou s’il a été touché par une balle perdue. Qui a tiré ? Pour quelle raison ? À ce stade, aucune réponse. Seulement des douilles, du sang et un silence pesant.

Face à ce drame, le préfet de la Guadeloupe, Thierry Devimeux, a convoqué en urgence une réunion le lundi 5 janvier à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre. Autour de la table : le maire de la ville, la vice-présidente de Cap Excellence en charge de la sécurité, des représentants de la police nationale et municipale, des services de secours, ainsi que les organisateurs et responsables des groupes carnavalesques. Pendant plus de deux heures, les échanges ont porté sur la sécurité et sur la nécessité de repenser l’organisation du carnaval.

Le préfet a alors formulé une proposition forte, loin de faire l’unanimité : annuler la parade du dimanche 11 janvier en hommage à la jeune victime, afin de provoquer un électrochoc collectif. Une option immédiatement contestée, notamment par les groupes de Mas a Po, dont Akiyo, qui a publiquement fustigé cette idée. Tous ont toutefois rappelé avoir alerté, bien avant ce drame, sur la dégradation de la sécurité autour des déboulés et sur une violence devenue trop banalisée.

Dans une tentative d’apaisement, le maire de Pointe-à-Pitre a de son côté réuni en mairie l’ensemble des acteurs concernés : élus de Cap Excellence, forces de l’ordre, services de secours, organisateurs et responsables de groupes. Deux heures de discussions supplémentaires, centrées sur la sécurisation du parcours et de ses abords.

À l’issue de cette rencontre, une décision commune a été actée : le défilé du dimanche sera maintenu. Mais ce maintien s’accompagne d’un constat partagé : le dispositif de sécurité et l’éclairage du parcours devront être renforcés de manière significative. Une décision qui engage désormais la responsabilité collective, dans un contexte où la moindre défaillance pourrait avoir des conséquences irréversibles.

Ils ont dit :

Maintien du carnaval et de nouvelles mesures :

Après les scènes de violence qui ont endeuillé le lancement du carnaval, dimanche 4 janvier, l’État durcit le dispositif sécuritaire à Pointe-à-Pitre. Le préfet de Guadeloupe, Thierry Devimeux, a dévoilé une série de mesures exceptionnelles destinées à encadrer les prochains déboulés et prévenir tout nouvel embrasement.

Le premier changement concerne le déroulement même du défilé. Les horaires ont été réaménagés : les groupes défileront désormais entre 15 heures et 20 heures, une plage horaire jugée plus compatible avec les impératifs de maintien de l’ordre et la lisibilité des opérations de sécurité.

Sur le terrain, les forces de l’ordre verront leur présence significativement renforcée. Policiers et gendarmes seront mobilisés en nombre accru, épaulés par les trois polices municipales de l’agglomération Cap Excellence. Le dispositif sera complété par des moyens technologiques, avec l’engagement de drones de surveillance et de l’hélicoptère de la gendarmerie.

Certains points stratégiques feront l’objet d’une vigilance particulière. Le boulevard Légitimus, les rues Frébault et Duplessis, ainsi que la place de la Victoire, seront placés sous contrôle renforcé, avec des effectifs concentrés sur ces secteurs à forte affluence.

Afin de sécuriser le parcours, des véhicules de police seront utilisés pour fermer plusieurs axes et instaurer un périmètre strict autour du défilé, limitant les accès et les mouvements non autorisés.

Aucun couvre-feu n’est, à ce stade, envisagé. Mais le message des autorités est clair : le déboulé du dimanche 11 janvier servira de test grandeur nature. Le préfet appelle l’ensemble des acteurs et des participants à faire preuve de responsabilité, condition indispensable pour que le carnaval reste un espace de fête et non un nouveau théâtre de violences.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *