Kasika : 40 ans à faire vibrer Noël en Guadeloupe

Kasika : 40 ans à faire vibrer Noël en Guadeloupe

Le 23 décembre, Kasika, groupe pionnier et référence incontournable du chanté Nwèl en Guadeloupe, a livré un concert intense, chargé d’émotions, entre mémoire collective, spiritualité et culture populaire. Ce reportage revient sur cette soirée forte, portée par un groupe qui, depuis près de quarante ans, fait vibrer la Guadeloupe et participe activement au rayonnement du chanté Nwèl bien au-delà de l’archipel.

Noël est terminée et comme le dit un vieil adage  » bal fini violon en sac »car, oui, toutes bonnes choses ont une fin. En fin, pas vraiment, puisqu’il y a la Saint Sylvestre à célébrer.

Aux Antilles-Françaises, on ne badine pas avec noël, car, c’est LA période que les Guadeloupéens et Martiniquais ne rateraient pour rien au Monde. Entre choisir les mets 100% locaux à concocter pour les convives, les vêtements à mettre pour l’occasion et les boissons à consommer pour l’apéro, Noël est un art-de-vivre.

En Guadeloupe et à la Martinique, cette période rime surtout avec faste et communion. En famille, entre amis et entre voisins, on se rencontre, on s’amuse, on mange, on boit et on chante les cantiques aux rythmes du tambour Ka ou bélè. Ces moments de partage musicaux sont une spécificité locale où chants religieux mêlés à des paroles grivoises et enjouées font vibrer les générations. Noël ne se vit pas seulement dans les maisons : il se chante, il se frappe, il se partage.

Vous l’aurez compris, parmi les incontournables à faire durant cette période, il y a les chanté nwèl. Organisés par des associations, des collectifs, ils rassemblent les générations autour de ces chansons syncrétiques.

Très récemment, nous abordions les chanté nwèl faits par les Mas a Po, piliers de la culture carnavalesque des îles de Guadeloupe. Pourtant, parler des chanté nwèl sans évoquer KASIKA est une véritable erreur. Le groupe créé en 1986 à Fonds Cacao, secteur de la grande commune de Capesterre-belle-Eau, mené par le charismatique Benzo, maître chanteur créole, est l’initiateur de ce concept du chanté nwèl fait par un orchestre jouant depuis une foule en liesse. D’ailleurs l’idée d’un concert rassemblant une foule hétérogène aurait commencé en 1996, sur la Place de la Victoire à Pointe-à-Pitre à la demande de Freddy Marshall, autre grand nom de la musique Guadeloupéenne.

En Guadeloupe, Kasika n’est pas un groupe comme les autres, il est entré dans l’ADN de la musique et la culture locale, aussi bien au niveau du carnaval que des prestations live durant la période de Noël. En créole, Kasika, c’est un ka sur un autre Ka. L’aventure débute au coeur du quartier précité avec une cinquantaine de personnes. Un petit groupe de danse composé de jeunes filles anime les différents podiums de fête. Kasika organise aussi des manifestations culturelles et sportives de proximité, afin d’animer la section Fonds-Cacao durant l’année. Des actions sociales sont également menées en direction des jeunes en situation précaire ou des chômeurs de longue durée.

Depuis sa création en 1986, la section Carnaval , qui comprend plus de 150 membres, musiciens et danseuses, participe aux différents défilés organisés dans les communes durant la période festive du 1er janvier au Mercredi des Cendres. Kasika a d’ailleurs été sacré respectivement Meilleur groupe de la Guadeloupe au plus grand concours organisé à Basse-Terre pour le Mardi Gras en 2000 (Master Magister 2000) , 2ème en 2001 et 2002, Meilleure musique en 2003 et de nouveau Primarius magister en 2005, Meilleur groupe de la parade.

Kasika ne se limite pas uniquement à la Guadeloupe puisque le groupe participe à des carnavals dans d’autres territoires de la Caraïbe et du Monde. C’est aussi le cas pour les chanté nwèl où depuis les années 2000, le groupe a exporté son concept à Paris, sur la scène du Zénith mais aussi dans plusieurs villes d’Ile-de France comme Sarcelles, Stains, Grigny, Asnières, Clichy ou Saint Denis pour le plus grand plaisir de la diaspora guadeloupéenne installée dans l’Hexagone.

Chaque année, le groupe part dans une véritable tournée des communes de l’archipel pour donner du baume au coeur à tous. Cette année, n’y a pas fait exception puisque Kasika a joué dans pas moins de seize communes, sauf Paris où il y aurait eu un problème d’organisation mais le groupe a su satisfaire son public local venu en masse à chaque événement.

Kasika : 40 ans à faire vibrer Noël en Guadeloupe

Depuis 2006, chaque 23 décembre, la bande à Benzo donne rendez-vous aux Guadeloupéen sur la commune de Baie-Mahault pour un concert final géant réunissant des foules allant de 10 000 à 15 000 personnes. Auparavant organisé au Vélodrome de Gourdeliane, il s’est déplacé au coeur de Jarry, dans la zone d’activité.

Le 23 décembre dernier, nous étions témoins de ce grand moment qui clôture la vie culture de l’archipel. Ce soir-là, le groupe a livré un concert dense, habité, sans artifices inutiles. Juste l’essentiel : le ka, les chœurs, la ferveur collective.

Il faut dire que le 23 décembre, à Jarry, la nuit n’était pas tout à fait comme les autres. À quelques heures de Noël, les tambours ka ont repris la parole, les voix se sont élevées et la foule s’est rassemblée autour d’un rituel que la Guadeloupe connaît par cœur : le chanté Nwèl. Mais ce soir-là, plus qu’un simple rendez-vous festif, c’est une page d’histoire vivante qui s’est rejouée. Sur scène, Kasika.

Dès les premières notes, le public a compris. Ici, on ne consomme pas un spectacle, on participe. Les voix se répondent, les mains battent la mesure, les corps bougent naturellement. Le chanté Nwèl, chez Kasika, n’est jamais figé. Il est vivant, populaire, enraciné. Il porte la spiritualité chrétienne, mais aussi l’histoire sociale du pays, ce mélange singulier de foi, de musique et de résistance culturelle.

Kasika : 40 ans à faire vibrer Noël en Guadeloupe

Au fil du concert, les chants s’enchaînent comme autant de fragments de mémoire. Noël n’est plus seulement une date du calendrier, il devient un espace de communion. Kasika rappelle, sans discours appuyé, que le chanté Nwèl est né dans les cours, les quartiers, les rassemblements populaires, bien loin des églises officielles. Une tradition façonnée par le peuple, pour le peuple.

À Jarry, la transmission est palpable. Sur scène comme dans le public, les générations se croisent. Les anciens reconnaissent les refrains, les plus jeunes les apprennent en direct. C’est là que réside la force de Kasika : avoir su transformer une pratique communautaire en un moment fédérateur, sans jamais la dénaturer.

Ce dernier concert de chanté Nwèl n’avait rien d’un point final. Il ressemblait plutôt à une promesse renouvelée. Celle que, tant que des groupes comme Kasika continueront de porter cette tradition avec exigence et sincérité, le chanté Nwèl restera ce qu’il a toujours été : un pilier de l’identité guadeloupéenne, un espace de lien, de mémoire et de partage.

À Jarry, ce 23 décembre, Kasika n’a pas seulement chanté Noël. Le groupe a rappelé pourquoi, en Guadeloupe, Noël se vit autant qu’il se célèbre.

Ils ont dit :

Kasika : 40 ans à faire vibrer Noël en Guadeloupe

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